Trop de transparence tue-t-elle la lisibilité ?

Je m’interroge sur le bien-fondé des intentions de ces lobbies (hygiénistes?) qui poussent pour une transparence absolue dans l’information fournie au consommateur quant aux ingrédients de nos aliments, vin compris. Je suis sûr que tout cela part d’un très bon sentiment, mais est-ce vraiment si utile que cela, puis, surtout, est-ce vraiment applicable et efficace ?

Je vais vous fournir un exemple réel qui aidera à illustrer mon propos. Cet exemple est tiré du domaine alimentaire, mais on peut, avec un minimum de connaissances des pratiques œnologiques, le transposer au monde du vin si jamais ces défenseurs d’une transparence totale, digne des puritains de tous bords, obtiennent gain de cause en ce qui concerne le pinard.

Lors d’un récent voyage à bord d’un train de la SNCF (un jour de non-grève évidemment), j’ai acheté et consommé un bol de pâtes intitulé ainsi : Penne Tomate, Courgette, Olives Vertes et Basilic. Je vous épargne des commentaires de dégustation sur ce petit plat qui m’a très correctement nourri. Ce qui a surtout attiré mon attention était la longue liste d’ingrédients que le producteur est obligé d’afficher sur son emballage. Pour une fois que cette liste fut lisible sans y appliquer une loupe, je puis vous en livrer le contenu dans sa totalité. On y va ?

(caractères gras et parenthèses sont fidèles à l’original)

Ingrédients : Pâtes penne 45% (semoule de blé dur), tomates 22%, coulis de tomates 10% (tomates 93,5% (pulpe de tomates fraîches 78%, concentré de tomates 15,5%)), courgettes 10%, olives vertes 5% (olives vertes en rondelles, eau, sel, acide citrique E330), échalotes 2%, câpres 2% (câpres, eau, sel, vinaigre), huile d’olive, basilic, ail, maltodextrine (maïs, pommes de terre), légumes 8,1% (céleri, navet, chou, oignon, poireau, carotte), extrait de levure, sucre, huile de palme (matière grasse végétale non-hydrogénée), sel, épices et aromates, jus de citron), sucre, sel, muscade, poivre noir, huile de tournesol, gomme xanthène.

Allergènes : Gluten, céleri, fruits à coque. Produit sur un site utilisant tous les allergènes majeurs.

J’ai eu un peu de mal à faire les additions à l’intérieur de cette liste impressionnante de complexité, et je n’ai pas toujours compris toutes les parenthèses non plus. Mais, au-delà de mes petits problèmes de mal-comprenant, je m’interroge sérieusement sur l’utilité de tout cela. Combien de personnes lisent tout ce qui est écrit sur les emballages de chaque objet qu’on achète ? Et, parmi ces rares (ce n’est qu’une supposition) personnes, combien sont capables d’interpréter correctement les informations qui y sont inscrites, et qui sont probablement utiles uniquement pour un médecin ou autre expert en diététique.

Maintenant, si nous appliquons la même approche à une bouteille de vin, quelle serait la taille d’une contre-étiquette nécessaire à contenir, d’une manière lisible, tout ce qui peut contenir un flacon? On pourrait penser que les vins dits « nature » échapperont largement à ce genre de contrainte. Mais, si on appuie un peu, il faudrait aussi lister les taux d’acidité volatile, le pourcentage de brettanomyces et de bactéries diverses, avec leurs noms en latin, la quantité de CO2, les taux de TCA ou de TCP, etc, etc. Et qui va payer les analyses sophistiquées en laboratoire qui seront nécessaires aux détections de ces substances sur chaque lot ?

En somme, je crains que nous n’ouvrons par cette insistance une sacrée boîte de Pandore, et sans aucune efficacité outre celle de relever encore d’un cran ou deux le phénomène des phobies alimentaires dont on voit de plus en plus les effets.

David Cobbold

 

6 réflexions sur “Trop de transparence tue-t-elle la lisibilité ?

  1. Bien d’accord avec toi, David. Mais cela fait partie de la stratégie des grands groupes alimentaires: des analyses se rentabilisent facilement pour un produit de masse, beaucoup moins pour de petites quantités

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    1. (je continue) artisanales. En outre, un produit industriel est plus facile à standardiser. A contrario, on peut penser que ces derniers contiennent plus d’additifs. Le nombre, en croissance, indéniablement, des allergies et intolérances est lié au fait qu’on nous présente à présent des allergènes inconnus jusqu’ici (mondialisation des marchés, world-cuisine …). Qui mangeait des kiwis il y a 30 ans? Et le kiwi présente une allergie croisée avec la fraise et … le bouleau. Multiplication des stimulus. Ou bien on se mithridatise, on bien au contraire on se sensibilise de + en +. Et une documentation exhaustive sur les étiquettes n’y changera rien.

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  2. georgestruc

    Bien d’accord ; la question n’est pas de savoir qu’il y a 15 % de concentré de tomates mais de connaître l’origine de ce produit (la Chine, probablement) et ce qu’il contient comme résidus de pesticides ou autres produits néfastes pour notre santé. Or ce genre de bilan est très rarement fourni… et pour cause, il engendrerait une répulsion immédiate de la part du consommateur. La litanie des composants, telle que avez pu la lire, est un anesthésique parfait, qui cache l’essentiel. Le système n’est pas prêt d’être réformé (trop d’enjeux économiques liés à la grande finance internationale).

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