Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

9 Commentaires

En juin dernier, à l’occasion du Mondial du Chasselas, nous sommes passés chez Gérald Besse, encaveur à Martigny, à l’entrée du Valais. Gérald s’est offert une toute nouvelle cave, hyper fonctionnelle, notre copine Nadine qui était du voyage vous la décrira demain. Moi, je m’attache aujourd’hui aux Fendants qui se déclinent ici en trois cuvées. Trois flacons bien différents les uns des autres, en cause trois terroirs bien distincts, autant par la pente que par l’orientation, la pluviométrie et le sol, bien évidemment.

Les Fendant

Pour qui ne le sait pas, Fendant désigne en Valais (et en Valais seulement) les vins issus du cépage Chasselas. C’est le blanc sec qui accompagne traditionnellement nos raclettes hivernales (la raclette est elle aussi originaire du canton). Et bien plus si affinités! Mais revenons à nos moutons, en l’occurrence les trois Chasselas de Gérald.

Champortay 2016 Fendant Valais Martigny

Blanc au léger jaune, il n’est guère bavard, il faut l’aérer, le remuer, le bousculer pour qu’il sorte de son indifférence à l’égard de notre nez. Mais on parvient à lui arracher quelques senteurs de fruits blancs légèrement épicés. En bouche, le voilà un peu plus prolixe, parlant de pomme délicatement acidulée, de poire croquante, de poivre blanc, avant de nous révéler après un dernier tour au creux du verre les pétales de rose qu’il cachait en son sein. Mais n’oublions pas de parler de son agréable fraîcheur, une fraîcheur presque vive qui nous fait saliver et qui le désigne comme un excellent vin d’apéritif.

Les vignes poussent du côté des Rappes dans la combe de Martigny où le sol pentu peut avoisiner les 55%. Il se compose d’éboulis calcaires. Vinification et élevage en cuve.

Martigny 2016 Fendant Valais Martigny

La robe blanc jaune à peine prononcée révèle tout de go ses parfums de fleurs d’acacia et de vigne qui s’entoure d’une taffe de fumée aux senteurs de noisettes grillées. La bouche semble austère. La première gorgée nous laisse sur le palier. À la deuxième, le pied dans la porte on entrevoit la pierre à fusil, les fruits secs en train de griller. On entre et on est frappé par la note saline qu’on n’avait jusque-là pas captée. Pas plus que l’amertume gracieuse qui avec le sel dispense une fraîcheur particulière, sapide, mais pas acide.

La vigne pousse plus bas dans des alluvions mélangées de colluvions calcaires, un sol plus riche. Vinification et élevage en cuve.

Les Bans 2016 Fendant Valais Martigny

 Le troisième est surprenant, tout d’abord par sa robe plus intense, plus jaune, et puis par sa pointe de carbonique qui espiègle nous pique la langue, par son côté confit. Il respire les fleurs à plein nez, le genêt se diffuse comme un parfum ensoleillé, tandis que le narcisse apporte son élégance. En bouche, les fruits jaunes remplacent les fleurs, confits ils se déclinent en pêche abricot, en mangue, en mirabelle, qui se fourrent de pâte d’amande. Un ensemble qui offre ampleur et onctuosité au vin, mais pas sans oublier la fraîcheur, une fraîcheur poivrée qui nous amuse et nous donne envie d’y revenir au plus vite.

Le sol ici se compose de schiste. La vinification et l’élevage se font en cuve.

Après, nous avons dégusté toutes les autres cuvées de Gérald et y en a !

L’endroit où se trouve sa cave, sur les hauteurs de Martigny, mérite le détour, le paysage nous fait rapidement comprendre la particularité des vignobles de pentes, la pénibilité du travail et la diversité des terroirs.

 

Ciao!

 

Marco  

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

9 réflexions sur “Chasselas de Gérald Besse ou l’effet terroir

  1. J’ai essayé, y compris sur place dans le canton de Vaud, de trouver un véritable intérêt pour les vins issus du chasselas, au-delà d’un certain charme empreint de tendresse. Il est vrai que certains peuvent acquérir un peu plus de profondeur avec quelques années. Mais je me demande si d’autres variétés, comme la petite arvine par exemple, voire le riesling, le chardonnay, le grüner veltliner ou le sauvignon blanc ne produiraient pas de vins plus intéressants dans ces lieux.

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    • Les cépages aromatiques semblent toujours plus attrayants, on leur trouve plein de qualités. Les moins extravertis demandent plus d’attention, ils semblent au premier abord simples, voire simplistes, mais on peut y trouver autant de profondeur et de notes aromatiques, mais avec un dessin plus subtil. Bien entendu, il faut tomber sur de bons producteurs, c’est un peu comme partout, chez les bons tu vas trouver des différences assez sensibles d’un Chasselas à l’autre, chez d’autres tu n’auras même pas envie de les boire avec une raclette. Le Mondial du Chasselas organise à Paris chaque année une dégustation, je passerai tes coordonnées à l’organisateur, cela te fera, si tu es disponible, une expérience plus complète. Et qui sait peut-être révélatrice. Mais, je te rassure, j’étais comme toi, il y a encore peu.

      Marco

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  2. Moi itou. Il y a 10 ans, j’ai écrit des choses assez dures sur le chasselas. Et puis j’ai appris à nuancer.

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  3. C’est comme tout ce qui multiple, que ce soit le cigare, le vin, l’huile d’olive, il y a toujours une différence, ce qu’il faut savoir c’est le choisir au bon moment, à la bonne heure ou humeur!!!

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  4. La dégustation des vins de Chasselas en série est agréable. D’abord par la fraîcheur. Comme pour la plupart des vins blancs, c’est vrai, mais aussi par sa diversité dans la légèreté. C’est un vin discret avec cette forme de politesse qui ne cherche pas à s’imposer, il s’offre modestement. Ces qualités sont subtiles, de ces arômes légers de fleurs et de fruit frais. Les grandes variations se font en bouche et c’est un plaisir d’en mesurer l’équilibre. Il y a de grands écarts entre les vins légers, souvent perlants, qui pourraient rappeler le caractère d’un primeur et ceux qui racontent leur terroir avec poésie et simplicité. Merci Marc de mettre des mots et des images sur le murmure du Chasselas, il mérite qu’on monte le son pour apprécier sa singularité.
    Et ceux qui doutent encore de son grand caractère, allez faire un tour du côté des vieux millésimes.

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  5. « Fraîcheur, politesse, modestie, subtilité »… Nadine, tu parlais de Marc? 😉

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  6. Colette Faller m’a fait boire des Chasselas de grande qualité, « poussés » sur Kayserberg.
    Amitié,
    Luc

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