Les 5 du Vin

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Cépages résistants: la lettre du Sénateur Cabanel au Ministre de l’Agriculture

4 Commentaires

Pour commencer la journée de manière constructive, et parce que je partage largement son argumentation, j’ai le plaisir de publier ici la lettre du Sénateur Henri Cabanel au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, en date du 31 janvier dernier. Elle traite des cépages résistants. En espérant qu’elle sera rapidement suivie d’effet, cette fois.

Hervé Lalau

République Française

Monsieur le Ministre,

Je reviens vers vous sur la question des Cépages résistants.

Si les parlementaires du groupe que j’ai créé «Cépages: résistons ensemble» et la filière se félicitent de la posture très affirmée du nouveau PDG de l’INRA, Philippe Mauguin, pour accélérer et développer la recherche, posture soutenue par la Région Occitanie et des organisations professionnelles pour expérimenter dans le cadre d’un observatoire régional l’évolution sur le terrain de ces cépages (avec 60 viticulteurs dont je fais partie), il demeure le problème de l’inscription des autres cépages, italiens, allemands et suisses.

En effet, le CTPS (Comité Technique Permanent de la sélection des plantes cultivées) a classé 4 cépages ResDur de l’INRA le 15 décembre dernier, mais tous les cépages proposés par les Pays d’Oc à l’inscription émanant des recherches de l’Université d’Udine en Italie, ont été classés en temporaire.

Que signifie ce classement temporaire qui n’existe qu’en France, aucun autre Pays de la Communauté n’ayant ce type de procédure ?

Cela pose plusieurs problèmes :

-d’abord sur un plan déontologique:

Une partie de la filière émet de nombreux doutes sur les causes de cette absence de classement définitif et avance le fait que les brevets d’obtention de ces cépages ne rapporteront pas dans un premier temps aux pépiniéristes français, membres du CTPS. Il n’est jamais bon que la suspicion s’empare de ce type de démarche.

-ensuite sur un plan économique:

Il y a dans ce dossier, comme je vous l’indiquais dans un courrier du 4 mai dernier, des enjeux de concurrence et de compétitivité et donc une urgence à agir. L’Italie, l’Allemagne commercialisent déjà leurs vins issus de cépages résistants.

L’INRA nous a expliqué lors d’une réunion dans le cadre du groupe «Cépages, résistons ensemble» que les cépages mono géniques risquent d’évoluer et qu’il y a de réels risques de contournement et donc à s’engager sur la voie des cépages italiens, allemands ou suisses… Certes, mais ceux-ci prouvent qu’ils résistent et les vins sont déjà commercialisés.

Je suis persuadé qu’il faut opter à terme pour la solution INRA mais laisser aux viticulteurs qui le souhaitent prendre les risques qu’ils assumeront.

De plus, les chercheurs de l’INRA nous ont affirmé que le risque zéro n’existe pas et qu’il faudra qu’élus, filière et chercheurs partagent ce risque sur les résultats de leurs recherches et sur leurs cépages résistants en cas de problème de mutation. Sauf que ce vignoble ne sera planté et ne produira que dans plusieurs années alors que les cépages étrangers sont disponibles actuellement et qu’ils sont vendus en Chine – qui est en train de se constituer un vignoble résistant qui viendra concurrencer le nôtre (non résistant).

Toujours sur le même champ de la concurrence, comment expliquer à la filière qu’un cépage reconnu et planté au sein d’un état membre de la communauté, ne peut être inscrit en France ?

Lors de deux dégustations, que j’ai organisées avec les médias à Paris et à Montpellier, les journalistes ont pu apprécier la qualité des vins issus de la recherche de l’INRA mais également issus de cépages italiens, notamment.

-enfin, sur un plan environnemental:

Ces cépages résistants sont une réponse au Plan Ecophyto ainsi qu’aux défis environnementaux.

Les Pays d’Oc avaient fondé leur stratégie sur l’inscription au catalogue français de ces cépages. Avec les Jeunes Agriculteurs, ils avaient prévu une priorité d’intervention sur les zones de captages et une rencontre avec l’agence de l’eau permettant de monter une action concrète: préservation de ces zones tout en préservant les surfaces viticoles, idem pour les zones de proximité des lotissements et écoles en milieu rural.

Une ligne spécifique Plantation/innovation pour les JA de 0,04 centimes d’euros a été votée lors de la dernière AG des Pays d’Oc pour créer un effet levier dans le projet, permettant de passer une convention avec les Chambres d’Agriculture pour le suivi technique des parcelles.

Il est compliqué de demander aux viticulteurs de répondre aux enjeux sociétaux et de les bloquer ensuite en leur expliquant qu’il faut attendre que les résultats de la recherche soient effectifs mais que, in fine, le risque zéro n’existera pas.

Le CTPS n’a à la base qu’un pouvoir d’avis. L’ensemble des professionnels à France Agrimer a validé l’intégralité de la liste sauf Cabernet Jura (référence jugée trop forte à l’IG Jura).

Je souhaite donc vous alerter sur ce problème qui paralyse actuellement la filière et la divise. J’ai été interpellé, vous l’avez compris par les Pays d’Oc, mais aussi par des Jeunes agriculteurs et par des viticulteurs. Les temps ne sont plus aux questionnements de chapelle mais à l’action.

Les recherches INRA sont une réponse à une partie de la filière, les cépages allemands, italiens, suisses sont une réponse à une autre partie… Chacun devra prendre ses responsabilités mais la France ne peut afficher une posture de blocage alors que les autres Etats membres sont déjà très en avance.

Vous le savez, je défends le Made in France, mais lorsque la France a du retard, il n’est pas concevable de pénaliser une filière pendant des années alors qu’une offre européenne existe.

Il faut une offre pour tous les segments et ici pour tous les viticulteurs, qui auront le choix d’attendre les cépages français de l’INRA ou de planter les cépages de nos voisins et ainsi commercialiser, comme eux, des vins issus de cépages résistants.

Monsieur le Ministre, je vous remercie, d’étudier ce dossier avec ces deux angles, car la filière est déjà très touchée par les aléas climatiques, par les normes environnementales contraignantes, par la concurrence. On ne peut lui imposer la quadruple peine.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération

Henri Cabanel, Sénateur de l’Hérault

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “Cépages résistants: la lettre du Sénateur Cabanel au Ministre de l’Agriculture

  1. Ajoutons que la résistance des hybrides de première génération, tous les cépages créés juste après l’arrivée du phylloxera, est toujours la même après plus de 100 ans d’utilisation.
    Pourtant, selon l’INRA et le CTPS, ceux-ci auraient une résistance ‘mono-génétique. Il est donc évident qu’ils se trompent (ou veulent nous tromper?) en agitant le risque de contournement de la résistance.

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  2. Ah bon ? Croyez vous que le Regent est encore résistant au mildiou ? Je trouve le courrier du sénateur Cabanel un peu inconséquent. L’implantation de cépages résistants étrangers avec un seul gène de résistance, c’est apprendre rapidement au mildiou à contourner la défense naturelle en question. Si ensuite vous plantez des variétés polygéniques, en présence de souches de mildiou qui contournent l’une ou l’autre des défenses naturelles, on perd le bénéfice du caractère polygénique des résistances. Et tout le travail de sélection de l’Inra… des années de sélection.
    Dans ce domaine de la protection des plantes, rien n’est jamais acquis, surtout avec le mildiou. Et il faudra (on peut déjà le supputer) créer de nouvelles variétés résistantes avec de nouveaux gènes de résistance qu’il faut encore découvrir, pour protéger la vigne face à un mildiou qui tôt ou tard trouve la parade.

    La question des hybrides du début de ce siècle, oui ils résistent, mais avec une génétique américaine, qui n’a rien de vraiment intéressant au plan qualitatif oenologique… C’est toute la difficulté d’avoir la génétique de nos cépages enrichie avec juste les morceaux de gènes « sauvages » conférant la résistance au mildiou, qui nous intéresse.

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  3. Je ne suis pas d’accord avec vous, M. Lefebvre: les Suisses, les Italiens et les Allemands vinifient déjà des cépages résistants, et je ne sache pas que le problème du mildiou se pose moins chez eux que chez nous. Les croyez-vous inconscients?
    Dans le cas des Suisses et des Allemands, ils ont une grande expérience des croisements – croisements qu’ils ont largement commercialisés chez eux (comme le Gamaret, le Garanoir, le Dolinoir ou plus anciennement, le Scheurebe, le Muller-Thurgau, etc…).
    Alors oui, on peut se demander, comme le Sénateur, s’il n’y a pas là du protectionnisme de la part des autorités françaises.
    De plus, je ne qualifierai pas son courrier d’inconséquent, quand il attend depuis des semaines une réponse à de précédentes demandes de la part du Ministère.

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  4. Un complément d’info sur la recherche en la matière dans plusieurs pays du monde
    https://www.mon-viti.com/node/22201/activer

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