40 ans déjà… (volet 1)

Il y a 40 ANS naissait l’appellation Côtes du Roussillon, mais c’est surtout, l’année de naissance de ma fille, c’était le 22 aout 1977

L’occasion de me souvenir…Qu’en était-il de moi et de ma relation avec les vins dans ces années-là ? A quand remonte t-elle ? Quels vins buvions-nous ? J’essaie de me rappeler, quand et, comment suis-je arrivée dans le monde du vin ? Il y a forcément toujours un début, un moment d’initiation, quelqu’un qui crée le désir, quelqu’un qui nous apprend des saveurs. Certes, je suis née, et, j’ai grandi dans un restaurant, j’ai donc toujours été « en contact » avec le vin.

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Mes parents et moi en 1949

Mes parents tenaient « le Café des Expéditeurs » devant le marché de gros, à l’époque où Perpignan était la capitale des fruits et légumes primeurs de France, c’est dire l’activité qui y régnait. Dès 3h du matin, mon père ouvrait les portes, la veille il avait préparé sur le comptoir des rangées de tasses avec un fond de rhum, il n’y aurait plus que le café à rajouter, je peux encore en sentir les effluves ; vers 5h, les premiers vrais repas étaient servis, il ne fallait pas leur en promettre aux maraichers : tripes, langouste à « l’américaine », tête de veau, escargots… et blanquette de Limoux.

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La photo date du temps où mon grand-père le tenait. La fenêtre au-dessus du mot Café, était celle de ma chambre.

Je me rappelle, c’était dans les années 54/55, j’avais alors 6/7 ans, quand il m’arrivait de me réveiller tôt, vers les 6h, à cause du bruit du marché, sous mes fenêtres, ma mère sous mon insistance, acceptait que je descende dire bonjour à mon père. J’adorais cet atmosphère bruyante, joyeuse de la salle, j’y voyais mon papa courir avec 4 ou 5 assiettes fumantes sur le même bras en criant « chaud devant »,( le sol était jonché de sciure pour ne pas glisser). Je trouvais ça drôle, et en même temps je l’admirais ! Sur les tables, je revois des coupes larges avec un liquide transparent à bulles, plus tard j’ai su que c’était de la blanquette de Limoux, quelques pichets de rouge, il arrivait en tonneaux que le livreur roulait jusqu’à la cave. Plus grande, j’avais pour mission de les remplir, ça m’occupait pendant que ma mère travaillait. J’ignore d’où il venait, mais j’entends encore mon père dire : « il se boit comme de l’eau, il n’est pas fort ». Parfois, avant de partir pour l’école, je passais par le café et alors, il y avait toujours quelqu’un qui criait à mon père, tu n’as pas oublié de lui mettre du vin dans son cartable ? Inutile de dire, que le pensionnat catholique que je fréquentais, ne l’autorisait pas et ça n’était pas non plus dans les pratiques de mes parents. Pourtant, jusque dans les années 56, le vin était servi dans les réfectoires, il a ensuite été interdit pour les moins de 14 ans. Ça n’est qu’en 1981, que la consommation d’alcool a été interdite dans les cantines des lycées. Ça n’est pas si loin… En revanche, j’avais souvent droit au gouter à une tartine trempée avec du vin et du sucre, on disait que ça fortifiait, que ça favorisait la croissance, ma grand-mère en était convaincue. Je vois d’ici, la tête de mes enfants si je donnais ce genre de gouter à mes petits enfants ! Le Byrrh faisait aussi partie des boissons préférées des maraichers, à toute heure. Je n’arrive pas à me souvenir, ce qu’il en était des VDN, il me semble que le Muscat était présent, mais je n’ai rien de précis en mémoire. En 1976, Dubonnet-Cinzano est absorbé à son tour par Pernod-Ricard, qui regroupe à Thuir l’ensemble de sa production industrielle à base de vins.

 

C’était un temps où les maraichers du Roussillon et les viticulteurs vivaient très bien, s’enrichissaient même. Mais, le Maroc, et l’Espagne sont arrivés et les choses ont bien changé.Les Primeurs du Roussillon, n’existent plus, ni le Marché de Gros ! Maintenant c’est Saint-Charles International né il y a juste 40 ans : « Premier centre de commercialisation, de transports et logistique de fruits et légumes en Europe.  C’est la première zone économique de chez nous,1000 hectares, 560 entreprises, 9000 emplois et près de 4 000 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel.

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Mais pour en revenir à mon « union » avec le vin, ça n’est pas mon enfance baignée dans la restauration, qui l’a créée, même si cela y a certainement contribué, sans oublier les descentes dans la cave de mon père, son gout pour les Bordeaux et quelques bourgognes, les repas de fête en famille, avec des bouteilles bien choisies. Je garde en mémoire la couleur des Sauternes, toujours ambrée, sans doute attendait-il trop pour les déboucher, comme c’était sucré, j’avais le droit d’y gouter. Non, le véritable déclencheur de ma « passion » fut le Docteur Parcé, c’est bien lui qui a créé le lien entre le vin et moi.

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Il était client très assidu, et fervent consommateur de la cuisine de ma mère. Nous venons de sauter quelques années, nous sommes en 1968, entre temps, mes parents avaient quitté le Marché de Gros qui périclitait, pour s’installer en centre-ville : ils avaient racheté un Bar : « Le Drink Hall », ça ne s’invente pas, en plein pays catalan, ce nom choquait tout le monde, mais mon père avait insisté pour le garder. Très vite, ils l’ont transformé en Brasserie. Pour moi, pendant ce temps-là, rien de particulier : la fin des années 60, n’a pas perturbé ma vie, je ne manquais pas un jour de classe au lycée de filles, j’étais livrée à moi-même, mais, rien d’étrange ne m’arriva. Ah, si, quand même,   J’ai connu celui qui allait devenir mon mari à 16 ans et nous avons mené une jeunesse plutôt rangée ; à 17 ans, j’étais timidement rebelle, les séances « alcool défonce » existaient déjà, mais je n’y ai jamais participé, seule l’apparition du rock nous a profondément marqués. Nous nous sommes mariés, en 1968, j’avais tout juste 20 ans, comme beaucoup à l’époque. J’ai continué des études de droit, je rêvais du barreau ; en 1970, notre fils est né, et, j’étais sur le point de démarrer mon stage en tant qu’avocat quand mon père nous a proposé de les rejoindre ! J’ai un peu trainé les pieds, mais, il a réussi à nous convaincre et nous voilà mon mari et moi devenus « bistrotiers », il faut dire que leur brasserie très vite est devenue la plus courue de Perpignan ! Ma mère était aux fourneaux, mon père en salle, nous faisions le plein midi et soir, à midi, plus de 150 couverts, il fallait réserver et malgré ce, la queue se formait et les tables se renouvelaient. Les plats « maison » de ma mère attiraient toute la bourgeoisie locale, nous étions en plus près du Palais de Justice. Il n’a pas été facile de trouver sa place auprès d’un père très charismatique et d’une mère dotée d’un si grand talent culinaire. A la carte, uniquement des vins du Roussillon, les plus demandés étaient ceux des Frères Cazes, du Château Cap de Fouste, le Domaine Canterrane, les vins des Vignerons de Terrats, le Terrassous et du domaine Vaquer. Mais en 1977, la vedette revenait au Mas Chichet, un vin de cépage de Cabernet Sauvignon. Paul Chichet,(propriétaire du journal local L’Indépendant) avait planté en 1970 dans sa propriété de Théza, 33ha de Cabernet Sauvignon, en Salanque, royaume de l’aramon « pisseur » et du carignan, aucun vigneron du Roussillon n’y croyait. Il fit sa première mise en bouteille en 1975, et très vite, il vit sa notoriété grandir, et sa récolte s’arrachait l’année de sa sortie.

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Nous nous serions bien vite ennuyés si le Dr. Parcé n’était pas intervenu.

A suivre….

Il y a quarante ans, le 16 août 1977, le « King » s’éteignait, laissant le rock’n’roll endeuillé de son plus grand pionnier-

Ce 22 aout, nous avons fêté les 40 ans de ma fille!

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

7 réflexions sur “40 ans déjà… (volet 1)

  1. verriest Renné

    Eh oui, c’était la belle époque! Chouettes souvenirs! J’ai rencontré le docteur Parcé lors d’une dégustation en Belgique, mais je ne sais plus quelle année. Il était accompagné d’un de ses fils , je crois.Bien habillé, belle chevelure blanche, formidable accent, mais surtout quel ambassadeur pour les vins de cette région!
    Je rêve de brasseries telles que celle-là.Par contre le vin dans les réfectoires, jamais entendu en Belgique!

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  2. Merci Marie Louise, pour cette première lecture du matin que vous m’offrez, pleine de délicatesse et de nostalgie.
    C’est toujours un miracle quand une femme se dévoile, avec pudeur et détermination.
    Et puis vous maîtrisez l’art du feuilleton; voyez, j’ai hâte de connaître l’histoire de votre rencontre avec le Docteur Parcé !

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  3. 1977 n’a pas laissé de grandes bouteilles en France. Par contre, les Colheitas de ce millésime sont fameuses à Porto, et certains Vintages. On le prouvera à MLB. Et je devrais retrouver une photo terrible d’André Parcé, posant (avec son fils, rareté) devant des foudres. Pas triste.

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  4. Marie-Louise, c’est un roman que tu nous ponds ! J’adore; Continue à nous raconter ces belles histoires d’un Roussillon enchanteur. Si j’écrivais le scénario d’un film sur ton histoire ? Non, je blague. J’attends le prochain épisode avec impatience… et une photo de toi en jeune fille de 20 ans !

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