Les 5 du Vin

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De beaux vins de Croatie et une petite interrogation sur le goût

4 Commentaires

Au détour d’un récent travail à Vienne (Autriche) j’ai pu déguster, lors d’un salon organisé par l’antenne locale de GaultMillau, une sélection très bien faite de vins de la Croatie, pays invité à ce salon dédié surtout à la cuisine mais qui incorporait aussi bon nombre de vignerons, à commencer par ceux d’Autriche bien entendu (magnifique Brut de Brundlmayer, dégusté pour la deuxième fois cette année et qui égale des grands champagnes). Les vins d’un des producteurs croates présents m’ont posé question, malgré ce qui semble être un certain engouement pour ces vins. Et cet engouement, en retour, me pose une autre question. Voyons cela d’abord par la dégustation, puis viendra le temps d’une interrogation autour du goût et ce qui peut l’influencer.

Les producteurs de la Croatie présents à ce salon venaient des trois principales régions viticoles du pays : l’Istrie, la Dalmatie et la Slavonie. Pour les lecteurs qui ne connaissent pas bien le pays, la carte démontre que les deux premières régions sont côtières et la troisième est plus fraîche, pluvieux et continentale. Des deux régions côtières, l’Istrie est lié historiquement au nord-est de l’Italie et a un climat qui subit des influences variées venant aussi bien des Alpes que de l’Adriatique, tandis que la Dalmatie, plus au sud et qui comporte de très nombreuses îles mais aussi une partie continentale, à un climat nettement plus chaud et franchement méditerranéen. Des différences dans les encépagements sont le reflet des ces trois climats.

Pour la Slavonie d’abord, les représentants étaient au nombre de deux. Du très connu Krauthaker, j’ai bien aimé le Graševina (nom du cépage), fin, fruité et à la belle texture lisse. Un Sauvignon Blanc très correcte et un Chardonnay moins intéressant complétaient la gamme présentée., mais j’ai déjà dégusté d’excellent liquoreux de ce producteur. Le producteur Galić m’était inconnu auparavant mais trois des quatre vins présentés m’ont bien plu : Graševina, Sauvignon Blanc et un assemblage nommé Bijelo 9 (bijelo signifie blanc). Tous les vins mentionnés valent entre 10 et 15 euros, ce qui est raisonnable.

Les chais en Croatie peuvent être d’une parfaite modernité : ici celui de Kozlovic en Istrie

Istria avait le plus grand nombre de producteurs représentés : six. Du producteur Clai, je n’ai pas du tout aimé le Brut Nature et je pense qu’il fait trop chaud dans cette région pour produire de bonnes bulles. Mais leur Malvazija, dans un style un peu à part du à une longue macération, est une réussite par sa richesse et sa belle complexité aromatique avec cette fermeté finale aux beaux amers induit par cette technique de vinification. Cela ne plaira pas à tout le monde mais c’est bien fait dans ce genre.

Kozlović présentait ce qui fut pour moi le plus beau Malvazija 2016 entrée de gamme que j’ai dégusté ce jour, car il réussit à en capter la finesse aromatique ainsi qu’une belle rondeur et une texture suave, sans en perdre la fraîcheur. Très bon et seulement dans le 10 euros. Mais le clou de la gamme présentée était sans aucun doute la cuvée Santa Lucia Malvazija 2015 (environ 22 euros). C’est un vin glorieux, très raffiné, suave et long. J’aimerais bien le comparer un jour avec de très beaux blancs d’ailleurs. J’avais un peu plus de mal avec leur Teran 2016, qui combine une certaine rusticité par ses tanins avec une forte acidité qui ne fait que les durcir. Ce n’est pas un cépage très aimable il me semble, bien qu’ayant un fort potentiel dans des versions plus travaillées en élevage ou assemblé avec un cépage plus fruité. Cela fut prouvé par leur cuvée Santa Lucia Noir 2013, qui assemble Merlot, Cabernet Sauvignon et Teran, lui donnant à la fois de l’ampleur, du fruit et de la longueur, sans aucunement retirer l’impression de précision apportée par le Teran. Meneghetti a produit un Malvasia très décent en 2016, ainsi qu’un autre blanc appelé Kuća Glavić issu d’un autre sorte de Malvasia, appelé Dubrovaska, et qui est très aromatique dans la veine d’un Viognier. Vin fin et frais aussi. Mais leur meilleur blanc s’appelle simplement Meneghetti White 2015 et assemble Chardonnay et Pinot Blanc avec un élevage de 18 mois en demi-muids. Très fin, vibrant et presque austère. A l’aveugle on ne trouverait pas un climat aussi sudiste je pense. Très belle longueur aussi. Le version rouge, appelé Meneghetti Red 2016, aura besoin de quelques années de garde mais sa belle finale est prometteuse. Le producteur Matosević est l’auteur d’un très joli Malvazija 2016, ainsi qu’une version très intéressante (Robinia Malvazija 2014) vieillie en barriques d’acacia : je trouvais que cela lui donnait une texture légèrement huileuse et de jolies amertumes en finale. Un producteur que je découvrais à cette occasion est Coronica, et son Gran Malvazija 2015 (18 euros) était un des meilleurs blancs dégusté ce jour. Ses 12 mois passés en demi-muids de 600 litres lui a donné de l’ampleur sans nuire à l’expression du fruit. Acidité et amertume sont en harmonie. Un beau vin, ainsi que son Gran Teran 2013 (22 euros), patiné par un élevage bien dosé qui a calmé les tanins, donnant un ensemble aussi juteux que frais et précis. Je vais laisser le plus singulier des producteurs istriens (Roxanich) pour la fin car ses vins soulèvent d’autres questions.

Pour lire une étiquette de Stina (très belle graphiquement parlant), il faut tourner le flacon

Nous passons donc en Dalmatie, région qui possède aussi une belle gamme de cépages autochtones intéressants dont le Tribidrag, aussi connu en Californie sous le nom de Zinfandel et aux Pouilles sous le nom de Primitivo. Mais également, en rouge, le Plavać Mali, un descendant du Tribidrag, et les blancs Pošip et Gegić, par exemple. 4 producteurs furent représentés de cette région. Le vin le plus marqué par le climat chaud de l’Adriatique et par son site, qui est un vignoble très pentu qui plonge vers la mer, était certainement le Saints Hills Dingać 2013, un pur Plavać Mali (Dingać étant le nom du vignoble). Le nez est fin, pas dominé par son élevage, exprimant des notes intenses de cerises et de prune dans un bel élan chaleureux. Un vin puissant qui mériterait une attente (25 euros).  Un bon Plavać Mali Su Roko 2015 aussi, plus abordable à 15 euros. Stina, sur l’île de Brać, avait la gamme la plus convaincante parmi les exposants dalmatiens présents, même si j’ai dégusté de beaux vins chez d’autres. J’ai beaucoup aimé son vibrant Tribidrag 2015, aux arômes de garrigue et au fruité délicieux, mais les deux cuvées de Plavać Mali dégustées, ainsi que celle de Pošip, sont aussi bien réussies. Prix aussi entre 15 et 25 euros, selon la cuvée. Du producteur Boškinac, sir l’île de Novatja, j’ai beaucoup aimé la cuvé Ocu 2015, avec le cépage Gegić et issu d’une vendange tardive et d’une longue macération. Excellent vin qui allie intensité et finesse, mais un peu cher à 50 euros peut-être. Rizmann est un domaine plus récent qui se situe sur le continent et un peu en altitude. Cela, combiné à des sols très calcaires, donne un accent plus frais à ses vins. Son meilleur pour moi était la cuvée Nonno 2016, fait de 85% de Pošip et le reste en Chardonnay : long, ample et puissant mais dont les jolis amers donne un bon équilibre (prix raisonnable à 15 euros). C’est un producteur posé mais passionné et je pense que l’avenir lui sourira.

Petit retour vers l’Istrie pour des vins qui mérite un débat. Mladen Roxanich a une allure actuelle marquée par la mode hipster et ses vins semblent bien plaire à cette catégorie de personnes qui aiment tout ce qui est conforme à leur mode, et, en même temps, tout ce qui les situent à part des autres. C’est le propre, semble-t-il, des amateurs de vins dits « nature ». Avec son style très marqué par l’oxydation, par l’acidité volatile et par une extraction assez puissante due à de longues macérations, sans parler de vieillissements prolongés, ce ne sont évidemment pas des vins pour tous les palais. Quant aux prix, ils sont aussi relativement élevés. Mes avis sont quand-même partagés selon les cuvées, dont une m’a bien plu. D’abord il est intéressant de déguster des vins plus âgées, car Roxanich présentait des vins de 2008, 2009 et 2010. Mais, dans le cas de son Teran 2008, des tanins rustiques restent rustiques même après 9 ans ! Le vin de Roxanich que j’ai beaucoup aimé s’appelle Inès in White 2009. Il fait appel à sept cépages blancs différents issus d’une même parcelle et est vinifié dans des foudres avec 2 mois de macération sur les peaux. Sa couleur est bien ambrée et le nez puissant évoque le fruits confits, les fruit en alcool et la marmelade d’orange amer. Aidé par une forte volatilité, il dégage une formidable puissance et a beaucoup de complexité (25 euros environ). Je pense qu’on peut tenter le coup avec un curry ! Les autres vins sont un peu « too much » pour moi car les défauts prennent le pas sur les qualités. Je n’aime pas être agressé par un vin et là, c’est souvent un assaut frontal ! Du coup, je me pose des questions sur les palais de ceux qui adorent ces vins-là car un des vins de Roxanich fut élu meilleur vin du salon par le jury Gault Millau, et je ne crois pas que c’était celui que j’ai aimé.

David Cobbold

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

4 réflexions sur “De beaux vins de Croatie et une petite interrogation sur le goût

  1. Les vins croates sont à l’honneur chez Soif d’ailleurs depuis le tout début. Notre meilleure vente en rouge est même le Stina Plavac Mali que David a aimé, conjonction d’une belle étiquette et d’un bon vin. Le vignoble, visité l’an passé, est acrobatique. À trois cents mètres d’altitude et à 500 m de la mer.

    L’étiquette blanche est un hommage à la pierre blanche de l’île de Brač, dont les habitants prétendent avec ferveur qu’elle a été utilisée pour construire la Maison-Blanche – ce qui est faux, elle est faite de grès de Virginie, et la pierre de l’île n’a été utilisée que pour rafistoler un linteau de cheminée lors de la restauration de 1902.

    Très intéressant aussi, une vugava de la même maison, cépage blanc si aromatique qu’on a parfoir prétendu que c’était du viognier. Mais nous en avons d’autres, et la malvoisie de Coronica est effectivement un pur délice.

    Et à partir d’aujourd’hui dans les rayons, le posip de Krajancic. Mais on n’a pas fini d’explorer ce pays.

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  2. David, rien à voir avec le Chasselas, mais avec La Croatie. J’y ai été il y a quelques années, en Slavonie où l’on visitait quelques vignobles entrecoupés de visites des reliquats de la guerre. Plutôt impressionnant, mais les vins comme ceux de Gravenic ou de Zweigeld (influence autrichienne) m’avaient plu, surtout pour leur potentiel.
    (signé Marco V qui est dans un avion quelque part)

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  3. Merci pour cette belle article , parceque moi je crois aussi retour de l’ histoire des cépages venant de l’ est et la culture qui est venu avec.. Nous sommes souvent hésitant de choisir des vin de Croatie , Bulgarie, Roumanie, Armenie parce que il y a pour le grandpublic si peut de info. C’ est un vins de assemblage, un cépage pûr? Les noms de cépages souvent inpronosable , à moins donner un indication phonéthique sur le contre étiquette et encore Mais je suis d’ accord , c’est le futûr.

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  4. Le posip de Krajancic est effectivement très bon dans cette gamme de prix. L’europe de l’est a beaucoup a offrir mais dans certains pays comme la Bulgarie, les faibles volumes de production n’incitent pas les producteurs a exporter hors de leur marchés traditionnels.

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