Expressions du Vouvray, côté bulles et côté sec

Pour voir les vignes, à Vouvray il faut monter sur le plateau; car on peut très bien traverser les villages de la vallée sans les voir. Ni savoir ce qui s’étend sous leurs ceps.

Nous voici donc, fin avril, sur les hauteurs de Vernou-sur-Brenne, près du domaine Vincent Carême. L’occasion de se faire préciser les principaux types de sols et de sous-sols que l’on trouve sur l’aire d’appellation. Le tuffeau, la pierre locale (un calcaire du turonien, coloré ici de jaune) est la base de l’appellation. Comme une éponge, elle retient et restitue l’eau, alors que le sol de surface sèche vite.

Celui-est tantôt peu profond – c’est l’aubuis, un mélange d’argile et de calcaire ; tantôt un peu plus épais, c’est la perruche, de l’argile à silex (une altération du tuffeau), un sol plus acide dont la surface siliceuse capte la chaleur.

En général, les Vouvrays issus de perruches ont un caractère minéral et une acidité plus prononcée ; ceux issus d’aubuis sont plus riches et plus puissants (c’est souvent là que l’on récolte les raisins destinés aux liquoreux). Mais il faut bien sûr tenir compte des expositions, et du fait que certaines parcelles sont composées de sols mélangés. Sans oublier la patte du vigneron.

Difficile, en tout cas, quand on regarde les jolis coteaux de l’appellation (majoritairement exposés au sud), de croire que l’étymon latin de Vouvray, «vober», veut dire «terre inculte».

 

Vouvray en quelques chiffres

Vouvray, qui a donné son nom à l’appellation, n’est qu’une des 8 communes qui la composent. L’aire d’AOC compte quelque 2.200 ha de vignes, pour une production de l’ordre de 110.000 hectolitres. On n’y vinifie plus aujourd’hui qu’un seul cépage, le Chenin; une variété dont on tire 4 types de vin: secs, demi-secs, moelleux et effervescents (cette dernière catégorie de produits représentant 60% de la production).

Par ailleurs, si les bulles de Vouvray sont très majoritairement consommées en France (à 80%), les vins tranquilles, eux, sont exportés pour les deux tiers.

Un peu de littérature

Vouvray est un des vins préférés du Tourangeau Balzac. Dans son roman «L’Illustre Gaudissart», le romancier laisse le héros éponyme en vanter les mérites: «L’inconvénient du vin de Vouvray, monsieur, est de ne pouvoir se servir ni comme vin ordinaire, ni comme vin d’entremets; il est trop généreux, trop fort ; aussi vous le vend-on à Paris pour du vin de Madère en le teignant d’eau-de-vie. Notre vin est si liquoreux que beaucoup de marchands de Paris, quand notre récolte n’est pas assez bonne pour la Hollande et la Belgique, nous achètent nos vins ; ils les coupent avec les vins des environs de Paris, et en font alors des vins de Bordeaux. Mais ce que vous buvez en ce moment, mon cher et très-aimable monsieur, est un vin de roi, la tête de Vouvray. J’en ai deux pièces, rien que deux pièces. Les gens qui aiment les grands vins, les hauts vins, et qui veulent servir sur leurs tables des qualités en dehors du commerce, comme plusieurs maisons de Paris qui ont de l’amour-propre pour leurs vins, se font fournir directement par nous.»

Ceci semble indiquer qu’à l’époque de Balzac, ce sont essentiellement les liquoreux qui étaient prisés à Vouvray. L’auteur de la Comédie Humaine serait bien étonné, s’il revenait aujourd’hui parmi nous, de constater que ce sont les bulles, et les secs, qui ont pris le pas sur les doux dans l’appellation.

D’ailleurs, la petite sélection ci-dessous, réalisée dans le vignoble, le nez dans le verre et les yeux sur la vigne… ne se compose que de bulles et de secs. En effet, les moelleux de plusieurs producteurs présentés par la suite dans une cave renommée de Vouvray n’ont pas ému mes papilles. Mais je ne demande qu’à infirmer cette expérience décevante.

En attendant, voici mes favoris:

Marc Brédif Vouvray Vigne Blanche Réserve Privée 2011

Belle fraîcheur pour ce vin de 7 ans. Bonne matière, aussi (sans doute la marque de l’élevage sur lies) ; l’acidité se marie bien au soupçon de sucrosité (ou bien serait-ce du glycérol), des notes florales (le muguet s’imposait à l’approche du 1er mai!).

Vincent Carême Vouvray Le Clos 2014

De ce millésime plutôt frais, Vincent Carême a tiré un vin étonnamment complexe ; derrière les notes de grillé et de fumé du premier nez déboulent rapidement le fruit bien mûr (poire, coing,) et le miel ; mais le tout repose sur une grosse charpente acide. Vinification en cuve, 20% de bois neuf. 12 mois d’élevage en cuves. 4 grammes de sucre résiduel.

Domaine de la Galinière Cuvée Terroir 2014

Le premier nez de ce vin fleure bon la pierre à fusil, la bouche est très vive – la vigne de cette cuvée se situe un peu plus loin de la Loire, sur un terroir un peu plus frais et plus tardif cela n’empêche pas cette cuvée de frôler les 14°, et de conserver 7 grammes de sucre résiduel. Cette petite pointe de tendre lui sied d’ailleurs très bien, son profil reste bien sec, mais cela réveille ses arômes et se marie très bien avec la nuance saline en finale.

Damien Pinon Vouvray Brut Chapitre XII

Quelle richesse, quelle complexité! Ce 2012 montre quelques signes d’évolution, mais cela lui va si bien – un peu comme quelques cheveux blancs sur les tempes… Il est vrai que cette cuvée a été élevée pendant 40 mois. Un mot pour la résumer : l’équilibre (gras /acidité, fruit/fleurs/épices/évolution). Dosage: 7 grammes.

Eric Gaucher Vouvray Brut VIP 

VIP, non pour Very Important People, mais pour Véritable Invitation au Plaisir. Promesse tenue avec un effervescent plein de charme, et au beau confort buccal; des notes crémeuses, beurrées, du miel, de pomme, de coing et un léger fumé en bouche. Bonne longueur avec en finale, une pointe d’ananas grillé. C’est très abouti. Dosage: 6 grammes. Le genre de vins qui placent Vouvray parmi les grandes appellations de bulles. Vous en doutiez?

A cette sélection opérée in situ, j’ajouterai trois belles bouteilles repérées lors de Val de Loire Millésime 2018, à Blois et au Château de Moncontour, à Vouvray même: la Cuvée Rendez-Vous, un Vouvray Brut de la Cave des Producteurs La Vallée Coquette, très équilibrée, et le Clos Cartaud 2016 de Philippe Gendron – très chenin, qui allie exubérance…. et rigueur (sic!). Sans oublier la cuvée Grande Réserve du Château de Moncontour, crémeuse et voluptueuse (entre 2 et 3 ans sur lattes).

De quoi avoir envie de retourner sur place.

Pour en savoir plus

A ce propos, si vous souhaitez parfaire vos connaissances en matière de Vouvray (et notamment rouvrir le chapitre des demi-secs et des doux), rendez-vous cet été à la Foire aux Vins d’Août. Les vignerons de l’appellation Vouvray vous attendent dans les caves troglodytiques de la Bonne Dame pour vous faire déguster leurs vins, du 13 au 16 août, de 10h à 19h… Qu’on se le dise!

Hervé Lalau

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