Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

La Cité du Vin à Bordeaux

2 Commentaires

Dans certains cercles snobinards du vin, le « Bordeaux bashing » est à la mode. Cela est aussi stupide que n’importe quelle mode. Quand je pense à tous les cavistes et restaurants à Paris qui ne veulent même pas entendre parler d’un vin de Bordeaux, je mesure la profondeur des ces préjugés idiots. Bordeaux a aussi beaucoup souffert, selon le secteur, des récentes gelées et mérite à ce titre toute notre sympathie en ce moment, car ce ne sont pas que les fortunés qui ont été touchés.

Dans les vins de Bordeaux, une des choses qui m’impressionnent, plus encore que les crus classés et consorts qui sont souvent des monuments de finesse et de longévité, est la largueur de la fourchette des prix pratiqués. Il est quasiment impossible de trouver un vin buvable en Côte d’Or à moins de 10 euros, alors que Bordeaux abonde d’excellents vins dans cette zone de prix.

Mais il y a aussi la ville de Bordeaux et sa somptueuse architecture, son urbanisme civilisé et accueillant pour le piéton, et, d’une manière générale, son dynamisme actuel. Le touriste ne s’y trompe pas en faisant du capitale de la Gironde sa destination française préférée après Paris.

J’ai visité récemment et à trois reprises la Cité du Vin à Bordeaux, passant chaque fois entre deux et trois heures très agréables dans ce lieu étonnant et globalement très réussi. Là aussi, le succès est au rendez-vous car la fréquentation semble tenir les ambitions annoncés, de l’ordre de 450.000 visiteurs par an. Fin 2016, sept mois après l’ouverture, le chiffre avait déjà atteint 216.000 visiteurs payants et je crois qu’il a maintenant dépassé les 340.000. Son nom complet est « Fondation pour la Culture et les Civilisations du vin », ce qui dit pas mal de choses de l’ambition du projet.

L’aspect extérieur de ce grand bâtiment étonne, comme d’ailleurs l’intérieur. C’est un parti-pris architectural osé, que tout le monde n’aimera pas (des noms à tendance scatologique circulent, mais peu importe), mais la chose fonctionne très bien à l’intérieur pour le visiteur, à quelques détails près.

On peut visiter librement tout le rez-de chaussée qui inclut, outre des lieux fonctionnels, une vaste librairie et boutique vendant objets liés au vin, un magasin rempli de vins du monde entier et un bistrot à vin servant au moins 24 vins au verre. Des expositions temporaires et des salles de conférences et de dégustation, ainsi qu’une bibliothèque, se trouvent au premier étage, et la vaste exposition permanente, très didactique et souvent créative dans son approche, se trouve au deuxième étage. Certes, un professionnel du vin n’apprendra peut-être pas grand chose (qui sait ?), mais ce n’est pas lui la cible. Car cette exposition, qui dépend beaucoup d’un système audio-visuel sophistiqué (et parfois fragile) pour chaque section, vise clairement le grand public, et c’est tant mieux. L’espace est vaste, ce qui vous permet de revenir sur vos pas facilement pour voir une présentation qui était occupé par d’autres lors de votre premier passage. Il y a une section importante sur les vins de Bordeaux et leur histoire, ce qui est normal vu l’emplacement, mais l’impression générale est d’une ouverture vers le monde du vin dans son ensemble.

Le ticket d’entrée est de 20 euros, ce qui n’est pas donné; mais l’expo est assez vaste et diversifiée et vous y passerez facilement 2 heures sans voir s’écouler le temps au dessus du flux de la Garonne. En prime, on vous offre un verre d’un de 12 vins du monde entier (la sélection change tout le temps) dans un bel espace au huitième étage, avec une vue imprenable sur toute la région. Si vous avez faim, il y a un bon restaurant au 7ème, ou bien retournez au bistrot au rez-de-chaussée.

Des critiques? Quelques unes, quand même. La partie historique à un côté kitsch qui lasse un peu avec, entre autres, une sorte de mise en scène dans lequel l’inévitable Pierre Arditi fait son numéro et certaines présentations sentent un peu trop le sponsoring. Mais on passe vite à autre chose et il y a de quoi. Sur un plan pratique, la circulation entre les étages n’est pas toujours d’une grande limpidité, vu la configuration du bâtiment et la séparation des ascenseurs et deux blocs en fonction des étages.

Mais j’encourage tout le monde à faire un tour à la Cité du Vin, à Bordeaux, à la prochaine occasion. Le tram passe à côté et s’arrête devant. Sinon, la marche le long des quais jusqu’au Pont Chaban est un pur bonheur.

Pour plus de détails, y compris sur un programme riche en conférences intéressantes, voici le lien :

http://www.laciteduvin.com/fr

David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

2 réflexions sur “La Cité du Vin à Bordeaux

  1. Tout à fait d’accord, David,
    cette Cité du Vin est un bel aboutissement, un lieu unique de découverte, de divertissement et un symbole de la réconciliation entre les Châteaux et les autorités de la Ville.
    Permettez-moi de vous raconter une petite anecdote. J’y étais l’an passé juste après l’inauguration. Au bar-terrasse du 8ème étage, je demande à déguster un fendant, le serveur me regarde un peu surpris et je lui dis « j’adore Bordeaux mais les montagnes me manquent ! » Derrière moi, un éclat de rire, une femme, je dirais plutôt une lady, répète avec un fort accent anglais: les montagnes, les montagnes…Bref, elle se fait aussi servir un verre de fendant et demande une douzaine d’huitres, le serveur désolé lui répond que ce n’est pas possible. Où déguster les meilleurs huitres à Bordeaux? A la brasserie Le Noailles pardi ! Elle me prend par le bras avec autorité et me demande de l’y conduire avec son mari, pas très en forme, qui suivait derrière. Le tram direct, un quart d’heure plus tard nous arrivons place de la Comédie. Et là, surprise, ma lady salue presque tout le monde, une clientèle opulente 3ème voire 4ème âge. Des huitres du Bassin nous sont servies, accompagnées d’un verre de graves blanc, château Chantegrive.
    N’avez-vous pas deviné la chute ? Il y avait un bateau de croisière ce jour-là à Bordeaux, quai des Quinconces- croisière haut de gamme s’il vous plaît. Evidemment, lorsque vous débarquez à terre, vous retombez toujours sur vos voisins de croisière, sauf à aller draguer le Frenchy à la Cité du Vin !

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