Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Champagne Chassenay d’Arce

5 Commentaires

Notre invité, aujourd’hui, n’est autre que notre camarade Olivier Borneuf. Le plus champenois des Toulousains nous parle d’un de ses coups de coeur – dans les fines bulles, bien sûr.

Chassenay d’Arce est une coopérative – et fière de l’être. Une posture difficile à assumer car la coopération traîne des casseroles et les efforts récemment consentis par certaines d’entre elles trouvent difficilement échos auprès des amateurs ou de la presse spécialisée. Une situation paradoxale alors même que la crise pousse de nombreux secteurs d’activité à muter vers des systèmes coopératifs vertueux. Il suffit d’allumer son poste de télévision pour entendre le Crédit Mutuel nous expliquer que ses « adhérents » sont propriétaires de leur banque.

remuage_0

Je crois en effet que la coopération viticole à une carte à jouer dans ce contexte de crise, du reste si elle retrouve ses valeurs fondatrices de territoire, d’adhésion et de production de qualité. Il me semble que Chassenay d’Arce fait partie de ces coopératives vertueuses, leurs Champagnes déjà reconnus et appréciés continuent de progresser année après année.

Les vignerons fondateurs ont créé Chassenay d’Arce en 1956, sur la commune de Ville-sur-Arce, dans la Côte des Bars. Depuis plus de cinquante ans, 130 familles adhérent à la coopérative sur 325ha environ.

Le territoire

L’Aube souffre cruellement de la comparaison avec les régions du nord. Faute d’avoir une échelle des crus à l’instar de la Marne, elle communique en bloc et efface de facto les subtiles diversités qui la composent. Parmi les vignobles de la Côte du Barrois, la Vallée de l’Arce : des marnes kimméridgiennes caillouteuses qui accueillent trois cépages (90% pinot noir, 9% chardonnay, 2ha de pinot blanc) sur 12 crus. Il me semble, en comparaison avec les autres vins de la région, que les champagnes y trouvent un finesse particulière et un peut-être plus de fraicheur. D’ailleurs, Chassenay d’Arce isole depuis quelques années des parcelles à fort potentiel pour souligner ces caractères.

L’adhésion

L’adhérent est aujourd’hui un client qu’il faut garder, un client c’est des hectares donc des bouteilles et la concurrence est rude. De l’adhésion au clientélisme il n’y a qu’un pas : les rôles s’inversent irrémédiablement, l’intérêt collectif cédant progressivement sa place au profit individuel. Certains signes m’invitent pourtant à penser que Chassenay d’Arce réussit à préserver cette cohésion. Pour n’en citer qu’un : tous les adhérents vendent exclusivement la marque Chassenay d’Arce.

La force de la coopération c’est la mise en commun de moyens de production puissants au service des adhérents. Encore faut-il que ces derniers fassent l’effort de vendanger des raisins de qualité ! Je n’ai pas encore assisté aux vendanges mais je peux témoigner de la qualité des vins. Voici ceux retenus lors de ma dégustation.

cuvee-premiere

Cuvée Première 

Bouquet mentholé, réglisse, arômes de pêche et de miel. Attaque équilibrée, dosage fondu. Finale de longueur moyenne mais avec une belle fraîcheur, arrière goût salin. Bonne entrée de gamme.

Millésimé 2005 

Bouquet aromatique, on retrouve le menthol et la réglisse. Attaque ample, mousse fine. Bonne longueur, ample sur le beurre et le miel en arrière-goût. Un vin riche de très bonne qualité, à maturité, qui trouvera sa place à table.

Pinot Blanc 2006

Bouquet fin, citron, fleurs jaunes, quelques notes de pralin. Bouche légère, souple, finale en fraicheur sur le citron avec un arrière goût salin. Le champagne rafraichissant par excellence.

confidences

Cuvée Confidence Rosé 

Bouquet très fin, cerise, macaron. La bouche est aérienne, la finale éclatante sur les fruits rouges acidulés, framboise, bonne allonge. Ce rosé a la rare qualité d’évoquer sa couleur dans ses saveurs et son goût ! Très bonne cuvée.

Cuvée Confidence (base 2005) 

Complexe, fin, épanoui. Notes florales, cerise, réglisse, miel. Délicat et vineux, savoureux finissant long sur la réglisse et le menthol, le miel ensuite. Beau Champagne dans un millésime riche.

Olivier Borneufimg_6745_dxo_1_1

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “Champagne Chassenay d’Arce

  1. Prometteur! Et où peut-on déguster ces vins à Toulouse? Merci.

    J'aime

  2. Merci Olivier pour cette présentation de la coopération.
    C’est un vrai grand sujet dans le monde du vin. A la fois pour son fonctionnement inadapté à l’évolution du marché – jouer le collectif plutôt que l’individualisme – mais aussi pour leur avenir fragilisé par la perte d’adhérents.
    On a tellement idéalisé et starisé le vigneron créateur de vin ou/et révélateur de terroir ou/et artiste de la qualité, que le coopérateur fait office de « prolo de la vigne qui n’y connait rien au vin ».
    La Champagne a ça en commun avec le Languedoc (j’adore pouvoir dire un truc comme ça) l’importance des coopératives comme outil de production mis en commun.
    Pour ce qui est de la partie commerciale, autre fonction de la coopération, on évitera de faire une comparaison entre les deux régions. Mais dans les deux cas, la désertion des adhérents met en péril ces outils collectifs.
    Peut-être en parlerons-nous sur ce bon blog.

    A part ça, cher Olivier, dont j’ai apprécié le talent au salon Bulles Expo, ce serait bien de nous donner une indication de prix pour ces flacons de Chassenay.

    J'aime

  3. A plusieurs reprises, j’ai souligné le rôle capital joué par le système coopératif, avant et immédiatement après la deuxième guerre mondiale, dans le cadre du développement de viticulture de très nombreuses régions de France. Sans les coopératives, l’abandon de superficies considérables de vignes et l’absence d’une rémunération convenable du travail des viticulteurs se seraient manifestées de façon dramatique. Certes, la vinification de masses considérables de vendanges a fréquemment conduit à la production de vin standardisés et relativement peu appréciés ; cependant, les coop ont réalisé de remarquables efforts depuis une trentaine d’années et elles offrent aujourd’hui des vins de grande qualité.
    La perte d’adhérents est souvent le fait de gros winemakers qui proposent des prix d’achat de vendanges offrant du cash rapidement aux viticulteurs coopérateurs ; l’outil coopératif souffre alors de son poids en terme de charges fixes qu’il est nécessaire d’assumer. Et pourtant, quel extraordinaire potentiel que celui des coop, qui peuvent recevoir des vendanges qualitatives de nature très variée, base d’assemblages que bien des domaines privés ne peuvent pas réaliser.
    Merci à Olivier pour cette belle présentation des champagnes de Chassenay.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s