Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Souverains poncifs 

19 Commentaires

C’est fou le nombre de bêtises qui circulent dans le domaine du vin, transmises de génération en génération, de sommelier en sommelier, de critique en critique, de buveur en buveur. Légendes urbaines, on-dits, souverains poncifs, ou simples conneries, parfois teintées de snobisme. Et l’âge ne fait rien à l’affaire. Une vieille bêtise reste une bêtise. En voici quelques unes, avec, quand c’est possible, le contre-exemple, en guise d’antidote…

 

Le Champagne fait moins mal à la tête que les autres bulles

Contre-exemples: innombrables (de migraines, aussi bien du côté du Champagne que des autres bulles); et pourtant, c’est vrai, on lit toujours ce genre d’affirmations mal étayées sur des sites de référence et même dans des sondages, preuve que la Champagne entretient bien son image de produit de luxe… et peut, parfois, faire preuve de mauvaise foi (l’histamine a bon  dos, pourquoi les Chardonnay-Pinot de Loire, du Jura ou de Bourgogne en auraient-ils moins que ceux de Champagne?).

Les blancs du Sud sont lourds

Les vins d’Espagne sont alcooleux

Contre-exemples: les vins de Galice (et bien d’autres).

Le Porto est un vin d’apéritif

Contre-exemple: le mode de consommation anglais du Porto, qu’on qualifiera de diversifié – cela va du foie gras au fromage, en passant par le chocolat, sans oublier le cigare. Dans sa nouvelle « The Choice of Amyntas », Somerset Maugham a d’ailleurs écrit de fort belles choses sur la façon de boire entre un et quatre verres de Porto, selon l’effet recherché, et en dehors des repas.

Le Málaga est un vin cuit

Contre exemple: tous les Málagas; Certains contiennent une réduction de vin, l’arrope, mais pas tous; et c’est loin d’être l’élément principal des vins.

Le Madère, c’est pour la cuisine

Contre-exemples: la plupart des Madères qui ne sont pas présentés dans des petites bouteilles moches en grande distribution.

Le rosé, ça se boit dans l’année

Contre-exemple: tout ce qui ne ressemble pas à du blanc taché, au goût de bonbon, de vernis ou de pamplemousse (et que vous aurez la patience d’attendre). Lancez notre ami Marc sur ce thème, il est intarissable. Et à propos de tari, voyez Guillaume, au Domaine de la Bégude.

Les vins allemands sont sucrés

Contre-exemples: innombrables. Mais quel est le pourcentage de Français qui dégustent régulièrement des vins allemands depuis la dernière mise à sac du Palatinat?

Le Prosecco, c’est pour faire un Spritz

Contre-exemple: voir ICI

Le vin Nature rend moins saoul

Contre-exemple: aucun – j’aurais trop peur de choquer les vrais croyants!

La Clairette de Die est issue principalement du cépage Clairette

Et bien non, même que la Clairette ne peut dépasser 25% des cuvées – c’est là un des grands mystères des AOC françaises; apparemment, cela ne choque personne, et pourtant, cela revient à vendre autre chose que ce qu’il y a sur l’étiquette. On se croirait dans la politique.

Les rosés de Loire sont sucrés

Contre-exemple: l’AOC Rosé de Loire, justement. Contrairement au Rosé d’Anjou ou au Cabernet d’Anjou, c’est un vin sec. Vous avez dit « confusing »?`

La capsule à vis, c’est bon pour les petits vins à boire jeunes, au pique-nique 

Erreur funeste! Plus vous payez cher un vin, plus vous avez envie de le garder, et moins vous avez envie de le voir se gâter du fait d’un mauvais bouchon. Et je ne parle pas seulement du goût de bouchon, mais du syndrome du vin fatigué, dont on ne sait plus trop si c’est l’obturation ou le vin qui en est responsable. Rien de plus désagréable que de se demander si c’est le vigneron qui est en faute, ou le bouchonnier… Faites « pop » avec la bouche, si le bruit du bouchon vous manque à ce point!

Les fromages s’accompagnent de préférence de vin rouge

Contre-exemples: la majorité des pâtes dures, type Comté, Gruyère, Appenzell, qui supportent mal les tannins. Mais il y a tellement de sortes de fromages, et tellement de sortes de rouges, plus ou moins tanniques, qu’on ne peut pas généraliser.
D’ailleurs, que ce soit dans le domaine du vin, de l’art, de la science… ou de la politique, la généralisation abusive n’est-elle pas la plus belle définition de la connerie?
J’arrêterai là pour cette fois. Si vous voulez une suite, vous pouvez me fournir d’autres exemples, je me ferai un plaisir de dégonfler d’autres baudruches…

Hervé

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

19 réflexions sur “Souverains poncifs 

  1. Autre exemple : le Condrieu ne vieillit pas (ou bien : n’est pas fait pour vieillir…) allez dire cela à Georges VERNAY qui possède quelques vénérables bouteilles de vingt ans d’âge…Le rosé est fait pour être bu dans l’année : dégusté il y a quelques semaines un Tavel de Manissy 1975 et un Prieuré de Montézargues 1992, qui étaient parfaits. Le VDN de Rasteau est un vin cuit : chose entendue de nombreuses fois ; soyons honnêtes : beaucoup moins actuellement. La Clairette de Die, faite essentiellement de muscat, est un mystère. Quoique, la méthode champenoise utilisable par les vignerons impose 100 % de clairette… Je pense que la liste serait très longue pour peu que l’on se mette à éplucher ces lieux communs que nous avons tous entendus.

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  2. Au plaisir d’ouvrir et de boire un vieux Condrieu ensemble!

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  3. Et puisqu’il faut mettre les pieds dans le plat, pourquoi ne pas évoquer la question des vins chers parce qu’ils portent une étiquette prestigieuse, le nom d’une « grande » appellation ? Ces vins sont forcément bien meilleurs que les autres, bien meilleurs même que les vins produits à partir des raisins vendangés dans les parcelles directement voisines de l’appellation en question. A se demander ça vaut le coup de faire tant d’efforts pour offrir de bons vins si l’on est mal situé. Vend-t-on finalement du vin ou une image ? Qu’est-ce qui est le plus important ? Où faut-il en priorité porter nos efforts ? Devons-nous être davantage vigneron ou davantage communicant ?

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    • Hou là, vaste programme! Cela vaut sans doute un billet à part. Je retiens l’idée. Il y a plein d’exemples de vins trop chers et trop médiatisés pour ce qu’ils sont, bien sûr.

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  4. Les larmes (ou jambes…) sont dus a la sucrosité du vin.
    Pouvez-vous rétablir la vérité si vous faites un prochain billet sur le même thème ?

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  5. Si ma mémoire est bonne, les larmes sont plutôt dues à l’évaporation de l’alcool, pas au sucre. Mais je garde ce thème dans ma besace… Merci pour la proposition!

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    • Pas facile cette affaire des larmes ou des jambes. Les adeptes d’une cause liée à des différences de tension de vapeur entre l’eau et l’alcool se référent à l’effet Marangoni ; mais de nombreux commentateurs soulignent que les larmes sont plus denses et plus nombreuses lorsque le vin possède une charge sucrée plus importante…Faire appel uniquement à l’effet Marangoni serait justifié si le mélange eau-alcool-glycérol dans un vin était inhomogène. Or, désolé, mais il est homogène à une température invariable ou peu variable, qui est celle du contenu du verre au moment du service. Je ne connais pas la thèse de Marangoni (fin 19ème siècle). Des physiciens ont peut être travaillé sur le sujet spécifique du vin (et non pas sur des mélanges eau-savon-glycérine…ou autres phases) mais je ne connais pas leurs résultats. Sollicitation auprès de ceux qui connaissent l’existence de travaux sérieux sur le sujet !!

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  6. Les contre-exemples n’invalident pas necessairement une generalite, si ce ne sont que des exceptions.
    Par exemple sur l’idee que les vins Allemands sont sucres: oui il y a de nombreux vins secs, et heureusement de plus en plus de bons vins secs chez quelques brillants producteurs artisanaux. Mais l’essentiel du volume de production en Allemagne reste sucre (>90% de la production?) . Donc pour le consommateur lambda se baser sur l’idee que les vins allemands sont sucres est assez juste.
    Et je fais partie des Francais qui degustent les vins Allemands aussi souvent que possible, sans me prendre pour une exception…

    Par contre quand les contre-exemples sont une forte proportion, voire majoritaires, alors oui, vous demontez une idee recue. Par exemple l’adequation des fromages avec plus souvent les blancs que les rouges.

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  7. Je me demande d’où vous tirez votre chiffre de 90%, Denis. Les vins à Prädikat, Kabinett excepté, sont minoritaires dans la production, et ce sont les plus sucrés, dans l’ensemble. Bien sûr, l’oenophile adore ces vins et les déguste volontiers, leur équilibre sucre/acidité étant souvent impressionnant; mais la proportion de vin sec n’a fait qu’augmenter dans les blancs allemands, depuis les années 80, parce que c’est ce que le marché demande. Et n’oublions pas non plus que 35% de la production allemande est constituée de rouge, dont la grande majorité sont secs. On pourrait dire la même chose de la plupart des Sekt.
    Alors, pour ma part, je maintiens que les vins secs sont loin d’être l’exception qui confirme la règle en Allemagne.
    Et que pour ces vins comme pour d’autres lieux communs, cela vaut la peine de mettre à jour nos connaissances en les confrontant aux vins d’aujourd’hui.
    A part ça, ceci est juste un billet de blog, pas une encyclo, mon but est de susciter le débat, quitte à dégommer quelques idées reçues, pas de faire autorité!
    Quoi qu’il en soit mes félicitations pour votre intérêt pour les vins d’ailleurs.

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  8. Oups, publication intempestive une fois encore: … jusqu’au niveau d’un Auslese. On indique alors « Auslese trocken ». En outre, la proportion des vins secs (ou « Fränkisch trocken », càd < 4 gr/l) est en augmentation croissante.
    Quant aux "larmes" ou "jambes", elles ne font que signer une modification de la tension superficielle – Denis vous expliquera mieux que moi – et ses "causes" les plus fréquentes sont: sucres (avec "s"), glycérol et alcool. Il y en a encore d'autres.

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  9. Ben oui, Luc, quand c’est vraiment trop mauvais, moi ça me tire des larmes. Heureusement, généralement, j’ai une meilleure mémoire des vins que j’aime que de ceux que je déteste. C’est mon côté positiviste – il y en a que ça agace, je sais, ils voudraient des noms, un genre de bucher des vanités; mais il faut de tout pour faire un monde.

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  10. Les vins de Bordeaux sont trop boisés, le Muscadet est trop soufré, le vin du Midi est de la bibine, le Cahors est trop tannique, le Champagne est trop cher, le rosé n’est pas un vrai vin, la capsule à vis est néfaste au bon vieillissement d’un vin, le rouge doit être servi à plus de 20°, le blanc doit être glacé, le Marsala (comme le Madère) est réservé à la cuisine, le foie gras exige un Sauternes (ou Barsac, à la rigueur), le vin naturel est sans obligatoirement sans soufre, le vin de France est moins bon qu’un vin d’AOP, le Banyuls (aussi) et le Rivesaltes sont des vins cuits, le Saint-Amour est aphrodisiaque…

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  11. Et les vins de l’Est sont tous mauvais…

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  12. Bien vu. Pour avoir dégusté d’excellents vins de Tokaj, Villany, Cotnari, Dealu Mare ou encore de Slovénie, je ne peux que m’inscrire en faux!

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  13. Et Château-Grillet est un vin d’une immense longévité …

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  14. Pour Herve sur les vins Allemands: mon 90% est une question (il y a un point d’interrogation). C’est quand meme base sur une vague moyenne de mes degustations. Par exemple j’ai fait il y a quelque temps une quinzaine de rouges de Souabe: tous etaient sucres; entre 2 et 10g/l selon mon estimation. Bien entendu ils etaient tous annonces comme secs.

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