Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Aigues Belles, « Grand Cru » IGP du Pays d’Oc

14 Commentaires

Au pied du Pic Saint Loup, côté Gard, se niche le Hameau d’Aiguebelle, qui a donné son nom au domaine d’Aigues Belles. Une superbe surprise, que dis-je, une révélation que ses vins! Je ne connaissais pas la maison, je n’attendais rien, et je suis tombé sur de l’exceptionnel. De la haute couture.

Et le fait qu’il s’agisse d’IGP ne change rien à l’affaire: ce n’est pas parce que le mot Grand Cru est officiellement réservé aux AOC que je ne peux pas, moi l’employer comme je l’entends, comme je le comprends: les vins d’Aigues Belles sont grands, et ils sont bien issus d’un cru.

En outre, s’il faut que les mots aient un sens (personnellement, je crois que oui), il faut d’urgence que l’INAO fasse le tri: qu’il y a-t-il de commun entre la mention (officielle) de Grand Cru en Bourgogne, en Alsace ou en Quarts de Chaume, où elle s’applique à des parcelles, et la définition Saint-Emilionnaise, où elle s’applique à des noms de châteaux? 

Au Domaine d’Aigues Belles, pour Gilles Palatan, tout cela est accessoire; pour lui, le contenu compte plus que la mention sur l’étiquette; ses 20ha de vignes sont «100% bio, mais non certifiées» – aussi ne le mentionne-t-il pas. De plus, certaines de ses parcelles, sur Corconne, pourraient être déclarées en AOP Pic-Saint-Loup, mais ce n’est pas son intention. Avec une production de l’ordre de 50.000 bouteilles, il peut choisir…

Choisir – c’est justement ce qui a été le plus difficile, pour moi, dans sa gamme de blancs (vous préférez le Chardonnay ou l’assemblage Roussanne-Sauvignon? – les deux!), de rouges (vous aimez quand le Grenache pinote?) et son rosé superbement minéral.

J’ai finalement retenu la Cuvée Nicole 2013, tannique, mais mais soyeuse, très Syrah, fruit noir, cuir, et à la bouche fraîche et joyeuse, et à la finale redoutable: dense et suave, elle vous crie « revenez-y »!

J’ai trouvé à ce vin un petit côté Nord-du-Rhône, ce qui n’est guère étonnant, vu sa situation et son encépagement; mais surtout, j’y ai vu la marque d’une recherche de précision dans l’assemblage comme dans l’élevage (ce que l’on retrouve d’ailleurs dans toutes les vins du domaine). C’est ce qu’on attend d’un Grand Cru, non?

Autres cuvées bues et approuvées: Rosé Poirier des Rougettes 2015, L’Autre Blanc 2015, Le Blanc 2015, Cuvée Lombarde 2013, Cuvée Classique 2011 (barrique ayant contenu le blanc).

Hervé Lalau

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

14 réflexions sur “Aigues Belles, « Grand Cru » IGP du Pays d’Oc

  1. Je partage ton avis Hervé sur la qualité de ces vins. Depuis deux ou trois ans que je reçois des échantillons, ils sont toujours remarquables. Je me fous un peu du terme grand cru qui n’a pas grand sens pour moi. Mais de très beaux vins, assurément.

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  2. Je suis loin d’être un obsédé des classements et des crus, premiers ou grands – nous avons tous dégusté des vins qui ne rentrent pas dans ces catégories, et qui nous semblaient au moins aussi bons que des premiers ou des grands crus, sans parler des classés.
    Mais sur les marchés, cela n’est pas sans importance: il n’y a qu’à voir le saut de tarif de Pavie et d’Angelus depuis qu’ils ont rejoint le très petit club des Premiers Grands Crus Classés A (traduisez: super méga pinards blindés ).
    Pour les IGP, c’est plus simple, ils n’ont droit à rien, aucune hiérarchisation, ni même le nom de château ou de clos vu qu’ils n’ont pas le fameux « lien au terroir ». Dont acte. Cela n’empêche qu’il y a en leur sein des gens qui travaillent vraiment avec le sens du lieu, du terroir, qu’ils puissent le revendiquer ou pas. Pour eux, il faudrait un jour réfléchir à la piste des pagos espagnols, peut-être – des crus qui ne dépendent pas d’une appellation. Je crois me souvenir que le regretté René Renou y était favorable. Mais évidemment, ce serait un gros coup de pied dans la pyramide actuelle. L’ouverture d’un boîte de Pandore. Et quand on voit déjà l’opposition (surréaliste, à mon sens), des Crémants face à des bulles IGP, on se dit que ça n’est pas pour demain.
    Alors je suppose que c’est à nous, petits scribouillards, de rappeler au consommateur qu’il y a une vérité au delà des mentions, que c’est dans le verre que ça se passe, que des réputations, des appellations peuvent être usurpées.

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    • Mais qu’est-ce que vous avez donc contre les classements? Vous, petits et grands scribouillards, avez le privilège de pouvoir goûter avant de consommer. Et de faire vos propres classements. Mais, faut-il vous le rappeler, vous êtes une toute, toute petite minorité. Comment la majorité peut-elle se faire un choix devant l’immense variété des appellations?
      1. Vous lire, bien sûr
      2. Le prix
      3. L’appellation et/ou l’étiquette
      4. Le packaging.
      Enlever l’appellation comme repère pour le consommateur serait dramatique.
      Enlever l’appellation aux vignerons serait désastreux.
      L’AOC a des critères de production précis, ils pourraient être plus exigeants en qualité. Mais ils existent et pouvoir mettre AOC sur la bouteille est la garantie que ces critères sont respectés.
      L’IGP est une version plus permissive pour la production, avec le plus souvent, une liberté de choix de cépages. Le vigneron peut éventuellement choisir entre l’une ou l’autre appellation, toutes deux en lien avec l’origine géographique.
      Dans les deux cas, on ne nous garantit pas la qualité exceptionnelle du vin mais le respect d’un cahier des charges.
      A côté de ça, il y a les « presque » vignerons qui font des vins « presque » bio, ou « presque  » AOC. Mais qui ne payent pas le label et font des petites entailles dans le cahier des charges.
      Et le consommateur dans tout ça? On sait qu’il a besoin d’en savoir plus sur ce qu’il achète. D’où ça vient? Qui le fait? Comment? avec quels produits?
      Qu’est-ce que vous croyez? Qu’on peut se passer des labels et autres certifications pour garantir l’origine et la constitution d’un produit?
      A part ça, on est d’accord, la certification technique ne nous assure pas la qualité organoleptique d’un produit (quoi que le label rouge a été créé pour ça, mais pas pour le vin).
      Conclusion, vous avez encore du boulot pour faire connaitre la différence entre un grand vin pas cher et un vin trop cher. Mais reconnaissez aussi que la communication collective, avec ses appellations est le seul outil actuel pour donner quelques informations au consommateur.

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      • Tout faux, NFA, comme dab’. Vous ne faites qu’un plaidoyer pro domo. Mais j’avoue que l’argumentaire est détaillé et enchevêtré. Ca sent bon son école de marketing tout ça. Là où vous vous trompez,mais en fait vous le savez, c’est donc NOUS que vous trompez, pas vous, c’est que l’information collective ne sert pas à informer, elle sert à faire VENDRE (acheter, vu du côté du consommateur). Dans une économie de marché (nous y sommes), cela n’a d’ailleurs rien d’anormal. Mais il ne faut pas faire croire autre chose. Vous me répondrez que je serais peut-être moins amer et mordant – ce n’est pas sûr, « it’s the DNA that made me this way » – si j’arrivais justement à faire acheter un peu plus, moi. C’est possible, mais pas à ce prix-là. Décidément, la parasitologie est une science très vaste et pleine d’avenir. Hélas, à mon âge, le mien est forcément réduit dans le temps.

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      • Monsieur Charlier, vous manipulez la langue avec talent mais vous vous trompez aussi.
        Je n’ai pas d’intérêt personnel à défendre (si je comprends bien l’expression plaidoyer pro domo).
        Je constate que vous rejetez en bloc ma réflexion, est-ce pour autant que j’ai tout faux et surtout « comme dab' ».
        Je sens comme une petite irritation. Un à priori.
        L’information collective sert à faire vendre, dites-vous? Je prends ça comme une bonne nouvelle.

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      • Chère Nadine, je fais une grande distinction, personnellement, entre l’appartenance à une AOC et le fait d’être Premier Grand Cru Classé A – surtout quand son AOC s’appelle déjà Saint Emilion Grand Cru. La première représente un patrimoine commun, des obligations communes et librement acceptées, voire revendiquées. Le second entérine un statut social.
        Je ne suis pas du tout pour la mort des AOC, mais pour leur réforme, sur des critères plus restrictifs. Et pour la fin des AOC régionales, qui devraient passer pour moi en IGP, vu qu’elles n’ont pas plus de lien au terroir qu’une IGP. Mais ne rêvons pas, en France, on n’abandonne jamais un droit acquis, et tant pis si tout le système des AOC s’en trouve décrédibilisé par une offre de vins de masse!
        La notion de cru m’intéresse, en ce qu’elle se rapproche d’un effet terroir, mais je constate que des AOC comparables peuvent avoir des politiques très différentes en la matière: ainsi, Chablis a une pyramide à quatre degrés (si l’on inclut Petit Chablis) tandis que Sancerre n’en a qu’un. Et ne s’en porte pas plus mal.
        Quant aux classements officiels, qui sont faits sur d’autres bases que la qualité du vin (niveau de prix, accueil, prestige), ils me laissent indifférents. Ils ont une vocation commerciale. Il faut du commerce, mais nous autres, critiques (et oenologues) devons faire de notre mieux pour nous en abstraire quand nous commentons les vins.
        Et en ce qui concerne notre influence de journalistes, je ne fais pas de fausse modestie, mais je la crois assez faible. Mais pas tout à fait nulle, sinon, je n’écrirais plus. Pas ailleurs, c’est déjà un grand plaisir pour de pouvoir partager mes coups de coeur (ou mes colères), et peu importe, en définitive, si mes jugements convainquent ou non le plus grand nombre.
        Merci pour les commentaires.

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  3. Hervé… pourquoi choisir ?… et pourquoi pas une présenter la gamme (et le domaine) car à te lire ça donne envie d’en savoir plus
    Un prochain article peut être ?
    Merci
    Marc

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  4. Poursuite du dialogue – car c’en est un, vu que discuter avec quelqu’un quand on est d’accord n’a aucun sens; c’est dans la contradiction qu’on apprend qqchose (moi y compris, je n’ai pas/plus vocation d’enseignant) – où il ne s’agit pas d’a priori. Cela fait plusieurs années que je vous lis sur ce blog et mes opinions sont presque toujours diamétralement opposées aux vôtres. Je pense avoir compris pourquoi aujourd’hui et également découvert la source de mon irritation, comme vous dites. Contrariété serait plus exacte car j’ai la peau dure, de cette indifférence qui vient avec les années. En fait, vous envisagez toujours le vin sous son aspect de « produit de consommation » et plutôt courante. Ce n’est pa

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    • Hips! Je sens que le message n’est pas fini mais j’en profite pour dire que, en effet, je consomme du vin, ce qui en fait, pour moi, un « produit de consommation ».

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    • Zut alors, encore une publication intempestive et prématurée (touche « return » malencontreuse): je continue.
      Ce n’est pas faux et c’est même la règle dans les pays producteurs. Moi, un étranger je vous le rappelle – ce qui explique mon application à utiliser correctement votre langue, je suis un « petit besogneux » pas un talent – je rêve du vin non pas comme une oeuvre d’art (je laisse ça à Bernard Magrez et consorts) mais quand même comme un vecteur culturel, hédoniste, identitaire. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai tant de mal à en vivre. J’ai aussi eu du mal à vivre de la médecine, quand c’était mon domaine. Il me semblait que la monnayer »à la dure » était indécent.
      Je monte au créneau, avec assiduité, maladresse sans doute, et sincérité chaque fois que ces oppositions sont abordées. Je me fâche aussi avec les défenseurs des « universités » du vin (pas uniquement Suze), avec les institutions comme MW, ou oui, même celle où David est lecturer. Non pas que je leur refuse leur place, mais parce que toujours, la finalité vendeuse l’emporte sur la finalité connaissance. Hollande aurait dit qu’il n’aimait pas les riches. Cette affirmation est criticable, d’autant plus que toute son activité montre le contraire. Moi, c’est le commerce (eh oui) que je trouve injuste, en lui-même, et surtout celui des intermédiaires. Marger sur quelque chose que l’on a produit, construit ou créé, pour en vivre, est malheureusement indispensable. Marger quand on passe du « gros » au « détail » est également nécessaire dans une société mobile et hiérarchisée. Mais TOUT le reste: de la critique aux concours, de la promo aux expertises, est oeuvre d’observateurs, de témoins, de … parasites. Tant que cela reste gratuit (même si d’autres compensations existent que le seul numéraire), pourquoi pas. Dès qu’on fait payer la production (au sens large), je m’insurge.

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  5. Beaucoup de pierres dans les lentilles, aujourd’hui…Hervé nous fait partager une belle découverte ; merci, c’était là l’essentiel de son billet (David l’avait faite, mais conservée pour lui…) et nous voici dans le champ des discussions déjà maintes fois abordées, sans l’ombre d’une conclusion ou d’un simple résultat. AOC, Cru, commerce, Universités qui n’en seraient pas (avant de dire qu’elles n’en sont pas -je désigne Suze la Rousse, que je connais- encore faut-il se renseigner sur ce qui s’y passe…et vlan, je n’en démordrai pas), culture, hédonisme, mal être…Nous sommes tous d’accord sur le fait que les AOC n’offrent pas au consommateur la garantie que le vin acheté est d’une qualité irréprochable ; et que certaines AOC possèdent de trop grandes étendues (dilution inévitable du lien au terroir). Que des crus réputés ne méritent pas le prix qui en est demandé, aussi. Cependant, pour un étranger « du dehors » savoir qu’il achète un vin de la vallée du Rhône (aucune trace de chauvinisme dans ce choix, n’est-ce pas) constitue un repère pratique, voire indispensable. Et si les organismes professionnels qui les défendent se battent bec et ongle pour les mettre en valeur, c’est une très bonne chose. Les vignerons, aussi passionnés et aussi détachés des contingences matérielles soient-ils, font du vin pour le vendre. Et il leur est indispensable de donner au consommateur des repères. Les AOC, malgré toutes les imperfections qu’elles véhiculent, en sont un, et toujours très solide. Commerce « pas bon », Luc ? Déjà Néandertal faisait commerce de silex et cela lui servait à vivre ou à survivre. M. Gilles Palatan élabore de très beaux vins pour les vendre, sans doute en éprouvant le plaisir et la fierté d’avoir « bien travaillé ». C’était le credo de mon père : la fierté du travail bien fait, un véritable culte du travail. Il a réussi à gagner sa vie, mais difficilement car le commerce lui était étranger. Hédonisme ? culture ? Acheter sa place pour assister à un concert permet à des artistes de vivre et c’est une forme de commerce, quand bien même seriez-vous en état de lévitation comme un moine tibétain en écoutant des oeuvres interprétées de façon sublime. Pour que ce concert soit en succès, il y a eu l’action de très nombreux intermédiaires, des critiques, des imprimeurs d’affiches, des rédacteurs divers et, fort heureusement, des bénévoles pas payés, eux, il est vrai. Le vin, qui nous unit en particulier dans ce blog, représente un magnifique symbole de ce qui croît en un lieu, d’où le mot cru ; terme applicable, bien d’accord Hervé, en dehors de sa connotation hiérarchique au sein des AOC. Les actes qui consistent à le faire connaître sont quelquefois entachés de curieux détours, mal acceptés, suspects, mais cela ne peut rien enlever à la magie de sa naissance. Au fait, cette année, tout au moins en vallée du Rhône méridionale, débourrement très précoce : 3 feuilles ouvertes ce jour sur des Grenache.

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    • Trois feuilles partout en Roussillon, sur tous les cépages (même les cabernets de la plaine!). Ce qui est pire, c’est que je suis aussi à trois feuilles sur une parcelle … que je ne commence à tailler que demain! On va faire très attention où on met la cisaille!

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  6. En fait, on est plutôt d’accord mais avec des approches différentes.
    Pour ceux qui veulent d’autres réflexions, je vous invite à lire les actes de l’Université de la Vigne au Vin de 2014 sur le thème de l’Origine. Avec un titre à mettre en rogne Charlier « L’origine fait-elle vendre? » . Les actes comme les journées de colloque de cette Université buissonnière sont totalement gratuits.http://universitevignevin.fr/wakka.php?wiki=ActeS

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