Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Frédérique Vaquer vigneronne à Tresserre

8 Commentaires

Dernièrement j’ai participé à une dégustation des vins du Domaine Vaquer animée par Frédérique, ça n’a pas été une découverte, mais oui, une confirmation de la grande qualité de ses vins.

20170518_131547_resized

Le domaine

C’est un domaine familial qui a fêté ses 100 ans en 2012. Situé au cœur des Aspres, tout autour de Tresserre, il est composé de 17 ha de vignes âgées entre 17 et 80 ans ; à 200 mètres d’altitude, elles dominent la plaine du Roussillon. La vue panoramique sur les collines des Aspres avec la mer au loin, et le Canigou y est magnifique. J’ai toujours aimé ce Terroir des Aspres, avec ses vignes au milieu de la garrigue, ses sols argileux qui contrebalancent les effets du vent et du soleil, peut-être ce sont mes amis de la Casenove qui m’ont influencée et appris à mieux connaitre ce Terroir oublié par beaucoup de professionnels. Maintenant qu’on vient de lui reconnaitre l’appellation Côtes du Roussillon Villages les Aspres, peut-être deviendra-t-il plus recherché !

Le parcours de Frédérique

Elle a rencontré Bernard Vaquer à Dijon, tous les deux y ont fait leurs études d’œnologie. Il devient son mari et ensemble, ils reprennent le domaine familial en 1991. Mais, après le décès de Bernard en 2001, elle s’est retrouvée seule, il lui a fallu beaucoup de courage et de volonté pour continuer le chemin entrepris avec Bernard. Peu à peu, elle prend ses marques, comme c’est une battante, elle parvient à s’imposer ; sur son site, elle annonce la couleur :

« J’ai la volonté de vinifier des vins qui ressemblent à leur terroir et qui me ressemblent ». Des vins qui ressemblent plus à des Bourgognes qu’à des Côtes du Roussillon traditionnels, certainement à cause du sang bourguignon qui coule dans ses veines, mais quand j’y pense, je me dis que les vins de son beau-père avaient déjà cette particularité, cette belle finesse, cette fraicheur, et cet équilibre si difficile à trouver avec nos degrés. Marque du Terroir sans nul doute, quand j’en parle avec Frédérique, elle évoque un « lien indéfinissable » entre elle et son beau-père ou entre elle et son terroir ou la Bourgogne ? Son principal souci, est d’exprimer au mieux l’accord entre le terroir, la tradition et le cépage.

Depuis 2004, ses cuvées d’assemblage rejoignent l’appellation Côte du Roussillon les Aspres, toujours retour au passé : les vins de son beau-père portaient la mention « Roussillon dels Aspres ». Elle produit environ 40 000 bouteilles par an. » La toute nouvelle appellation « Côtes du Roussillon Villages Les Aspres » est apparue sur leurs étiquettes en 2015.

La conduite du domaine et les vinifications

Je laisse Frédérique expliquer :

« A la vigne, j’ai choisi une culture que j’appelle « raisonnable », nous pratiquons des labours de surface réguliers qui permettent en enfouissant les herbes annuelles de donner de la matière organique au sol. Notre culture est raisonnée et j’aime à ajouter raisonnable et responsable, respectueuse de ce terroir qui nous a été transmis par nos ancêtres et qui sera transmis à nos enfants. Nous, vignerons, sommes des passeurs de vie. Dans nos parcelles faune et flore jouissent d’un environnement préservé, quel bonheur d’y retrouver : papillons, coccinelles, lapins et sangliers, bien que ces derniers prennent un malin plaisir à grignoter les raisins avant la vendange. C’est une culture traditionnelle, la plus naturelle possible, sans revendication…

Toujours par souci d’équilibre et d’élégance, la vendange est totalement éraflée et je privilégie, pour les rouges, les remontages doux aux pigeages. Dans la mesure du possible, ce sont les levures présentes sur le raisin à la récolte qui assurent la fermentation alcoolique. De même, comme la vinification se fait en cuve ciment non détartrée, ce sont les bactéries lactiques du chai qui assurent la « malo » ; je pense que la cuve ciment garde la « mémoire » du vin de l’année précédente.

Pour ce qui est de l’élevage, selon les millésimes, il y a un peu de barriques d’un ou deux vins… seulement pour « ouvrir » le vin aromatiquement parlant, surtout pas le « boiser. Mais le plus long élevage se fait en bouteille, bien à l’abri dans nos caves… »

Les cuvées dégustées

1.Esquisse 2016 Côtes du Roussillon blanc

Cépages : Roussanne, maccabeu, grenache gris et blanc.

Vinification : Débourbage au froid à 6°c pendant 24 à 36heures. Fermentation alcoolique en cuve émaillée entre 16 et 18°c. Pas de recherche de Fermentation malolactique.

Elevage : en cuve émaillé pendant 3 mois sur lies à la Bourguignonne

Cette Roussanne, elle l’avait plantée avec Bernard en 1999, et, elle voulait absolument la mettre en bouteille : elle est devenue la Cuvée « Esquisse », comme le dessin réalisé par son grand-père qui se trouve sur l’étiquette, mais elle lui a aussi donné le nom d’Esquisse, parce que cette cuvée en était une. Le premier millésime était une Roussanne pure, puis elle l’a assemblé avec du maccabeu et aujourd’hui, elle y a ajouté des Grenaches gris et blanc.

Plus gourmand que jamais, ce millésime, développe une gamme aromatique riche à souhait, à la fois fruitée (abricot, pêche, poire) et florale, sans oublier le côté miel du maccabeu. Beaucoup de fraicheur, avec une étonnante touche saline en fin de bouche. Vivacité, équilibre et élégance, avec une riche palette aromatique sont les atouts incontestables de ce blanc harmonieux et fin.

Très facile à marier et prix plus que justifié de 9,90€ (production 5500 bouteilles)

20170518_130434_resized

2.Exception 2015 Côtes du Roussillon Les Aspres

Cépages : 70% Grenache Gris et Blancs complantés, 30% Maccabeu

Vinification et Elevage : Fermentation et élevage de 12 mois en demi-muids.

L’Exception » doit son nom à ses qualités intrinsèques, c’est un vin énergique, original, hors des modes. Au premier nez, on se rend compte que 2015 a été un millésime très chaud, car ce sont des notes d’évolution qui dominent, mais curieusement accompagnées d’une grande fraicheur. Les notes d’amandes grillées et de noix fraiches sont très présentes, associées à celles de mirabelle. Frédérique nous dit que ça lui rappelle le 1986. De Fernand Vaquer. La bouche est portée par une très belle acidité et une finale très persistante. J’ai beaucoup aimé ce vin, très vivant, personnel, présent et attachant.

PVP 18€

20170518_130845_resized

  1. L’Ephémère 2016 – AOC Côtes du Roussillon rosé

Cépages : 1/3 Carignan 1/3, Grenache Noir 1/3 Syrah

Vinification : Petits Rendements de 35hl/h, suivis de vendanges manuelles. Combinaison de pressurage direct sur le Grenache Noir, et saignée de 5h sur Carignan et Syrah. Fermentation à 18°C.

Elevage : Une semaine sur lies fines, puis 3 mois en cuve émaillée.

Et, oui, c’est un rosé coloré, soutenu, fruité et vineux. Pas d’arômes fermentaires, du fruit frais, surtout des notes de fraises, et une agréable fraicheur, il ne manque ni d’élégance, ni de personnalité : il se plaira à table.

PVP 7€

4.Cuvée Bernard Vaquer 2015 AOP Côtes du Roussillon

Cépages :1/3 carignan planté en 1999, 1/3 grenache noir planté en 2000, 1/3 Syrah de plus de 40ans.

Vinification : Eraflage total des grappes, fermentation en cuve ciment avec des températures maintenues en dessous de 25ºc. Deux remontages par jour avec aération.

Elevage : Quelques mois exclusivement en cuve ciment

Un coup de cœur pour cette délicieuse cuvée « plaisir », ronde, fruitée et gouleyante. C’est souple, friand, gourmand, on croque les cerises, côté noyau, un rouge harmonieux et facile à boire. Parfait pour des grillades.

Excellent rapport qualité/prix : 8,90€

 

5.Exigence Grenache 2014 IGP des côtes Catalanes

Cépage : 100 % Grenache Noir issu d’une vieille vigne de 65 ans. Rendements : 30 hl/ha

Vinification : Eraflage total des grappes. Fermentation effectuée à température contrôlée (entre 25 et 28°c). Deux remontages quotidiens sans aération. Cuvaison de 10 jours.

Elevage : Cuve ciment pendant 10 mois.

Temps de garde : de 5 à 6 ans.

Frédérique nous explique que tous les millésimes ne s’y prêtent pas. Le premier date de 2000. Je suis très impressionnée par ce vin, riche et gourmand, certes mais surtout racé et frais. Il a pourtant quelque chose de sauvage, on y retrouve un peu de la garrigue des Aspres et tellement de caractère ! En bouche il étale des notes épicées et fruitées, mais je remarque surtout sa finale au gout de réglisse et d’olives noires. Dans ce vin Frédérique nous dit rechercher avant tout, suavité, puissance et élégance. C’est réussi, c’est un très joli vin. PVP 11€

  1. L’Expression Carignan 2015 IGP des côtes Catalanes

Cépage :100% Carignan issu de vignes plantées en 1937 sur un sol argilo-calcaire.

Vinification : Eraflage total pour éviter toutes notes végétales. Fermentation effectuée à température contrôlée vers 26°c. Deux remontages quotidiens avec aérations. Cuvaison de 12 jours

Elevage : 80% en cuve ciment et 20% en barriques d’un, deux ou trois vins pendant 12mois.

Cette idée que le carignan, n’est pas le cépage idéal, reste encore bien ancré chez certains vignerons, Frédérique elle-même, se croit presque obligée, d’expliquer son choix de vinifier un carignan pur : « Bien qu’il soit toujours décrié, c’est le Carignan qui reflète le mieux, en vinification, la fraîcheur que garde l’argile et l’idée que je me fais des vins d’ici avec ma sensibilité bourguignonne : j’y retrouve mes chers arômes de cassis, une certaine acidité au palais, une trame tannique très fine, je me sens reliée… » Elle a raison, cette cuvée, issue de très vieux Carignan, et aux rendements très faibles, est une belle expression du terroir des Aspres. c’est un vin délicat, aux parfums de fruits rouges, surtout cassis, et aux senteurs épicées. La bouche est élégante, à la fois riche et rafraichissante, les tanins veloutés, l’équilibre est bien là. Son prix est doux : PVP 11€

20170518_132217_resized

7.L’Exception 2015 Côtes du Roussillon Villages Les Aspres 

Cépage : (50 %)de Grenache noir issu de vignes de plus de 60 ans, (25 %) de Carignan provenant d’une vigne plantée en 1937 et (25 %)de Syrah d’une vigne de plus de 40 ans.

Vinification : Eraflage total des grappes Fermentation effectuée à température contrôlée (entre 25 et 28°c). Deux remontages quotidiens. Cuvaison de 15jours après la fin de la fermentation alcoolique. Fermentation malolactique en cuve.

Elevage : 70% en cuve ciment et 30% en barriques d’un, deux ou trois vins pendant 18mois, (seul le carignan est élevé dans des fûts).

Elle l’a appelé « L’Exception » parce que c’est la cuvée la plus puissante de la gamme et qu’elle est issue de vieilles vignes.

Elle est vraiment magnifique, très expressive, puissante, charnue et harmonieuse. Les fruits rouges et les épices rendent la bouche savoureuse, les tanins sont fermes mais soyeux, la structure équilibrée, la finale rafraichissante est d’une belle longueur. Un vin de garde 8 à 10 ans.

C’est une vraie réussite. PVP 15€

20170518_123142_resized

  1. Rivesaltes Ambré 25 Ans

Nous avons terminé comme il se doit par un VDN, un « Vin doux élaboré en Solera, méthode d’élevage qui consiste, chaque fois que l’on soutire du vin pour le mettre en bouteille, à compléter la cuve avec un rivesaltes plus jeune, mais d’une dizaine d’années tout de même. Il faut éviter la rupture dans la “chaîne” aromatique : c’est la recette des aînés pour nous offrir des vins immortels, car l’esprit du premier millésimé est toujours présent, il “éduque” sa progéniture ». Au domaine Vaquer, c’est la cuve 10, une très vieille cuve en ciment, qui héberge la solera : le cœur de cuve est un Maccabeu de 35 ans, que Frédérique rajeunit avec du grenache blanc et du grenache gris.

C’est un vin doux mais avec un équilibre plus sec, plus nerveux, le sucre est très bien intégré et il déploie une grande richesse aromatique. Le Rancio apparait d’emblée au nez, le grillé et le torréfié côtoient les épices, la pâte d’amande, la réglisse, une touche d’orange confite et une finale sur les fruits secs. La bouche est vive, longue, tendue, onctueuse, la finale offre des notes salines….

 « J’ai voulu créer un vin perpétuel. Dans le verre, on retrouve des vins du grand-père et même de l’arrière-grand-père, assemblés avec des vins plus jeunes : le tout donne un éventail de notes aromatiques très large ».

15338663_1269972379707448_110917480419167443_n

Conclusion

Les vins de Frédérique possèdent des équilibres qui préservent la fraîcheur, même lorsque les degrés alcooliques sont élevés. Je remarque que le terme qui ressort le plus dans mes descriptions est : « harmonieux », c’est l’impression que je garde de ses vins, je pourrai les résumer en 3 mots : finesse, délicatesse, harmonie. C’est sans doute parce qu’elle s’appuie sur un terroir argileux et caillouteux que ses vins sont empreints d’une belle fraîcheur et d’une grande élégance, mais c’est grande personnalité, son savoir-faire et son lien avec les Aspres et la bourgogne qui font le reste.

Il y a longtemps que je suis FAN de ses vins, vous l’aurez compris, quand les goute aujourd’hui, je me dis que vraiment Frédérique n’est pas reconnue comme elle le devrait. Amis journalistes et acheteurs,  prenez le temps pour déguster à nouveau ce domaine, vous ne le regretterez pas.

Hasta Pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

8 réflexions sur “Frédérique Vaquer vigneronne à Tresserre

  1. Mais c’est qui cette Frédérique Vaquer, elle a l’air très sympa, réfléchie et pondérée, en plus, elle fait des Roussillon élégants, et je n’en ai pas la moindre bouteille dans ma cave, mais que fait la police! Marilou, faut que tu trouves une solution! Mais t’es sûre qu’elle existe vraiment?
    Marco

    J'aime

  2. Tel qu je te connais, tu as dû faire plus d’un passage dans ce domaine! Et, je te crois Fan de ses VDN.
    MLB

    J'aime

  3. NON, MAIS SANS BLAGUER, JE TROUVE QU’ON L’OUBLIE TROP: à chaque fois que je goute ses vins, je suis « épatée » et pourtant, elle n’est pas très édiatisée, c’est vraiment dommage. MLB

    J'aime

  4. Difficile de parler d’un(e) collègue si proche sans risquer l’écueil de la flatterie (inutile) ou pire encore de la critique injuste. Je préciserai donc qu’ils ont aussi l’habitude de proposer à la dégustation (et sur la carte de certains restos) de très vieux blancs (secs). Une curiosité assez rare par chez nous.

    J'aime

  5. c’est vrai, j’aurais dû en parler. Parfaitement conservés dans des caves d’altitude, de magnifiques vieux millésimes sont toujours à la vente au domaine, vinifiés par Fernand Vaquer, parmi les premiers producteurs de la région à mettre son vin en bouteille, dès les années 60.
    MLB

    J'aime

    • Ceci me donne une opportunité pour narrer une de ces anecdotes dont je raffole. Bon, pas forcément le cas de tous les lecteurs: ils peuvent zapper.

      Nous avions un client restaurateur au-dessus de Thuir, bon professionnel , adorable mais souffrant de troubles de la personnalité majeurs. Il avait convié à une soirée de St Valentin complètement dingue une brochette de ses meilleurs clients et relations (comptable, vignerons, garagiste, artistes régionaux …). La soirée fut pathétique: bouffe surgelée pas encore refroidie, « animations » burlesques et de mauvais goût. Il avait manifestement oublié et son lithium et ses autres psychotropes. Le reste du personnel évoluait dans la même sphère. Pourtant, une fois équilibré, tout ce petit monde fonctionnait d’ordinaire de manière adéquate et avec un certain talent.

      Ce soir-là (menu tarifé assez cher en plus), le blanc proposé était du Vaquer 1985 qui nous fut servi chaud … un assez mauvais souvenir, dommage pour le vin et pour le domaine.

      J'aime

  6. OUF! QUEL RATAGE! J’EN FRÉMIS
    mlb

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s