Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Guénaël Revel, le « Pet Nat » et la « snobmellerie »

6 Commentaires

Notre invité de ce samedi nous vient du Québec, c’est Guénaël Revel, Monsieur Bulles en personne, qui nous parle du Pet Nat. Et il ne mâche pas ses mots…

Un pétillant naturel, un « Pet Nat », comme on dit désormais, est en fait un vin effervescent issu de la méthode ancestrale; c’est à dire, la méthode la plus ancienne pour élaborer du vin à bulles dans un flacon. Donc, rien de bien nouveau. Sauf que depuis une très courte décennie, 2 vins sont devenus à la mode au sein d’une minorité sommelière, plus suffisante qu’attrayante: le Pet Nat et le Vin Orange. Ce dernier pouvant être aussi élaboré comme le premier. Et j’en ai ras-le-bol!
Ras-le-bol d’entendre des inepties au sujet du Pet Nat: pas un seul salon des vins, ni un seul bar à vins qui ne présente actuellement un Pet Nat sans le hisser au firmament de la qualité vinique en matière de bulles !

Or, 80% des Pet Nat que j’ai dégustés depuis un an étaient tout simplement de mauvais vins, des vins qui apportaient ni plaisir, ni intérêt, sinon celui d’y déceler des arômes désagréables ou inappropriés. Inappropriés par rapport à ce qu’on est en droit d’attendre d’un vin, quel qu’il soit.

Plus qu’agacé, j’ai même répondu un jour à un sommelier que si vraiment il trouvait si excellent le Pet Nat qu’il m’avait servi, c’est qu’il n’avait jamais dû déguster un bon vin effervescent de sa vie, qu’il soit élaboré en méthode traditionnelle, Charmat ou ancestrale. Alors que la contagion des Extra-Brut se poursuit, la snobmellerie nous inflige à présent le Pet Nat !

Mais d’où vient cette subite lubie du Pet Nat ?

Je m’adresse donc ici à celles et ceux qui sont diplômés en sommellerie, qui exercent en restauration ou en agences de représentation de vins. Et même si j’en entends certains crier à la ringardise face à ce ras-le-bol (qui n’est pas que le mien), une question me brûle: vous ennuyez-vous vraiment dans votre profession? Trouvez-vous vraiment qu’il y a un tel manque de diversité sur la planète-vin, qu’il vous faille vanter un vin blanc, souvent trouble, aux perles carboniques fugaces et au fruité collant ou occulté par des notes de levures ? Je ne peux pas y croire. C’est de l’hypocrisie. Ou de l’incompétence. D’ailleurs, quand j’interroge les vignerons qui élaborent ces Pet Nat, aucun d’entre eux ne se prend au sérieux.
Aucun d’entre eux n’érige son Pet Nat au sommet de sa gamme. Ils le conçoivent simplement.  C’est à dire dans l’amusement, dans un plaisir presque égoïste qu’ils reconnaissent. D’abord pour eux-même et leur entourage. Ensuite pour quelques acheteurs éclairés par eux, sans fanfaronnade…

Leur Pet Nat est un jeu, parfois superficiel et souvent éphémère, puisqu’ils ne le répètent pas à chaque millésime, d’ailleurs. Et le faible nombre de bouteilles élaborées indique justement leur humilité. N’est-ce donc pas cette vertu qui devrait être véhiculée, plutôt que les commentaires bavards que j’entends dans les dégustations où se loge un Pet Nat, voire dans la vente insistante en restaurant auprès du client naïf, étourdi par trois mots savants du sommelier.

Qu’on ne se méprenne pas. Je ne rejette pas les Pet Nat!

Il y en a d’excellents. Encore faut-il les positionner à leur place sur l’échiquier des vins de ce monde. Un Pet Nat n’est, après tout, qu’un embryon de vin qui poursuit sa gestation en bouteille grâce au sucre et aux levures retenues. Il se fait tout seul, il devient vin pétillant par lui-même; sans trop d’interventions du vigneron.

C’est peut-être pour cela qu’au moins 2/3 d’entre eux sont de mauvais vins, car curieusement, la méthode ancestrale est particulièrement difficile à contrôler, encore aujourd’hui. Parlez-en aux Limouxins, qui lui ont donnée quelques lettres de noblesse…

Observez la réaction du consommateur après qu’il ait testé pour la première fois un Pet Nat. Elle est souvent consternante. « Vous êtes sûr que ce vin n’a pas un défaut ? » est la remarque qui suit deux fois sur trois, s’il n’est pas intimidé – au point de rester coi –  par la présentation promotionnelle du sommelier.

Pourquoi suis-je aussi agacé, en outre ? A cause de leurs prix ! Toujours plus élevés que ceux des vins des appellation dont ils sont issus. C’est illogique.

J’en ai assez parce c’est à cause de ces attitudes et de ces pratiques que la sommellerie a cette image tenace de fatuité auprès des consommateurs, où que l’on soit dans le monde.
Une minorité l’exerce encore trop souvent le menton relevé et la langue pendue. Et depuis peu, elle pousse les Pet Nat dont bon nombre, finalement, sont comme les bananes: vendues vertes, avec une durée de vie sur le comptoir de 48 heures.

Il y en a malgré tout de très bons, comme celui-ci, dégusté dernièrement. Un Pet Nat qui réconcilie avec le Pet Nat !

Cuvée PMG – Dénomination « Pour Ma Gueule » de Julien Fouet –  Méthode ancestrale – VMQS

Un Chenin blanc aux bulles menues et persistantes qui habillent une texture suave à l’enveloppe juste assez mordante pour rappeler le cépage (pamplemousse, silex) et rafraîchir les papilles sans qu’aucune note de fermentation ne viennent les déranger. Le vin n’est absolument pas sucré, je le préconise donc à l’apéritif avec quelques huîtres ou avec un fromage assez crayeux.

 Guénaël Revel

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

6 réflexions sur “Guénaël Revel, le « Pet Nat » et la « snobmellerie »

  1. Entendu lors d’une visite de cave et d’une dégustation entre vignerons s’intéressants aux vins dits »nature ». Comme le vin blanc n’avait pas voulu finir ses sucres, on l’a embouteillé et capsulé puis commercialisé en « pet-nat ». Chacun en pensera ce qu’il veut !

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  2. Je suis bien d’accord avec toi, Guénaël. Il y en a marre que des gens sans vraie connaissance (ton mot snobmellerie est bien trouvé) prennent des défauts pour des qualités. Sous le prétexte d’être « plus vrai » ou « plus près de la nature », ils ne font que dénaturer le lien entre un vin et son lieu de production en le masquant sous une couche d’arômes et saveurs bizarres. Et puis la stabilité de ces produits est plus qu’aléatoire, forcément. Quant aux vins « oranges », c’est encore une mode stupide. Je suis aussi d’accord qu’il y a des bons « pet nat ». Ceux-là sont des vins simples et agréablement fruités qui doivent rester très accessibles en prix.

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  3. Merci, Guénaël, pour ce coup de gueule.
    Je n’ai jamais eu l’occasion de goûter ce genre de vin, mais il est vrai que lorsqu’une mode s’installe avec insistance en bénéficiant de la complicité de personnes ayant et abusant d’une « autorité » dans le monde du vin, on peut s’attendre à tout…
    Dans les années 50, mon père élaborait, uniquement pour nos besoins familiaux, un effervescent que l’on appellerait aujourd’hui une variété de Pet Nat. Il sélectionnait un très bon moût de Grenache dont le degré mustimétrique se situait entre 16° et 17° et le laissait fermenter dans des bonbonnes de 30 litres. A un moment jugé opportun, il arrêtait la fermentation avec un ajout d’alcool. La mise en bouteille se faisait juste après, moyennant un filtration peu poussée, et le bouchage était réalisé avec un « bouchon mécanique » (celui des bouteilles de limonade). Les vaillantes levures qui avaient résisté à ce choc continuaient leur travail et, 3 ou 4 mois plus tard, 1 an quelquefois, on débouchait ces bouteilles qui possédaient bien souvent une forte réactivité. Cet effervescent, qui titrait tout de même entre 18° et 19°, avait conservé un peu de sucre résiduel, ce qui le rendait très dangereux pour qui en consommait sans se rendre compte de la teneur en alcool…Ce vin était servi spécialement lors des veillées hivernales entre familles amies, pendant lesquelles on mangeait des « oreillettes », sorte de crêpe faite d’une pâte fritte et saupoudrée de sucre. Tout le monde était fort réjoui par cette double « offrande » traditionnelle. Mon père n’a jamais « loupé » une seule « fabrication » de cet effervescent.
    Un soir de février 1950, alors que mes parents aidaient une famille à s’envelopper dans des couvertures pour résister à un mistral glacial (ils devaient faire plus de 3 km sur une charrette légère appelée « jardinière » pour réintégrer leur ferme – pas de voiture pour tous à cette époque) j’ai bu tous les fonds de verres que les invités n’avaient pas terminés…
    Résultat qui a eu le don d’alarmer ma mère, me voyant marcher d’une façon chaloupée très inhabituelle (ma première « cuite », en quelque sorte, mais que c’était bon !). Comme quoi, les Pet Nat ne datent pas d’aujourd’hui. Cependant, il s’agissait de recettes, tout comme celles, très nombreuses, de vins édulcorés (noix, orange…) ; donc rien à voir avec ce dont viennent de parler Guénaël, Dominique et David.
    Le cas cité par Dominique est tout de même un peu fort !!

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