Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Un domaine exemplaire en Nouvelle Zélande : Hans Herzog

3 Commentaires

Il est assez rare que je me trouve confronté à une gamme de vins aussi singulière et aussi impressionnante que celle de Hans Herzog. Ces vins sont issus de la région de Marlborough, en Nouvelle-Zélande, et j’ai pu déguster cinq vins d’une gamme bien plus large grâce à l’excellent caviste parisien, le bien nommé Soif d’Ailleurs.

Les vins de Herzog,  qui sont maintenant nommés « Hans » sur les étiquettes, à cause d’un procès stupide intenté par un vignoble Californien contre l’usage de son patronyme, ne sont pas des vins que j’appellerais « classiques » pour cette région du monde. Néanmoins Herzog, qui est d’origine Suisse, a su tirer une sorte de quintessence des qualités de ce climat si particulier et si propice à une viticulture de qualité, sans jamais tomber dans le piège de la facilité commerciale, loin s’en faut. Je dois rajouter que ce ne sont pas des vins très accessibles ; d’abord par leurs quantités très limitées, mais aussi par des prix qui sont certes élevés (entre 30 et 50 euros la bouteille en France, selon le vin), sans être excessifs, vu leurs qualités remarquables.

Une brève présentation s’impose avant de parler des vins que j’ai dégustés. Hans Herzog et son épouse Thérèse ont quitté leur Suisse natale ou Hans vinifiait du côté de Zurich et où le couple avait aussi un restaurant réputé. D’ailleurs, ils ont recréé un bon restaurant sur leur domaine en Nouvelle-Zélande. L’objectif de cet exil volontaire était de trouver un climat idéal pour la production de vins fins, sans avoir à subir les contraintes étriquées des appellations contrôlées. Je pense que j’aurais fait comme eux si j’avais le choix, la compétence et les moyens.

Hans voulait la liberté totale de planter les cépages qu’il trouvait approprié au climat de son vignoble et qu’il avait envie d’essayer. Mais il voulait aussi obtenir des résultats à la hauteur de ses goûts pour des raisins mûrs mais parfaitement équilibrés par leur acidité naturelle, tout en vinifiant de la manière la moins interventionniste possible. Après de longues recherches, les Herzog ont opté pour Marlborough, au nord de l’île du Sud, qui bénéficie d’une moyenne de 2.500 heures d’ensoleillement sans jamais subir des températures trop élevées. De surcroît, l’écart entre températures nocturnes et diurnes est d’au moins 10 degrés Celsius. Le climat est sec pendant la période de croissance de la vigne et la phase de maturation, ce qui nécessite une irrigation modulée mais qui écarte la plupart des maladies. Les sols du côté de la Wairau River, où ils ont acheté en 1994, sont assez similaires à ceux du Médoc et donc très drainants.

Aujourd’hui, le domaine comporte 11,5 hectares sur lesquels plus de 20 cépages sont plantés. Le vignoble est compact, le chai proche du centre afin de réduire au maximum le temps de transport des raisins au moment des vendanges. Il est exploité en agriculture biologique avec des tendances biodynamiques, mais je n’ai pas senti une once de ce côté illuminé qui peut apparaître chez certains praticiens. Herzog a clairement les pieds sur terre, et non pas la tête dans les planètes !

Une liste des variétés plantées peut donner une idée de la diversité de la gamme dont malheureusement je n’ai pu en déguster qu’un petit fragment : Chardonnay, Sauvignon Blanc, Sémillon, Viognier, Pinot Gris, Gewürztraminer, Riesling, Marsanne, Rousanne, Grüner Veltliner, Verdelho, Arneis et Muscat Ottonel pour les blancs ; Pinot Noir, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Merlot, Nebbiolo, Barbera, Lagrein, Montepulciano, Tempranillo, Zweigelt, St. Laurent et Saperavi  pour le rouges. Tous ne sont pas produits dans des vins mono-cépages, ni tous les ans, j’imagine, mais quelle palette !

Les vins dégustés, dans l’ordre de la dégustation

(Je pense que j’aurai agi un peu autrement sur le plan de l’ordre, mais je le respecte ici).

Hans, Sauvignon Blanc 2013

Issu de vendanges manuels, avec une macération à froid pendant 3 ou 4 jours. Après pressurage douce, le jus est entonné en demi-muids de 500 litres de chêne français dont 25% sont neufs. Le vin passe 18 mois dans ces contenants. Il est assemblé en incorporant 15% de Sémillon. (prix : 39 euros)

La robe est très intense et le nez aussi : grande complexité avec une large gamme de fruits sans que cela soit très typé sauvignon selon les standards NZ (peu ou pas d’arômes marqué par des thiols). Magnifique texture, suave mais avec ce qu’il faut de grain fournie par une belle acidité parfaitement intégrée dans le corps du vin. Je pense qu’il s’agit d’un des meilleurs Sauvignon Blancs que j’ai dégusté récemment, avec le Alte Reben de Neumeister en Styrie (Autriche).

Hans Viognier 2014

Ce vin m’a surpris par son extrême délicatesse. Je ne suis pas un fanatique des vins de ce cépage d’une manière générale car je les trouve souvent lourds, manquants de vivacité et avec des arômes un peu vulgaires, trop envahissants (exception faite des meilleurs vins de Condrieu, bien entendu, et de quelques autres). Ce n’est pas le cas ici avec ce vin délicat, certes aromatique mais avec une jolie texture et une bonne dose de fraîcheur. Je l’aurai servi avant le Sauvignon.

Hans Pinot Gris 2015

Fermenté dans des cuves en inox, sauf pour 20% de l’assemblage finale qui a passé 15 mois dans des demi-muids.

On oublie parfois que le Pinot Gris est un Pinot Noir qui a légèrement muté, mais qui conservé une peau assez colorée. Ce vin avait une robe d’un ton rose/orangé, ce qui est naturel après une macération pré-fermentaire d’une paire de jours. Mais il n’était pas du tout oxydatif, et donc ne pouvant concourir dans ce segment à la mode des vins dits « orange ». Sa texture très légèrement tannique/ferme doit venir de cette phase de macération, mais le vin est autrement assez délicat et frais, sans trace de la lourdeur qui guette parfois des vins secs de ce cépage. Ce n’était pas mon vin préféré de cette dégustation et je l’aurai aussi servi avec le Sauvignon.

Hans Zweigelt 2013

Ce cépage d’origine autrichienne est un croisement volontaire entre le St. Laurent et le Blaufränkisch, réalisé par le nommé Zweigelt vers 1922. Parmi ses ancêtres, on trouve le Pinot et le Gouais Blanc (ce dernier est parfois qualifié de « Casanova des vignes » à cause de sa nombreuse progéniture, dont le Chardonnay). Ce vin a été élevé en barriques pendant 24 mois (prix : environ 45 euros)

Belle robe, et nez à la fois fin et puissant de fruits noirs avec un léger accent épicé. Très belle complexité en bouche et superbe texture qui le fait flotter sur la langue comme une caresse. J’ai beaucoup aimé son équilibre toute en finesse et la qualité de son fruit dont l’expression est limpide. Le bois est totalement assimilé et personne ne pourrait soupçonner ce mode d’élevage à part par la finesse du toucher de vin. Suave et frais à la fois, on ne sent pas du tout son alcool qui est annoncé à 14%.

Hans Spirit of Marlborough 2006

Un assemblage médocain, élevé pendant 24 mois en barrique (prix 35 euros)

Le nez semble très marqué par le constituant cabernet dans l’assemblage, avec des arômes complexes qui font penser d’abord à un crayon qu’on affûte, puis à de la cerise noire, puis à la prune et au pruneau qui arrivent ensuite par le Merlot. Les tanins de ce vin structuré sont croquants et assez sinueux et se combinent avec un fruité qui garde plein de fraîcheur pour me donner une sensation qui se situe à mi-chemin entre le bordelais et le Piemont. Cette austérité et une texture un peu granuleuse, malgré plus de 10 ans, serait mon seul reproche à ce vin plein de caractère.

 

Maintenant devinez quels sont les deux vins que j’ai acheté suite à cette belle dégustation, bien conduite par Thérèse Herzog, en présence de Hans qui n’aime pas beaucoup parler de ses vins, estimant qu’ils parlent assez par eux-mêmes… Et il a raison.

 

David

 

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

3 réflexions sur “Un domaine exemplaire en Nouvelle Zélande : Hans Herzog

  1. Hans, Sauvignon Blanc 2013 et Hans Zweigelt 2013

    Intéressante dégustation. Merci David MLB

    J'aime

  2. dans le mille Marie-Louise !

    J'aime

  3. Un domaine pas si exemplaire…

    Au début, nous étions comme vous : séduits, admiratifs, enchantés par cette découverte.
    Puis nous avons découvert la vraie nature des Herzogs.

    Il y a deux ans, mon compagnon et moi-même partions à la découverte des vins de Nouvelle-Zélande (deux jours après l’obtention de mon diplôme à Suze-la-Rousse) dans le cadre d’un Working Holiday Visa.

    Nous arrivons pile poil pour les vendanges.
    Lorsque nous découvrons qu’il existe ce petit domaine biologique au milieu de cette immense Marlborough Valley, nous sautons sur l’occasion.
    Dans le ferry, j’appelle Madame Herzog qui me dit que nous pouvons commencer le lendemain.

    Les vendanges se passent à merveille, dans une ambiance très conviviale.L’équipe de vendangeurs déjeune tous les jours avec le couple Herzog qui nous fait déguster à chaque fois un nouveau vin avec les explications de Hans.
    Tellement séduits, par le lieu, les gens et bien sûr les vins, nous nous proposons de revenir pour la taille. Ils acceptent, nous sommes aux anges.

    Deux mois plus tard, nous revenons au domaine, et le mirage s’évanouit, tout comme la bonne humeur du couple Herzog.
    Il nous faudra moins d’un mois pour découvrir leur vrai visage.

    Ce sont des gens obnubilés par l’argent et qui ne donnent aucune considération aux personnes les entourant, notamment leurs travailleurs.
    En effet, s’ils ont de gros moyens pour l’élaboration de leurs vins, c’est au détriment des travailleurs. Ils sous-payent des backpackers qui n’ont aucune connaissance des lois en vigueur (aucun Kiwi n’est d’ailleurs embauché).

    Madame Herzog est capable de vous tenir un discours sur le respect de l’environnement, puis de filer prendre l’avion, pour aller chez le coiffeur… à Auckland !

    Il faut savoir, et ce n’est pas difficile de s’en rendre compte – il n’y a qu’à regarder l’air abattu de Hans sur votre photo (le pauvre) – que c’est Madame qui tient les rênes.
    C’est l’une des plus mauvaises personnes que nous ayons eu à rencontrer.

    Lorsque nous nous sommes rendus compte que nous nous faisions avoir, nous avons décidé d’en discuter avec eux.
    Une terrible dispute a éclaté, Thérèse insultait (en allemand) notre superviseur (lui aussi Allemand) en face de nous.
    Hans nous a donc virés sans délai et sans chercher à discuter. Notre superviseur a démissionné par la suite.
    C’est bien simple, il n’y a pas d’équipe, et un turnover incroyable, puisqu’il est tout simplement impossible de travailler avec le couple Herzog.
    Au-delà du fait qu’il soit très impoli de parler une autre langue lorsque la personne parle de vous, sachez qu’au bout de 20 ans, Hans parle un anglais très approximatif, donc la majeure partie du staff est allemande (recruté sur internet).

    Après avoir sillonné les vignobles de la Nouvelle-Zélande, il y avait unanimité sur leur réputation, ce sont de très mauvaises personnes.

    Même si leur vin est bon, je n’en achèterai jamais! Ce serait leur permettre d’agrandir la piscine ou d’acheter le gros dernier 4×4 à la mode sur le dos des gens qui font une grosse partie de leur travail.
    Le vin, c’est aussi une histoire d’hommes et de femmes et selon nous, ceux-ci n’ont clairement rien d’exemplaire.

    A bon entendeur,
    Gallianne

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