Vin & Société réagit

J’avais regretté l’absence de Vin & Société lors du débat si peu contradictoire de la semaine dernière, sur France 2. 

Par la voix de son président, Noël Forgeau, l’organisation réagit aujourd’hui aux propos de Mme Buzyn:

«Un courrier de la Présidence de la République fin janvier 2018, avait permis de lever les craintes sur la politique de « dénormalisation » de la consommation de boissons alcoolisées envisagée par le gouvernement dans sa Stratégie Nationale de Santé, publiée le 31 décembre 2017. En distinguant les consommations excessives et à risque et en nous proposant de participer à une politique de prévention sans précédent dans notre pays, le président de la République a envoyé un signal fort et un message clair, faisant la démonstration que les vieilles idéologies avaient vécues. N’en déplaise à certains.

Les déclarations d’Agnès Buzyn sur France 2, le 7 février, lors du débat « L’alcool, un tabou français » ont stupéfait la filière viticole. Nous sommes consternés d’entendre selon les propres termes de la ministre : « avec modération (…) c’est un mauvais mot ; « l’alcool est mauvais pour la santé » serait le vrai message de santé publique ».

Cette position est à contre-courant de la direction politique indiquée par la Présidence de la République qui a invité la filière vitivinicole à formuler des propositions en matière de prévention. Nous travaillons actuellement à l’élaboration d’un Plan de prévention qui sera finalisé à la fin du printemps 2018.

Dans ce contexte, ces déclarations intolérables sont vécues comme une véritable provocation par les vignerons qui se sentent stigmatisés alors qu’ils sont engagés depuis plusieurs années pour promouvoir la consommation responsable.

Exclure le principe de modération, c’est remettre en cause une approche juste et équilibrée qui condamne l’excès et accepte l’idée d’une consommation modérée et de partage dans notre société.

Vin & Société s’interroge sur la ligne directrice réelle des politiques de santé publique voulues par le gouvernement. Quelle place pour le vin dans notre société ? Allons-nous vers la promotion de l’abstinence et de la prohibition ?

Représenter les intérêts de la filière viticole n’est pas immoral comme certains voudraient le faire croire. Cela nous donne au contraire des devoirs: la filière ne se substitue pas aux acteurs de santé ni aux scientifiques. Elle peut être force de proposition et promouvoir les bons comportements sur le terrain.

La filière vitivinicole est convaincue que l’éducation, la connaissance et la transmission sont les bons chemins pour mener à bien la « révolution de la prévention ». Vin & Société est aux côtés du gouvernement pour être force de proposition et lutter contre les excès de la consommation d’alcool.

En revanche, elle n’acceptera jamais un double langage, la stigmatisation de son produit, et à travers elle, celle des femmes et des hommes qui le font. Le vin est un produit de civilisation. Nous en sommes tous responsables, il constitue une richesse patrimoniale pour notre pays qu’il nous appartient de transmettre».

 Joël Forgeau, Président de Vin & Société

 

Et au-delà, demain, en notre nom à tous, oenophiles responsables?

Mon commentaire

J’ose espérer que nos confrères de la presse écrite et audiovisuelle réserveront à ce communiqué une place au moins aussi grande que celle qu’ils octroient habituellement aux anti-vins. Mais j’en doute.

D’un autre côté, je pense que pour utile qu’elle puisse être, la réaction de M. Forgeau n’a malheureusement pas le poids d’une participation physique aux débats, où l’on peut exposer des arguments concrets et réfuter en direct les exagérations, les élucubrations de la partie adverse, une par une – ou à défaut faire bien comprendre aux téléspectateurs à quel point la communication est biaisée, et le débat confisqué. Faute d’avoir un Ministre du vin, en France, pour contrer les affirmations de la Ministre de la Santé, il faudra bien que quelqu’un dans la filière s’y colle. Pas pour convaincre Mme Buzyn. C’est peine perdue. Mais pour l’empêcher de mener le débat comme bon lui semble.

Ce qui m’inquiète au moins autant que les propos outranciers des hygiénistes vis-à-vis du vin, c’est qu’ils reçoivent une oreille réceptive, voire une chambre d’écho dans la presse, de la part de journalistes dont c’est pourtant la mission de présenter tous les points de vue, de vérifier la véracité des argumentations. Au point que ces confrères colportent un amalgame éhonté: celui qu’établissent les addictologues et entre le vin et l’alcoolisation. Qui, dans la « grande presse » a fait remarquer à quel point le débat de la semaine dernière était tronqué, déséquilibré, plein d’émotionnel et tellement vide d’arguments probants?

Il me semble donc que Vin & Société, mais aussi les acteurs de la filière vins eux-mêmes, devraient redoubler de pédagogie auprès des grandes rédactions; argumenter, démonter les fausses rumeurs, les chiffres tronqués, les approximations, les amalgames. Et pas seulement dans les pages ou les émissions de gastronomie. Ce n’est pas nous, les journalistes du vin, qu’il faut convaincre – c’est déjà fait. Non parce que nous avons un quelconque pré carré à défendre, mais parce que c’est la vérité et que nous la touchons du doigt depuis longtemps déjà: c’est notre sphère de compétence. Et parce que la modération, nous la pratiquons et la préconisons nous-mêmes.

Seulement, étant actifs dans ce secteur, nous n’avons pas la crédibilité voulue; ni l’audience.

Il faudrait donc, à mon sens, que le secteur du vin adopte une posture plus offensive, que ses représentants soient plus présents dans la sphère médiatique, qu’ils expliquent plus et mieux aux Français les réalités et les enjeux de la prévention, de la modération, de la responsabilisation. Et je relaierai leurs efforts, bien entendu. Qu’ils rédigent une pétition, un memorandum, une profession de foi, je les signerai volontiers. J’espère bien que des milliers de consommateurs se joindront à moi, y compris des vedettes, des sportifs, des professeurs de médecine (car tous sont loin d’être anti-vin), des chefs de cuisine, afin que tous ensemble, nous mettions fin au règne médiatique de la pensée unique prohibitionniste, si contraire à nos valeurs de liberté et de responsabilité.

Pour moi, ce n’est pas tant d’un lobby dont le vin a besoin, de négociateurs en coulisses, que de bons communicateurs, de débateurs convaincus et convaincants, sur les plateaux de télé, sur la place publique. Je ne nie pas les efforts déjà accomplis. Je n’ai aucune leçon à donner à personne. Je dis seulement qu’il est temps de passer à autre chose. Ne se trouve-t-il pas dans ce pays des vignerons et des médecins intelligents, bien informés et télégéniques, qui puissent porter la bonne parole et surtout, argumenter?

La défense de l’environnement a des dizaines de visages en France – Nicolas Hulot, Yann-Arthus Bertrand, Yves Paccalet, Gérard Klein, Noël Mamère, Corine Lepage, par exemple, qui sont bien connus des téléspectateurs. Combien la défense du vin a-t-elle de visages?

Hervé Lalau

 

3 réflexions sur “Vin & Société réagit

  1. georgestruc

    Mme la ministre de la santé, entrainant avec elle une cohorte d’obédients, est une adepte typique de la post vérité : « l’important, pour les partisans de la post vérité, n’est pas qu’un discours soit vrai mais qu’il soit cru, non qu’il corresponde aux faits, mai qu’il suscite l’adhésion ». La « grande » presse nationale ne se risquera jamais à écrire des articles forts en faveur du vin. Elle le fait grâce à des rubriques spécialisées, certes, mais jamais dans le cadre d’un débat, ou d’une enquête, assortis de faits, de chiffres non biaisés et d’arguments.

    Hervé, nous allons constater, un fois de plus, que le champ du débat objectif possède une superficie misérable et que rarissimes seront ceux capables de s’y aventurer étant donné que n’y sont admis que des intervenants déjà formatés.

    Il nous manque une grande voix, un porte-parole susceptible d’entrainer la confiance et capable de combattre.

    Nos écolos-représentants actuels sont d’une pâleur !! Nicolas Hulot, mascotte à grelots, Yann-Arthus qui fait de belles photos et laisse des empreintes carbones colossales avec ses hélicos (il déclare les compenser, foutaise !), Noël Mamère ? homme de télé, homme politique ? Homo-opportunicus…Corinne Lepage qui, avec M. Huglo, (cabinet d’avocats Huglo, Lepage et associés) a pris très habilement le chemin du droit de l’environnent lorsque les prémices de l’élaboration de cette masse réglementaire se font fait jour et qui a fait prospérer son cabinet d’avocats sur de terreau fertile…Yves Paccalet, champion des droits d’auteur avec plus de 60 ouvrages ou publications…(comment fait-il pour écrire autant de choses avec le temps que lui laissent, en principe, ses activités médiatiques ordinaires ?) ; Gérard Klein : sympa, incontestablement, et mesuré dans ses écrits et ses propos.

    Bref, la filière viti-vinicole a bien du souci à se faire, comme on dit…La tâche est d’autant plus considérable que le discours des ayatollahs a déjà imprégné un nombre très élevé de personnes .

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  2. Hervé LALAU

    Une tribune libre signé d’un collectif qui comprend MM. Pitte, Pivot et Khayat, et publiée ce jour dans le Figaro, va dans le sens que je souhaitais. Espérons que cela ouvrira les yeux des journalistes de la grande presse (mais une tribune libre n’engage pas la responsabilité du journal).
    http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/02/21/31003-20180221ARTFIG00272-mme-buzyn-cessez-de-diaboliser-le-vin-qui-est-une-part-de-la-civilisation-francaise.php

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