Vin du XVIIe, rosé vermeil du Domaine Henry

Mon humeur est au rosé, n’en déplaise à ceux qui dénigrent cette tendre couleur. Du coup, après en avoir dégusté un bel et bon exemplaire lors du dernier Millésime Bio, j’ai envie de vous en parler aujourd’hui.  D’autant que ce Vin Vermeil est un condensé de saveurs et d’histoire…

Il plaisait aux princes comme aux peintres

 

Au Domaine Henry, à Saint-Georges d’Orques, on rend hommage à ces vins qui ont séduits et désaltérés aristocratie et bourgeoisie durant de nombreuses décennies. Leur rosé, bien en dehors des modes et tendances actuelles, nous fait vivre l’impossible. Il nous fait déguster un breuvage déjà abondamment représenté dans les natures mortes du 17siècle.

Vin Vermeil 2016 St-Georges d’Orques Coteaux du Languedoc Domaine Henry

 

Une robe d’un rose intense aux reflets carmin pourpre, parfumé comme une dentelle ancienne de violette et de rose, mais aussi de framboise et de cerise pour en annoncer la délicate gourmandise. La bouche nous fait un baiser raffiné, à peine effleuré, mais suffisant pour en apprécier la saveur recherchée. Légèrement poivrée, elle a le goût de la burlat qui éclate au premier coup de dent, celui du grain de grenade que l’on écrase du bout de la langue, de la fraise des bois qui inonde délicate le voile safrané. Sa texture est veloutée au toucher, comme enrobé de douceur et de fraîcheur, boutis piqué d’arabesque floraux, exquise envolée sensuelle.

Rien à dire, ce style à l’ancienne nous prend les sens, quand on veut bien y céder…

Ce rosé assemble 55% de Grenache de 100 ans complété de saignée de Syrah, de Mourvèdre, de Cinsault et de Carignan qui poussent sur des côteaux faits de calcaires jurassiques, de calcaires à chailles (rognons de silex) et de cailloutis du Villafranchien. Ajoutons-y quelques autres cépages anciens pour compléter le tableau de ce rosé de terroir, ce dernier étant intemporel ou presque.

 

Le vin vermeil

Extrait de La Comédie de Chansons de Jean de Rotrou

Acte deuxième Scène IV

Bannissons la bizarre humeur

Et le soin de nostre cœur,

Et qu’un bon vin vermeil

Soit nostre soleil.

Beuvons compagnons toute la nuiet

Au bruit

Des pots, des plats,

Sans estre las.

Jean de Rotrou, né Jean Rotrou, est un dramaturge et poète français, né le 21 août 1609 à Dreux et mort de la peste le 28 juin 1650 à Dreux

« Les Vins Vermeils sont à l’origine de la réputation du vignoble du Royaume de France jusqu’au 18esiècle, époque à laquelle ils faisaient les délices de la grande bourgeoisie et de l’aristocratie. Bus dans l’année qui suivait la récolte, ils ont été détrônés par ceux qu’on appelait alors « les vins noirs », équivalent de nos rouges actuels. Le développement du commerce vers l’Europe du nord, et l’évolution de la marine marchande ont permis des échanges beaucoup plus lointains, plus longs. Les vins noirs, considérés auparavant comme vulgaires, ont beaucoup mieux résisté à la durée de ces voyages. Leur prix inférieur à ceux des raffinés mais fragiles Vins Vermeils a favorisé leur essor. L’avènement de la bouteille* de conservation en verre, capable de recevoir un bouchage efficace, et donc de conserver les vins, a accéléré le phénomène. Comme on pouvait enfin conserver les vins sur plusieurs années, on a produit alors des vins capables d’être conservé. Ainsi sont nés les vins de garde français dans le courant du 18ème siècle. Notre Vin Vermeil, en dehors de toute mode, est une sorte d’hommage aux vins à qui la France doit l’origine de son rayonnement œnologique. »

François Henry www.domainehenry.fr

Déguster du vin vermeil, c’est un peu plonger dans le passé. Et si on le fait en regardant une nature morte de l’époque, on a l’impression de s’y retrouver, d’entendre les bruits de la rue, les conversations dans les pièces voisines. Puis, en fermant les yeux, sentir les odeurs, ressentir la chaleur de l’âtre ou au contraire le froid de la nuit qui tombe.

*Vers le milieu du 17es, les Gallois optent pour les fours à charbon pour le travail du verre et créent dans la foulée des bouteilles bien plus résistantes que celles produites grâce à des fours à bois nettement moins puissants. De plus, ils ajoutent une bague au goulot qui permet de résister au bouchage de liège et donc à la conservation et au transport. Jusque-là, les bouteilles étaient réservées au transvasement du vin et à son service à table.

 

Dégustons ce nectar du passé qui aujourd’hui séduit autant nos papilles que celles des siècles passés…

Un verre de vin, une bonne image, un rien de concentration, un moment vécu ailleurs…

Ciao

Marco

 

 

5 réflexions sur “Vin du XVIIe, rosé vermeil du Domaine Henry

  1. Bonjour Marc
    Je viens de prendre connaissance de l’article que tu as écrit sur notre Vin Vermeil.
    Bien sûr je suis très heureux de cette publication, mais bien plus encore, j’en suis ému.

    Les photos sont belles (je parle de celles que tu as trouvées).
    La référence à Jean de Rotrou est flatteuse et son poème est joli.
    Mais surtout, ton texte est beau, tout simplement. Il provoque de l’émotion.
    J’ai adoré la description du ressenti aromatique et gustatif. La fusion entre les deux.
    L’évocation de « la matière » et du voyage hors du temps. La musique des mots utilisés,
    la valse des fruits..

    Pour un vigneron la plus belle des récompenses est précisément que son vin provoque de l’émotion.
    Émouvoir ton palais, toi qui a tant dégusté, est pour nous une vrai joie, une fierté même.
    Il est vrai que u as su conserver une attraction certaine pour les choses sincères.
    Notre vin en est rempli.
    Merci de le faire partager de si belle façon.

    Très cordialement,
    François HENRY

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  2. Marco, les rosés que j’aime sont presque toujours de ton foncé et celui-ci m’intéresse fortement. Merci pour cette découverte.

    Pour l’invention du verre résistant pour la fabrication de bouteilles, grâce à l’usage de charbon dont le pouvoir calorifique dépasse celui du chêne, ce n’est pas aux Gallois qu’il faudrait l’attribuer mais plutôt à Sir Kenelm Dignby, un courtier et aventurier anglais, catholique de son état et donc souvent réfugié en France. Voici un extrait de sa biographie sur Wikipedia

    « Digby is also considered the father of the modern wine bottle. During the 1630s, Digby owned a glassworks and manufactured wine bottles which were globular in shape with a high, tapered neck, a collar, and a punt. His manufacturing technique involved a coal furnace, made hotter than usual by the inclusion of a wind tunnel, and a higher ratio of sand to potash and lime than was customary. Digby’s technique produced wine bottles which were stronger and more stable than most of their day, and which due to their translucent green or brown color protected the contents from light. During his exile and prison term, others claimed his technique as their own, but in 1662 Parliament recognised his claim to the invention as valid. »

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  3. georgestruc

    Superbe et émouvante description que tu nous as donnée une fois de plus. Merci Marco. Ce rosé « foncé » possède une luminosité exceptionnelle !
    Quel est l’auteur du tableau situé en fin de ton écrit ? On y voit, dans la coupe, des fruits confits mais dans du miel et un verre qui est une véritable œuvre d’art (joli pied balustre, boule costulée, gravure sur les parois…) ; au premier plan, sous la lame du couteau, ce sont des fruits enveloppés de sucre cristallisé ; une artistique confiserie.

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