Les 5 du Vin

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De Sousa Cuvée Mycorhize Grand Cru Extra Brut, blanc de blancs : mon coup de cœur du mois.

5 Commentaires

Envie de ZARZUELA

Dimanche dernier, je me suis lancée dans la préparation d’une Zarzuela, une spécialité typique de la Catalogne, riche en poissons et crustacés, avec une sauce « picada » (mélange de pain et d’amandes, d’ail et de persil) et de « sofrito » (sauce composée d’oignon, safran, piment doux, coulis de tomate et fumet de poisson). J’’apprécie particulièrement ce plat que réussissait si bien ma mère, et, qu’elle réservait pour les grandes occasions; elle y mettait de la lotte, des langoustines, des calmars, de la langouste, des gambas, des moules. J’avais rassemblé tous les ingrédients, quand je me suis aperçue que je n’avais pas sous la main le grand blanc ou rosé dont j’avais besoin, pour accompagner ce plat ! Je pensais à un Bandol ou à un Collioure blanc ou peut-être un Provence. Ça ne m’a pas perturbée plus que ça et je cherchais la bouteille qui pourrait faire l’affaire quand je suis tombée sur un champagne encore jamais gouté, qui semblait me faire signe. Je lis, De Sousa Cuvée Mycorhize Grand Cru Extra Brut, un blanc de blancs pourquoi pas ??? Surement pas l’idéal, mais ça valait la peine d’essayer. J’ai aussitôt pensé que je mettrai moins d’ail et de persil, et que, j’adapterai un peu la recette pour la faire coller à cette cuvée. Et, puis, j’avais très envie de champagne- Je l’ai donc mise au frais en pensant, nous verrons bien.

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Vous connaissez la cuvée Mycorhize ?

C’est un champagne blanc de blanc, 100% chardonnay issue des 3 vieilles vignes de plus de 50 ans classées Grand Cru de la cote des Blancs sur Avize. Des parcelles travaillées en biodynamie et labourées avec un cheval depuis trois ans La cuvée a été élevée en futs de chêne dont 15% neufs, dosage 5 gr/L, mise en bouteille en 2011, dégorgement 25.03.2014. Nombre de bouteilles :1 212.

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D’abord le nom m’a paru un peu compliqué et peu attrayant pour une cuvée de prestige. Ça m’a fait penser à une maladie de peau…heureusement le cheval m’a rassurée!  « Un mycorhize (du grec myco : champignon et rhiza : racine) est le résultat de l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes, ici celles de la vigne. » Je crois comprendre qu’Erik de Sousa, en choisissant ce nom souhaitait traduire dans ce vin, l’expression la plus pure et la plus profonde du Terroir d’Avize, un champagne qu’il l’a voulu fortement imprégné des saveurs de la Terre et c’est tout ça qu’il évoque à travers de l’étiquette, avec le respect de la vie des sols. En favorisant l’absorption des minéraux présents dans le sol, la biodynamie permet ce rapport à la terre si particulier. Il explique sur son site, « L’utilisation d’une charrue à cheval dans les vignes permet de moins tasser le sol, laissant aux mycorhizes la place de se développer et de puiser dans la terre tous les éléments qui feront un grand champagne. Véritables courroies de transmission entre le sol, le sous-sol et la vigne, les mycorhizes permettent d’obtenir un raisin plus riche, arrivant mieux à maturité pour un champagne qui y gagne en minéralité. Le secret, c’est le sol : pour que ces mycorhizes puissent coloniser les ceps de vigne, dans lequel ils se développent, il doit être riche en bactéries et donc exempt de tout pesticide ou désherbant. Il faut pousser la vigne à aller chercher plus loin, à enfoncer ses racines, plutôt que de la rendre paresseuse en lui donnant « à manger » à ses pieds. Ainsi minéralisée, la vigne développe une signature aromatique unique, fortement marquée par l’identité minéralogique de son terroir d’origine, là où une vigne classique, essentiellement nourrie par la photosynthèse, développera des grains sucrés mais nettement moins aromatiques. »

Ce que j’en ai pensé :

Mycorhize, c’est une bouteille pleine de personnalité qui manifeste une belle complexité dans la finesse, c’est un champagne qui s’exprime tout en richesse et en puissance ! Et de la puissance, il en fallait pour faire face à cette zarzuela, dont les saveurs et les textures denses, exigeaient beaucoup de caractère et de répondant.

Nous l’avons attaquée dès l’apéritif, d’emblée sa belle robe dorée et lumineuse nous a ravis! Le nez est expressif, et épanoui. La palette aromatique est assez extraordinaire, légèrement marquée par le bois, les fruits secs, la noisette, avec des notes de viennoiserie, sans doute obtenues par 3 ans de vieillissement. Elles laissent place à des arômes de pomme, de poire et d’agrumes bien mûrs, mêlées à des touches florales, c’est fin et élégant. La bouche est crémeuse, les bulles sont très fines et précises, la chair est dense, avec, toujours de la brioche, des fruits secs, les arômes fruités du nez, et, une belle minéralité. La finale est très longue et généreuse. C’est un champagne superbe et mature.

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Sur la Zarzuela, il s’est montré très vaillant, aidé par la bouche dense, vineuse où sont apparues des touches légèrement oxydatives. Evidemment, un blanc sur un sofrito, ça n’est pas l’idéal, mais j’avais mis peu de tomates et allongé le fumet de poisson avec un grand verre de chardonnay. Le safran et les amandes ont fait le lien, finalement j’avais pratiquement supprimé l’ail. Les multiples saveurs du plat ont cherché leur correspondance dans les non moins multiples saveurs du champagne. Vous dire que ça a été un mariage d’amour, je n’irai pas jusque-là, mais oui un mariage de raison qui a bien tourné. La minéralité, la profondeur, la texture riche ont enveloppé la sauce, et répondu aux textures fermes et serrées de la lotte et surtout de la langouste. J’ai même cru déceler des notes iodées qui ont dominé le fruité de l’apéritif et qui ont bien accompagné les moules. Les bulles se sont faites discrètes, et,  de vineuse, la bouche est passée à ronde, suave, mais avec de jolis amers sur le citron vert qui ont tonifié le plat. J’ai trouvé, la finale ponctuée d’épices délicates, qui ont mis en exergue les notes safranées,  mais en revanche, elle était plus courte, la résistance a des limites.

Conclusion

Bien à l’apéritif, mais c’est avant tout un grand champagne de repas. Et finalement, en matière d’accords, il faut oser et ma foi, boire selon ses envies. Pas mal que je vous dis, nous avons pris beaucoup de plaisir, On avait envie de champagne et la Zarzuela n’était peut-être pas celle de ma mère, mais l’alliance des deux valait la peine !

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Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

5 réflexions sur “De Sousa Cuvée Mycorhize Grand Cru Extra Brut, blanc de blancs : mon coup de cœur du mois.

  1. Très belle découverte et proposition, merci. Le développement des mycorhizes de la vigne est assez particulier étant donné que les filaments mycéliens sont contenus dans les cellules corticales des radicelles alors que beaucoup d’entre eux se trouvent à l’extérieur (la truffe par exemple). Travailler avec un cheval pour moins tasser le sol, d’accord, mais dire qu’il s’agit de favoriser le développement des mycorhizes de la vigne c’est un peu osé…Chose très étonnante, certains fournisseurs du monde agricole vendent des sachets de spores afin d’inoculer des champignons dans les cellules corticales…Poudre aux yeux ou véritable effet ? je ne sais pas…

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    • Tout a fait d’accord avec vous. Poudre aux yeux…On vend dans le monde entier des petits sachets (style thé) pour favoriser la croissance des jeunes vignes…un bon business dont l’utilité est plus que doutable. Quoique, la literature semble indiquer des performances améliorées dans des sols pauvre en matière organique (sablonneux), à la plantation.

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  2. Vraiment, j’ignorais complètement l’existence de ces sachets! MLB

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  3. Pour laisser les filaments symbiotiques et en revenir à la zarzuela qui se chante comme elle se mange, voilà un bien belle relation d’un moment gourmand. On se croirait presque chez toi à déguster cette bulle de caractère tout en grignotant cette « paella de riche ».
    et comme tu dis, les accords parfaits n’existent pas et il faut se faire plaisir. Il suffit juste d’éviter les clashs. La bise.
    Marco

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  4. Certes, c’est une paella de riches, mais ç’est un plat festif normalement réservé aus grandes occasions, mais un dimanche normal n’est-il pas une grande occasion? Je suis d’accord, il suffit d’éviter les clashs.
    La bise, MLB

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