Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

D’un naturel qui dénature grave

19 Commentaires

Attention ! La vidéo qui va suivre, vue à plusieurs reprises sur les réseaux sociaux ces derniers jours, déclenchant au passage pas mal d’émois et d’indignations – à commencer ceux de votre serviteur, est un condensé de clichés, d’idées fausses et d’affirmations outrancières. Sans rechercher le jeu de mot, elle dénature le vin tout en cherchant à démontrer que le vin dit « nature » ou « naturel » est supérieur en goût comme en propreté au vin que les tenants du « nature » qualifient de « conventionnel ».

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20170929.OBS5320/le-vin-normal-contient-12-pesticides-le-vin-naturel-aucun-plaidoyer-pour-le-vin-naturel.html

Publiée d’abord en une sorte de tribune libre sur le site du Nouvel Observateur par Antonin IommiAmunategui, avec pour titre choc « Le vin conventionnel contient jusqu’à 12 pesticides, le vin naturel, aucun », elle a été reprise peu de temps après une parution sur mon compte Facebook par un journaliste de l’Obs qui en a atténué très modérément la forme pour en garder le fond.

Mais revenons à Antonin. Organisateur d’un salon du vin « nature » à Lyon, c’est un jeune homme sympa devenu depuis quelques années un défenseur intransigeant du vin « nature » allant jusqu’à éditer, en 2015, un « manifeste », livret à propos duquel j’avais pondu pour vous une petite chronique que vous pouvez relire ici.

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Et voilà qu’il récidive, de manière plus caricaturale, avec la vidéo présentée plus haut. Personnellement, vous le savez, je n’ai rien (ou si peu) contre les vins «nature» ou «naturel» dès lors qu’ils sont buvables, bons et sincères…, francs et loyaux, comme on disait naguère. J’en ai vanté plus d’un sur ce site du temps où j’étais bien plus prolixe qu’aujourd’hui. Ceux qui me connaissent savent que les seuls vins que j’écarte réellement de ma bouche sont les plus mauvais qu’ils soient industriels, bio, biodynamistes et même « nature », qu’ils soient issus du négoce, d’une cave coopérative ou d’un vigneron gros, moyen ou petit. Comme je le disais dans un autre article (décidemment, vous allez en avoir de la lecture ce dimanche…) publié la même année, article à parcourir ici même, je qualifierais volontiers les vins de la mouvance «nature» de vins aventureux tant il peut y avoir de différences d’une bouteille à l’autre sur le vin d’une même cuvée. Or, puisque je ne crache jamais sur les aventures, que je suis ouvert d’esprit, je les goûte volontiers… tout en ne me privant pas de les critiquer comme je le ferais avec n’importe quel autre vin. Bref, vous m’avez compris.

Dire que certains vins sont bourrés de produits chimiques passe encore, mais tous, certainement pas, car si c’était le cas je ne serais pas là pour en parler. Certains, entre parenthèse tous ceux que je bois avec mes amis ou même tous les jours, n’ont rien de « standardisé » et sont même autrement plus agréables que bien des « natures » ou « naturels » qui recèlent parfois des odeurs de fumier et d’écurie que les amis d’Antonin cherchent à anoblir en affirmant qu’ils sont meilleurs au bout de 48 heures ce qui, bien souvent est loin d’être le cas. Lorsque me vient l’envie de boire du vin je n’ouvre pas 36 bouteilles dans l’espoir qu’elles seront meilleures après demain. Lorsque j’ouvre une bouteille, je veux la boire, l’apprécier et la vider sur le champ ! Une chose est certaine : les vins que mes amis et moi buvons « avé plaisir » ont chacun un accent particulier, un style, une saveur. Ils sont « conventionnels », comme le fait remarquer Antonin, « naturels » aussi (oui, j’en trouve de délicieux !), bio ou autre, mais Ils sont le reflet d’un vigneron ou d’une vigneronne que je connais et en qui j’ai confiance. Il se peut que je sois quelque peu endurci depuis 40 que je pinardise en Europe, mais n’ai jamais mal au crâne en les buvant.

Rappelons au passage qu’il n’y a aucun texte législatif concernant l’emploi des mots « nature » ou « naturel » et que cela engendre bien des confusions au point que mon propre vin, celui que je fais avec mes associés et amis, pourrait se dire « naturel » tout autant que le vin de mes voisins dont les vignes subissent trois ou quatre traitements par an. Je ne nie pas qu’il y ait des dérives avec des produits interdits en France et achetés en Espagne, de même qu’il y a encore beaucoup trop à mon goût de vignes sur-traitées.

Si vous nous lisez régulièrement, vous savez qu’il est très facile de faire du bon vin : il faut travailler dur pour avoir l’espoir d’obtenir de très beaux raisins et il faut aussi une bonne dose d’inspiration. Non seulement l’approche est alors naturelle, mais le jus n’aura besoin d’aucuns produits de maquillage durant la vinification et l’élevage, enfin si peu… Et je connais des « naturistes » qui en usent et en abusent parfois, de même qu’il y en a qui sont respectueux de la qualité de leur vendange mais qui ne se privent pas de traiter s’il le faut.

Alors de grâce, cessons ces agissements contre le vin. Cessons de généraliser, de cloisonner, de compartimenter, de diviser.

Michel Smith

Pour élargir le débat et ne pas mourir idiot, deux lectures indispensables :

La première nous vient du blog d’André Fuster qui, souvent avec ironie mais aussi avec férocité, démonte point par point les sottises et les énormités si fréquentes dans le discours « naturiste » d’Antonin.

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/12-pesticides.html

http://vitineraires.blogspot.fr/2017/10/un-verre-de-pesticides-non-juste-un.html

L’autre, signée Nicolas Lesaint, raconte, non sans logique et détermination, les problèmes parfois difficiles à résoudre qui accompagnent la vie d’un vigneron au quotidien.

https://reignac.com/blog/2017/10/venez-on-vous-expliquera.html

 

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

19 réflexions sur “D’un naturel qui dénature grave

  1. Curieux que le journaliste de l’Obs n’ait pas cru bon d’interroger d’autres gens du vin qu’Antonin, de récolter d’autres avis, chez les conventionnels, les bio, les biodyn, juste pour voir… Toi, tu l’as bien fait, Michel. Peut-être que l’Obs devrait t’engager, dans l’intérêt du pluralisme et de l’info complète…
    Cette histoire m’en rappelle une autre: https://les5duvin.wordpress.com/2017/07/12/lettre-morte/

    Et finalement, je me demande si nous ne passons pas trop de temps sur cette histoire de vins nature. Ton raisonnement est le seul valable à mes yeux; déguster de tout, et donner son avis honnêtement, sans oeillères ni parti-pris.

    PS. Toujours content de te lire.

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  2. Bien d’accord avec ce qui dit Michel. Ces inepties racontés pour vendre une sauce partisane et sur un ton de redresseur de torts sont ridicules et André Fuster les démonte avec patience.

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  3. Je me suis imposé, tout … naturellement une obligation personnelle de non commentaire, ne souhaitant plus être un « intrant » sélectionné. Par contre, chassez mon … naturel et il revient au galop. Michel: je « like »!

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  4. Excellent billet, Michel. Les excès de langage et de pensées (je suppose…) de cet Antonin dépassent la caricature pour verser dans un discours partisan bourré d’inepties. Certes, on trouve des vins « Nature » de bonne qualité, mais il faut avouer que de trop nombreuses bouteilles sont imbuvables.
    Je connais un vigneron qui travaille en biodynamie et qui a quitté le groupe de producteurs de vins nature auquel il avait adhéré, à la suite de dégustations catastrophiques des vins de certains de ses collègues. Il ne voulait pas être marqué par l’image désastreuse qui s’était constituée à partir de ces vins-là. Ce qui est le plus outrageant, dans cette vidéo, vient également du fait que l’Obs se soit laissé berner ; céder à la mode, pour vendre du papier ou de l’image, voila le seul critère qui a été retenu. Désarmant…

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  5. Le vin naturel, çà ne coule pas de source… merci pour ces éclairages et les liens.

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  6. Comment une telle malhonnêteté intellectuelle peut elle être diffusée par un organe de presse?
    Cela ressemble à la croisade des anti viande

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  7. Merci pour ce billet et, bien sur pour les liens vers mes billets (je fais miens les « ironie et férocité »)

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  8. Bonsoir, j’avoue qu’au premier visionnage j’ai complètement adhéré (peut être même que j’ai partagé oups…).
    J’essaye dans la mesure de mes moyens de manger maximum bio, et ayant cette sensibilité et ayant vu les produits autorisés dans le vin « conventionnel » et bio… je me dirige plus sur des vins biodynamique et « naturel » et cela me parait logique: je ne veut pas s’empoisonner et boire vrai (à l’instar de Nicolas Joly…)….
    Maintenant grâce à des billets comme les vôtres et je vous en remercie, mon jugement s’affine et devient de plus en plus pointu:

    A quand un étiquetage clair des produits utilisés et ajoutés ? a minima dans les fiches techniques des vins…
    C’est la non transparence qui amène ce genre de coup de poing raccourcis !!!
    Le consommateur lambda et même l’amateur moyen n’on pas toujours les moyens ou le temps de connaitre le vignerons et de lui accorder une confiance aveugle…

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  9. Merci et entièrement d’accord. Stop aux commentaires sectaires et désobligeants

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  10. Totalement surprise par cette vidéo qui démontre un certain nombre d’incompétences (les levures et les colles rajoutées ne se retrouvent pas dans le vin car les unes meurent et sont éliminées dans les lies et les autres se déposent naturellement et sont séparées du vin lors de la sortie de colle).
    Il n’y a rien de pire que les gens sectaires qui affirment des « fausses vérités » sans prendre la peine de vérifier les fondements réels (scientifiques en particulier) de leurs assertions. Mais pour faire le « buzz », c’est tellement plus rapide! Rien ne vaut la curiosité en terme de vins : nous avons la change que la France et le monde nous proposent de multiples styles de vins, avec des cépages très divers. On peut trouver d’excellents vins, respectueux de l’environnement et des consommateurs pour toutes les papilles. Vive la diversité!

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  11. « il faut travailler dur pour avoir l’espoir d’obtenir de très beaux raisins et il faut aussi une bonne dose d’inspiration. Non seulement l’approche est alors naturelle, mais le jus n’aura besoin d’aucuns produits de maquillage durant la vinification et l’élevage, enfin si peu… »

    Je pense qu’on est tous d’accord là-dessus, et il ne devrait pas y avoir un tel fossé entre les partisans des vins naturels et d’autres qui rejettent fortement ces vins. L’important, c’est le travail et le respect de ses vignes, dans l’objectif de faire un bon vin. Je pense qu’Antonin s’est laissé prendre par un exercice de caricature pour faire passer des messages en quelques minutes, mais c’est effectivement dommage car cela entraîne au mieux de la confusion, au pire du rejet.

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  12. effectivement c’est un non-sujet tant que la mention « nature ou naturel » n’est pas opposable juridiquement.
    Sur la question des vins sans sulfites ajoutés, il est cependant urgent de s’interroger pourquoi de plus en plus de dégustateurs se détournent des duretés sulfitiques, et préfèrent se risquer à ce que nous, nous appelons et considérons comme étant des déviations organoleptiques (brett, acidité volatile, graisse, tourne, etc…), .
    Soit on considère que ces néodégustateurs sont nuls, soit on se penche sur ces évolutions gustatives.
    Vous écrivez Mr Smith: « Ceux qui me connaissent savent que les seuls vins que j’écarte réellement de ma bouche sont les plus mauvais qu’ils soient industriels, bio, biodynamistes et même « nature », qu’ils soient issus du négoce, d’une cave coopérative ou d’un vigneron gros, moyen ou petit. »
    En matière de goût il y toujours cette question de savoir si untel ou unetelle peut s’arroger l’autorité de revendiquer de qui est bon ou mauvais.

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    • L’expérience peut aider.

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      • Pas vraiment un non sujet dès lors que l’on peut écrire là-dessus et se questionner comme on le fait ici. Mais c’est vrai que la mention « nature » ou « naturel » ne signifie rien pour le moment.

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    • Pour la seconde partie de votre commentaire : personne n’est obligé de boire les vins que je recommande et le goût n’est jamais un goût unique, qu’il soit revendiqué ou non. À vous de trouver votre propre goût, de l’expliquer et de le partager… si ce n’est déjà fait.

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  13. Je ne sais pas si l’auteur vous l’a, ou pas envoyé … en tous cas je reçois ceci en comme,taire sur mon blog.
    Je le partage donc aussi ici (si çà fait doublon merci de mettre mon message à la trappe) :

    https://mypenguinmoon.tumblr.com/

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    • J’ai lu… Mais difficile de partager sans l’assentiment de l’auteur. Pourtant, tout ce qu’il dit est sorti tout droit du bon sens.

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      • Dans la mesure ou le dit auteur poste le truc en question sur mon blog, en commentaire à un de mes billets cités plus haut, je postule que la question du partage ne se pose pas. Mais, bon …

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