Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Comment fonctionne un bon concours de vins? L’exemple du Concours Mondial de Sauvignon

18 Commentaires

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Toutes les photos sont de Pierre Jarrige qui couvrait l’évènement

 

Je sais bien que la plupart des professionnels du vin connaissent assez bien le fonctionnement des concours de vins pour y avoir participé avec plus ou moins d’assiduité ou de régularité. Mais nous n’écrivons pas ce blog uniquement pour les gens du métier. C’est pourquoi je pensais qu’il était intéressant de vous montrer un reportage et présentation d’un des concours (et un sérieux, bien entendu) auquel j’assiste en tant que membre du jury depuis quelques années.

Le Concours Mondial du Sauvignon est organisé chaque année depuis sept ans par les mêmes équipes que le Concours Mondial de Bruxelles. Comme son nom l’indique, il est dédié aux vins d’un seul cépage, ou du même cépage majoritaire (à 51% minimum) dans le cas d’assemblages. Les règles sont claires et de bon sens, mais leur application nécessite une bonne dose de rigueur. Je vais en exposer les principales :

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Dégustateurs professionnels uniquement

Dégustation assise et à l’aveugle, évidemment

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Pas plus de 40 vins servis à chaque jury dans chaque séance qui dure une matinée (entre 3 heures à trois heures trente). Nous en avions 35 ou 36 par matinée lors de cette édition.

Vins servis dans des séries comparables, ce qui veut dire que les mono-cépages sont séparés des assemblages, les boisés des non-boisés, les régions ou pays d’origine sont regroupés, et les millésimes aussi à l’intérieur des critères de tri déjà annoncés.

Les jurys ne savent que le ou les millésimes des vins de chaque série, ainsi que le fait qu’il s’agit de mono-cépages ou d’assemblages et de vins boisés ou non-boisés. Mais les origines ne sont pas révélées avant la fin des séances et la sortie définitive de la salle de dégustation pour éviter tout biais.

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Les feuilles de dégustation sont collectées après chaque série.

Bons verres, bonne luminosité, température parfaite et service au rythme des jurys sous le contrôle d’un responsable de sous-jury, dont les membres sont au nombre de 5 ou 6.

Enfin, et c’est important, il n’y a aucune pression pour accorder un quota de médailles, chacun notant les vins selon son jugement sur une feuille calibrée et c’est un ordinateur qui compulse les résultats.

Pour les « special awards », c’est un jury composé des chefs de chaque table qui re-jugent, toujours à l’aveugle, les finalistes de chaque catégorie. Là, il y a souvent des discussions car les styles peuvent différer. Il y avait en tout près de soixante jurés, venus de beaucoup de pays différents.

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Cette édition du Concours Mondial de Sauvignon s’est tenue à Bordeaux, comme tous les deux ans, car non seulement Bordeaux produit plus de Sauvignon Blanc que toute autre région, mais l’appellation Bordeaux est à l’origine de ce concours devenu véritablement international. Je rajouterai que c’est aussi à Bordeaux, sous la direction du regretté Denis Dubourdieu, que la plupart des recherches sur les caractéristiques de ce cépage a été conduits. Les autres années, le concours voyage dans un autre pays ou région producteur de Sauvignon Blanc. Ainsi nous avons pu visiter, lors des éditions antérieures, la Loire, le Frioul (Italie) et la Rueda (Espagne). L’année prochaine cela sera au tour de la Styrie, en Autriche. L’avantage énorme de ce principe d’itinérance est de permettre aux journalistes et autres professionnels d’élargir horizons et connaissances, et, pour les régions concernées, de faire connaître leurs paysages, vignoble, producteurs et styles.

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Les échantillons en provenance d’une vingtaine de pays étaient au nombre de 870 cette année : chiffre légèrement inférieur à celui de l’édition 2016 à cause d’une récolte très déficitaire dans différents pays, et notamment en vallée de Loire et en Autriche, pour ne citer que ces deux exemples.

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Je ne vais pas vous révéler les résultats de ce concours, d’autant plus qu’il me sont totalement inconnus à l’heure ou j’écris cet article. Ils seront divulgués lors du salon Prowein, et seront disponibles par la suite sur le site du concours, mais je vais m’autoriser quelques observations d’ordre général qui ne peuvent évidemment concerner que les 6 séries de vins que j’ai dégusté avec mon jury.

1). Peu de vins ayant des défauts majeurs : quels excès de sulfites, deux vins un peu prématurément oxydés, et aucune bouteille bouchonnée. Il faut dire que, pour ce dernier problème, environ 25% des flacons que j’ai vu était fermé par des capsules à vis.

2). La qualité moyenne (je sais que cette expression ne veut pas dire grande chose) des vins que j’ai dégusté m’a semblé au-dessus de ce que j’ai pu goûter lors des éditions précédentes. Effet d’un beau millésime 2016 dans certaines régions? Peut-être. Effet de progrès de d’émulation? Peut-être aussi. En tout cas, du moins dans les séries qui ont été servies à notre jury, je n’avais nullement l’impression que ce concours est utilisé par certains producteurs pour essayer de «larguer» des invendus en espérant qu’une quelconque loi des moyennes leur fasse obtenir une médaille !

3). Par exemple j’ai eu deux séries de vins de Touraine, tous du millésime 2016, et les vins m’ont semblé bien plus fins, plus suaves en texture, et plus aboutis que lors des éditions précédentes.

4). Je note aussi une tendance, pas partout mais qui va quand-même croissant, à éviter les excès d’arômes de type thiols. Je pense que ce type de Sauvignon finit par fatiguer et nous avons bien plus de finesse en générale qu’il y a quelques temps.

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Conclusion

Je maintiens que ce type de concours sert bien la cause des vins qui y figurent, et peut largement aider à faire connaître la catégorie (le cépage et les appellations qui le produisent) dans son ensemble, et pas uniquement les lauréats de chaque édition.

Il permet aussi aux membres de jury d’affiner leurs approches de la dégustation en cherchant les nuances et les qualités (et pas seulement les défauts) d’un vin dans un registre de type bien défini. Nous ne comparons que ce qui est comparable !

Les rencontres avec producteurs et collègues issus de différents horizons sont aussi très enrichissantes.

Et il y a sûrement plus, mais je m’arrêterai là !

David

 

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

18 réflexions sur “Comment fonctionne un bon concours de vins? L’exemple du Concours Mondial de Sauvignon

  1. Ce qu’ils ont l’air sérieux, tes camarades de dégustation! A croire que le Sauvignon, ça rend triste (à part toi)?

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  2. Comment définis-tu un dégustateur « professionnel »? Pour moi, un pro est quelqu’un qui gagne sa vie dans un domaine bien précis. Rien de mal à cela, mais ça ne sous-entend nullement un niveau de compétence. Parmi les professionnels de la santé, beaucoup n’ont pas le niveau non plus, ou dans l’enseignement, ou dans le sport, ou dans la chanson etc …

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  3. Je suis dégustateur aux vignerons indépendants depuis plusieurs années, fréquente assidument les salons, ai suivi des cours à l’université, consomme pas mal, visite nombre de viticulteurs en France. Puis-je être dégustateur dans ce salon ? Merci de votre réponse. Cordialement.

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  4. Ne pas confondre tristesse et concentration Hervé ! Et tu aurais du voir le Haka que nous avons fait après la dernière séance, en hommage à la Nouvelle Zélande.

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    • Moi, ça m’aurait rendu triste de ne déguster que du Sauvignon, alors faire un Haka par après, ça m’aurait redonné un peu le moral. Quant à l’organisation, rien à dire, c’est du pro à toutes les échelles.
      Marco

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  5. J’en rajoute une couche, suite à la rmq d’Eliane Paris. Manifestement, cette lectrice possède le goût de ce genre de manifestations et a la passion du vin. Quant à « suivre des cours à l’université » (Suze, je suppose) … Mais cela n’en fait pas une pro, alors qu’elle est sans doute avisée, expérimentée et compétente. A l’inverse, bon nombre de vignerons, surtout dans ma génération, dégustent en fonction de critères traditionnels, propres à leur région. Idem dito pour les oenologues: ils ne dégustent certainement pas comme le ferait un amateur de vin. J’ai bien connu des acheteurs de grande surface. Eux connaissent le goût de leurs consommateurs. Mais peu parmi eux étaient, à titre privé, de « vrais » connaisseurs en vin au sens où vos lecteurs l’entendent. Je suis prompt à critiquer les médailles, et trouve une arnaque ou même un escroquerie (je pèse mes mots, persiste et signe) la contribution demandée aux producteurs pour leurs échantillons, mais cela ne remet PAS en cause l’intérêt des salons, que tu décris très bien. Et leur seul gage de sérieux, dont beaucoup (comme toi) sont les garants, tient à deux éléments: la diversité de leurs jurés (à encourager, bien sûr) et « l’honnêteté » des procédures qui doivent être transparentes.
    Enfin, David, même si l’aspect extérieur ne le trahit pas forcément, je suis ton cadet de 10 ans et « Video killed the radio star ». Le web a modifié ce genre d’activités, ou en tout cas la diffusion de l’information qu’on peut en retirer.
    Pour les grands congrès scientifiques (et pharmaceutiques aussi), le succès des méga-événements, qui servaient surtout aux profs et aux ténors à se faire régaler à l’oeil, est fini aussi. Les vrais experts se retrouvent en télé-conférence et peuvent « skyper ». Je ne le déplore pas.

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  6. A mon goût, Chavignol produit ce qui se fait de mieux au niveau mondial en termes de sauvignon.

    Je serai chez François Cotat et Gérard Boulay (pour ne citer qu’eux) en fin de semaine.

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  7. A chacun ses goûts Laurent, bien entendu. J’aime beaucoup certains Sancerres, qui peuvent être grands aussi et les Sauvignons de Touraine que j’ai dégusté dans cette compétition étaient excellents cette année. Mais je mettrai les Sauvignons de Steiermark (Styrie, Autriche) au-dessus, du moins pour les meilleurs, ayant plus de complexité et une texture plus agréable (suave) sans sembler marquée par le bois. Cela dit, j’aime un vin en particulier, et rarement « des Sancerres » en général, qu’ils soient de Chavignol ou d’ailleurs.

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  8. David,

    Boire aujourd’hui une Grande Côte de François Cotat 2000 me ravit … c’est un grand vin … et un sauvignon incomparable, à mon goût.
    Un Clos la Néore de Vatan évolué également.

    Les vins jeunes évitent le piège de la variétalité et j’aime ces notes de sureau et de miel qui viennent avec l’âge.
    On peut leur reprocher leur austérité de jeunesse.

    Je pense pouvoir aussi regoûter un Monts Damnés chez Dagueneau, pour mieux voir l’impact du terroir et celui du vigneron.

    La plupart des vins de Pessac, y compris les plus huppés, me semblent trop lourds et boisés.

    Il faudra que je me penche sur les sauvignons autrichiens : j’apprécie plus souvent les Rieslings et Grüner Veltliner, les meilleurs s’avérant riches mais véloces, sans impact d’élevage (comme en Alsace).

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  9. Comment en conclusion porter un jugement sur l’intérêt de ces concours à médailles, alors que vous ne connaissez pas encore les résultats et leur crédibilité ?

    Le fait est que moi les médailles me font fuir. Deux arguments :
    – ceux qui recherchent les médailles n’ont a priori pas obtenu une reconnaissance autrement. C’est mauvais signe
    – le pourcentage de vins médaillés par concours est souvent énorme et confine donc au ridicule

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    • Je partage cet avis, Greg. J’étais ainsi en tant qu’amateur de vin passionné et je n’ai pas changé maintenant que je suis producteur. Par contre, il est TRES difficile d’attirer l’attention sur un domaine quand on est de petite taille, qu’on ne peut faire du battage médiatique et qu’on manie mal la presse spécialisée. Et ce, à tous les niveaux de qualité (même le top). Je ne condamne pas du tout les collègues qui essaient de percer par ce biais aussi. Mais ils sont les victimes de la rapacité des organisateurs de concours, et leur dupe. De meilleurs comptables que moi ont dressé le tableau des rentrées d’argent, entre les sponsors, les annonceurs et les frais de participation (souvent autour de 100 € par échantillon, parfois plus, hors frais de port) exigés des viticulteurs pour avoir le droit sacré de concourir. C’est une véritable honte. Je pense la même chose de la somme demandée pour une misérable petite table et un rince-verres dans les salons professionnels.
      Dans toutes les branches commerciales, il y a évidemment un « droit d’entrée » pour les nouveaux arrivant. Mais pour les domaines viticoles, ces sommes sont sans commune mesure avec le chiffre d’affaires d’une explotation à taille humaine.

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    • David ne parle pas de cette édition en particulier, il a déjà participé à ce concours à plusieurs reprises et peut donc valablement – même si c’est subjectif – donner son avis sur son utilité.

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    • Je ne puis être d’accord avec ce jugement un peu facile et trop généralisant.
      Premièrement (et comme pour les vins) il y a concours et concours. Deuxièmement j’ai jugé à ce concours depuis 7 ou 8 années et même si je ne suis pas toujours en accord avec tous les résultats, la plupart des vins que j’ai bien noté s’y trouvent. Troisièmement, ce que vous annoncez en premier argument est faux et je peux vous donner des exemples issu de ce concours (Bourgeois à Sancerre, les vins de Dubourdieu à Bordeaux, etc, etc), et puis pourquoi refuser à des vignerons inconnus une occasion de se faire connaitre ? Le pourcentage de vins médaillés est effectivement un problème dans certains concours, mais pas dans tous et si les vins le méritent ??? Je constate quand-même que la proportion de bons vins est en très nette augmentation depuis que je travaille dans des métiers du vin.

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      • On peut bien citer Bougeois et Duburdieu (qui sont quand même des grosses maisons avec un budget communication) mais on peut surtout en citer 100 fois plus qui, du fait de leur réputation bien établie, ne se cassent pas la tête à participer à ce genre de concours.

        Secundo, quel est l’intérêt d’un concours où ne sont classés … que ceux qui veulent bien y participer ?

        Que les vins que vous avez bien notés s’y trouve ce n’est pas étonnant : quel est le pourcentage de vins primés ? J’imagine que comme d’habitude on est à plus de 50% …

        Et la question devrait être : y a t-il des vins que vous avez mal notés que vous retrouvez primés ? Allez j’imagine que oui.

        Après je ne refuse aucunement aux vins inconnus d’avoir ce genre de pratique. C’est bien normal. Je dis juste qu’en tant qu’amateur j’ai une sérieuse tendance à fuir toutes les bouteilles primées (que de toute façon on retrouve en GD que je ne fréquente jamais).

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  10. Vous fuyez ce que vous voulez, mais c’est une vérité incontournable que la très grande majorité des vins vendus en France le sont dans le GD, que cela vous plaise ou non. Et comment faire pour guider les acheteurs perdus devant les rayons, selon vous ?
    Je vous recommande aussi de vérifiez d’abord les faits avant de dire des choses fausses Le pourcentage de médailles ne dépasse pas les 30% dans les bons concours.

    Ensuite, rattacher taille de production à une non-qualité de vins (ou l’inverse) est absurde.

    Et je ne vois pas ce que le budget de communication vient faire la-dedans car le coût de soumission d’échantillons à un concours n »a rien à voir avec une page de publicité.

    Evidemment qu’un concours ne peut juger que les vins qui s’y trouvent. Personne n’a encore inventé la dégustation virtuelle, heureusement. Mais un concours n’ pas la prétention d’être un guide d’achat, ce que vous semblez inférer. Il signale simplement un certain niveau de qualité d’un vin. Ce n’est déjà pas si mal.

    Ne voyez pas le diable partout, et, s’il vous plait, modérez un peu vos préjugés.

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