Les 5 du Vin

5 journalistes parlent du vin

Prohibition, un premier regard

10 Commentaires

Les sociétés anciennes ou modernes ont parfois tenté (et cela continue) de prohiber toutes sortes de choses, qu’il s’agisse de substances, de comportements ou d’opinions. Cette volonté de contrôle fait partie des tendances humaines, ou de certains humains, individus ou groupes. Mais, pour les besoins de cet article, je vais parler de quelques exemples historiques de la prohibition, totale ou partielle, de la production, de la vente ou de la consommation de boissons alcoolisées, et parfois de tous les trois. Un deuxième article parlera des tentations modernes de la prohibition de l’alcool, y compris en France.

Les premières traces d’une prohibition de l’alcool nous viennent de Chine. Cela s’est produit il y a 4.000 ans, pendant la dynastie Xia, sous le monarque Yu Le Grand. Ensuite, son fils Qi a de nouveau autorisé l’alcool. D’autres cas d’interdiction totale ou partielle existent dans l’histoire ancienne, mais ils sont généralement limités à des pays où la religion prend le dessus sur la politique en essayant de diriger l’ensemble des comportements des habitants.

Un cas un peu différent nous vient de Babylone (plus ou moins l’Irak actuel), sous le règne d’Hammurabi, sixième roi du Premier Empire de Mésopotamie entre 1792 et 1750 avant JC , célèbre pour son Code censé dicter les comportements des habitants de son empire. Un des article du Code stipulait que les vendeuses/serveuses de bière (seules les femmes pouvaient occuper cette fonction essentielle) n’avaient pas le droit d’échanger de la bière contre de l’argent. La seule monnaie d’échange permise était l’avoine et il fallait respecter les bonnes doses dans chaque cas. La punition pour la serveuse qui contrevenait à cette règle était de se faire jeter à l’eau !

Mais dans le monde occidental, au 19ème et début 20 siècles, des moralistes sociaux, essentiellement des piétistes protestants des pays nordiques en Europe et en Amérique du Nord ont formé des lobbies pour faire contrôler, voire interdire la vente et la consommation d’alcool. Les femmes des Temperance Leagues ont souvent joué un rôle important dans ces mouvements, mais on ne les a pas jetées à l’eau (sauf au figuré). Du coup, pendant la première moitié du 20ème siècle, il y a eu des périodes plus ou moins longues de prohibition dans plusieurs pays ou provinces. Elles ont été diversement respectées et n’ont jamais produit tous les résultats escomptés par leur partisans.

Voici quelques exemples :

Au Canada, entre 1907 et 1948, dans la province de l’Ile du Prince Edouard, mais aussi pendant des périodes plus courtes dans d’autres provinces de ce pays.

En Russie, puis en Union Soviétique, entre 1914 et 1925 (difficile d’imaginer cela ne nos jours en Russie !)

In Islande, entre 1916 et 1927 (et, pour la bière, jusqu’en 1989 !)

En Norvège, entre 1916 et 1927

En Finlande entre 1919 et 1932

Mais le cas le plus célèbre de prohibition de boissons alcoolisées est celui des Etats-Unis d’Amérique où cette interdiction est entrée dans la Constitution entre 1920 et 1933 par le biais du 18ème amendement.

Pourquoi ces tentatives ont-elle échoué ?

L’explication la plus simple est que la nature abhorre le vide ! Très vite, la demande pour des boissons alcoolisées a fait que le crime organisé a pris le contrôle de la production et de la distribution des boissons, d’une manière illicite mais très rentable pour lui, occasionnant par là même une perte totale pour l’Etat ! La fortune de gangsters comme Al Capone s’est faite de cette manière, parfois en association avec d’autres activités.

En parlant d’Al Capone, je ne résiste pas à la tentation de vous faire écouter un de mes morceaux préféré de Prince Buster, alias Cecil Bustamente Campbell, le génial musicien Blue Beat de Jamaïque.

Dans tous ces pays, il s’agissait essentiellement de spiritueux et de bière, mais l’interdiction a aussi nécessairement frappé la production et la vente de vin, car tous les produits alcoolisés étaient visés. En Californie, en 1919, il y avait 250 wineries en activité. En 1933, après l’abrogation de la loi de prohibition, il n’en restait plus que 2; mais les problèmes de santé liés à l’alcoolisme n’avaient pas diminué pour autant. Les brasseries et distilleries peuvent être facilement déplacées, mais pas les vignobles. Ainsi on brassait de la bière et distillait des spiritueux au Canada, au Mexique et dans les Caraïbes et on les importaient sous bonne garde des gangsters qui s’enrichissaient bien par ce trafic. Des zones frontalières profitaient aussi de ce trafic, comme Saint-Pierre et Miquelon. Et il n’y avait aucun contrôle sur la qualité des produits de contrebande, ce qui augmentait les risques liées à leur consommation.

Le contrôle de la vente des boissons alcoolisés subsiste de nos jours un peu partout et prend différentes formes. On peut citer bien évidemment la plupart des pays musulmans, même s’il y a des exceptions.

En France, nous connaissons bien des restrictions sur la communication, mais aussi sur la vente aux mineurs.

En Angleterre en en Australie, il y eu, pendant longtemps, des limitations sur les heures d’ouverture des pubs : pas certain que cela ait aidé dans l’éducation des citoyens de ces pays vers une consommation raisonnable !

Pour revenir aux USA, il reste de nombreux comtés (cantons) dits « secs » car il est possible pour les conseils des comtés, dans la majorité des Etats, de voter pour ou contre la vente de l’alcool, ou de limiter cette vente. A Philadelphie, par exemple, la vente de vins et spiritueux ne peut avoir lieu que dans des magasins d’Etat. Il en va de même au Canada dans les provinces du Québec et de l’Ontario, par exemple, ou bien encore en Suède.

Tout cela est aussi lié à des sources de revenu pour les gouvernements locaux ou nationaux, dès lors que les boissons alcoolisées supportent des taxes. Vous supprimez la vente de ces boissons et vous perdez une source de revenu conséquente. Cela explique aussi pas mal de choses !

A votre santé !

David

Auteur : Les 5 du Vin

Journalistes en vin

10 réflexions sur “Prohibition, un premier regard

  1. Le système des dry counties aboutit à des aberrations: ainsi, il est interdit d’acheter et de déguster du Jack Daniel dans le comté où il est produit.
    http://knowledgenuts.com/2013/12/06/you-cant-legally-buy-jack-daniels-in-the-town-where-its-made/
    Belle hypocrisie!

    J'aime

  2. Pour ceux que le rôle de Saint-Pierre et Miquelon pendant la Prohibition intéresse
    https://la1ere.francetvinfo.fr/comment-saint-pierre-miquelon-est-devenu-eldorado-prohibition-decryptage-429021.htm
    et lhttp://www.dailymotion.com/video/x2dnmp7

    J'aime

  3. Et quand on voit la complexité de la réglementation au Texas entre Dry, Moist et Wet Counties, entre ceux qui interdisent la vente de toute boisson de plus 4°, ceux qui fixent la barre à 14°, ceux qui permettent la consommation par des clubs privés… on se dit que les Américains qui trouvent que l’Europe, et notamment la France, complique trop les choses en matière de vin avec ses appellations, notamment… feraient bien de balayer devant leur porte.
    « Land of the Free », qu’ils disaient!

    J'aime

  4. Aux US aujourd’hui, on ne peut pas entrer dans un bar avec un enfant, même de bas age, sous pretexte que l’alcool est interdit aux mineurs (<21). Bel article David. J'aurais ajouté que la prohibition a fait la fortune des gangsters, mais aussi de gens comme la famille Bronfman (Seagram's).

    J'aime

  5. C’est vrai Mike et j’ai failli le mentionner

    J'aime

  6. Interdire, c’est donner envie. Et l’envie s’exploite. D’où les dérives. Éduquer, c’est beaucoup plus compliqué. Mais, on préfère magner le bâton, vieille perversité sadique commune à beaucoup d’êtres humains avec comme alibi : c’est pour leur bien…
    Marco

    J'aime

  7. En août 1985, j’ai passé 8 jours dans les îles Shetland, traversant (ferry) d’un îlot à l’autre à bord d’une Ford Fiesta de location. Ce furent parmi les meilleures vacances de ma vie. Nous logions dans un manoir/croft (!) retapé en B&B tenu par un Aberdonien amateur fou de whisky. Il m’a donné des cours particuliers très appréciés. Mon fils avait 11 mois et circulait dans un sac à dos sur mes épaules. Un midi, nous mangions le « bar food » dans un pub bondé non loin de Lerwick, face au comptoir. Tout allait bien. Après, je me suis retourné et le bar-keeper a aperçu mon « paquet ». Nous nous sommes fait éjecter comme des voyous!!!!

    J'aime

  8. It would take a lot of liquor to make me want to kiss any of the lips on the photograph.

    J'aime

  9. Have to be blind drunk and even then…..

    J'aime

  10. C’est ce qu’on appelle l’amour aveugle. L’amour ravi. L’Hammourabi, en babylonien.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s