Chez Alexandra de Vazeilles, au château des Bachelards

Je rebondis sur le papier de Marc, https://les5duvin.wordpress.com/2018/07/20/un-beaujolais-qui-demande-quelques-annees-le-chateau-des-jacques/    qui bien montré qu’en Beaujolais le Gamay peut donner des vins sublimes, et qui me donne l’occasion de vous parler des crus d’Alexandra de Vazeilles.

C’est en janvier dernier que je l’ai rencontrée pour la première fois à l’occasion du salon des Greniers Saint-Jean à Angers. Et, c’est là aussi que j’ai gouté ses vins pour la première fois, et je dois dire qu’ils m’ont autant impressionnée qu’elle. Je l’ai revue peu de temps après en avril cette fois à l’occasion du Salon Renaissance des Appellations qui se tenait à Barcelone.

20180203_120621 (2)

Qui est la Comtesse Alexandra de Vazeilles?

Nous avons sympathisé très rapidement, son enthousiasme me fascinait, ce qui nous a amené à partager deux diners dont un en tête à tête durant lequel, nous avons commenté certaines périodes de notre vie. Je  ne savais rien d’elle, et j’étais curieuse de découvrir comment elle avait décidé de devenir vigneronne et comment elle avait pu atterrir dans le Beaujolais, région certes magnifique, mai qui souffre à ce jour d’un grand désamour. Vous verrez comme moi qu’Alexandra sort des sentiers battus à bien des égards.

Le rêve  d’Alexandra!

Elle m’a expliqué qu’elle n’étant ni héritière, ni issue d’une famille de vignerons  elle avait travaillé 20 ans dans l’univers de la technologie de pointe aux Etats-Unis où elle a occupé des postes à responsabilité dans les RH pour pouvoir accomplir son rêve devenir vigneronne. C’est en 2000 qu’elle s’est  sentie prête à sauter le pas pour faire son propre vin. Elle est alors rentrée en France pour se mettre aussitôt à la recherche d’un domaine à acheter et commencer sa deuxième vie professionnelle dans le vin cette fois-ci. Pas facile de trouver le « paradis » qu’elle avait imaginé, elle voulait tout à la fois, un Terroir et une histoire. Pendant ce temps comme elle aime dominer tout ce à quoi elle s’attaque, elle a fait plusieurs saisons comme ouvrière agricole dans différents domaines (Château Latour à Pauillac, Domaine Roulot à Meursault, Domaine de Montille à Volnay). Elle a fini par trouver l’endroit de ses rêves, pas en Provence comme elle l’avait imaginé, mais à Fleurie,  un des 10 crus du Beaujolais. Elle a eu un coup de cœur pour une belle demeure du XVIIème Siècle dont le clos remonte à l’abbaye de Cluny, le Château des Bachelards, mais surtout pour ses vignes. Elle s’y installe en 2014, désormais diplômée de viticulture et d’œnologie, ce domaine de tradition monacale est en très mauvais état, tout est à faire. Mais elle ne manque ni d’énergie ni de  patience et encore moins d’ambition car elle est  convaincue qu’elle détient l’un des tout premiers terroirs de France

chateau-300x300

A propos du vignoble!

Elle bénéficie d’un beau patrimoine de vieilles vignes de gamay    ( une grande majorité ont de 60 à 100 ans), de viognier et de syrah cultivées en bio, avec une densité de plantation élevée (10.000 pieds/ha). Un conservatoire du cépage a été mis en place au Château avec l’aide de Lilian Berillon, afin de pouvoir replanter avec la sélection massale de la propriété. Elle a fait appel à Claude et Lydia Bourguignon,  a entamé aussitôt la conversion en biodynamie et a entrepris des travaux pour dynamiser la cave et réduire les rendements. C’est le seul domaine de Fleurie, Saint-Amour et Moulin-à-Vent à bénéficier de la double certification en agriculture biologique (Écocert) et biodynamique (Demeter). En 2014, il s’étend sur trois des dix crus de la région, Fleurie (6 hectares d’un seul tenant autour du château, le tout ceint par un clos)  Moulin à Vent (1,25 hectares), Saint-Amour (2 hectares) et en IGP Comtés rhodaniens (2 hectares à Lancié). Il lui manque un blanc pour compléter sa gamme, alors elle va le chercher dans le mâconnais, elle vinifie et élève du Pouilly-Vinzelles, car elle aime le Chardonnay  vendu sous la marque « Comtesse de Vazeilles« . Elle  travaille étroitement avec Stéphane Derenoncourt, et  Simon Blanchard.

Itinéraire d’une vigneronne rebelle:

Elle est certes tombée amoureuse pour ce Terroir de Fleurie, mais elle a gardé tous ses esprits et elle est bien consciente que le Beaujolais est devenu synonyme  de vin médiocre pour beaucoup et qu’il  est devenu difficile de vendre les bouteilles à des prix qui reflètent réellement le travail et les investissements. Et dans les crus du Beaujolais, la situation n’est guère meilleure, même si avec l’arrivée de certains bourguignons attirés par les prix attractifs du vignoble, la situation peut évoluer. Mais Alexandra, a  de grandes ambitions pour le Château des Bachelards, pour Fleurie et pour la région, elle est pressée de faire reconnaitre la qualité de son terroir, elle est donc bien décidés à en découdre : elle va y mettre toute son énergie.  En un rien de temps, la révolution est en marche, elle veut réinventer ou plutôt retrouver le vrai Beaujolais.

 Le style d’Alexandra

 Sa grande ambition pour ses vins, son désir de réussite peut faire penser qu’elle manque d’humilité, c’est possible. Je crois simplement que c’est dans ses gènes que de vouloir se battre pour être la meilleure, ensuite c’est dans la culture de son passé américain. De toute façon, elle n’a que faire des jaloux, en femme convaincue, rien ne l’arrêtera, elle fonce pour atteindre son objectif. Alors au lieu de bavasser, essayons de comprendre comment elle pense y parvenir. Pour commencer elle ne fait aucun achat de raisins, les vendanges sont manuelles,elle s’attaque à la vinification, et abandonne la macération carbonique ou semi-carbonique, pas de thermovinification non plus. Elle opte pour un égrappage intégral, uniquement des levures indigènes évidemment, des élevages longs de 18  à 22 mois en fût de chêne et foudres. Les rendements moyens sont de 25 hectolitres par hectare. C’est le résultat de son ambition qualitative, de sa volonté absolue de faire des grands vins. Elle délaisse la bouteille bourguignonne, et adopte une bouteille bordelaise pour ses crus. D’emblée elle veut  attirer notre attention, d’autant que l’étiquette nous éloigne encore davantage du beaujolais avec ses airs italiens ! Provocation, marketing, c’est ce que j’ai pensé au début, puis, j’ai compris que c’était le résultat de ses convictions : c’est pour elle une manière de retrouver les racines du lieu et peut-être aussi de nous perturber suffisamment pour nous amener à nous arrêter sur la qualité des vins.

Très vite, elle recueille les fruits médiatiques (en attendant ceux financiers, ça c’est moi qui le dis) de tous ses investissements, sa réputation est établie. Inutile de `préciser qu’elle en dérange plus d’un, et qu’elle n’a pas fait l’unanimité.

J’ouvre une parenthèse à ce stade du récit pour revenir à notre dîner catalan du mois d’avril dernier,  qui en dit long sur sa personnalité; nous sommes à la Barceloneta, l’endroit est festif, comme moi elle a une passion pour la gastronomie. Elle m’a étonnée: elle ne m’a pas laissé pas le choix du menu, elle a commandé pour deux et même le vin, je pensais qu’elle allait me demander de lui conseiller une bouteille,  ce que la plupart auraient fait…eh bien non, elle a demandé sans hésiter, un blanc de Rias Baixas, d’ailleurs elle ne m’avait pas davantage interrogé pour le restaurant, on la sent habituée à tout gérer où qu’elle se trouve. Et, je dois dire que l’ensemble était un sans faute délicieux ! La soirée a été savoureuse et je parle autant des plats que des anecdotes que nous nous sommes racontées. C’était comme si nous étions de vieilles connaissances, elle sait mettre à l’aise.

Au salon,  je l’ai écouté parler ses vins, elle n’hésitait pas à s’exprimer en espagnol, ni à les présenter comme des grands vins.

20180417_180348 (2)

«Goûtez mes vins ils sont vraiment différents… Vous n’aimez pas beaucoup les vins du Beaujolais ? Moi non plus ! C’est pour cela que j’ai fait le mien. Parce qu’en ce qui concerne les rouges, j’ai de vraies convictions» Elle les déclamait alors avec beaucoup de charme et de passion, bref, je l’ai trouvée passionnante.

Comment elle conçoit l’œnotourisme :

Alexandra a largement développé l’axe oenotouristique : elle propose à ses visiteurs en plus des dégustations traditionnelles, des dîners accords mets et vins organisés en partenariat avec des chefs lyonnais ou avec les lycées viticoles de la région; une historique de la biodynamie. il s’agit d’une marche à pied dans le vignoble, identification des plantes bio indicatrices, comparaison des sols et de la vie des sols, outils de la biodynamie dans la vigne, synthèse des plantes et des tisanes utilisées dans le vignoble pour soigner les plantes. Ses moutons d’Ouessant, les abeilles, son projet d’agroforesterie, et les résultats de la biodynamie en général et dans le verre en particulier. Mais aussi, un Pique-Nique dans les vignes, ou encore la possibilité de « faire le vigneron » pendant une journée. Il faut bien sur réserver, allez voir sur son site, toute ses propositions.

contact@bachelards.com

Tel : + 33 (0)9 81 49 47 00

http://www.bachelards.com/

La semaine prochaine, je vous parlerai de ses vins.

 

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

8 réflexions sur “Chez Alexandra de Vazeilles, au château des Bachelards

  1. georgestruc

    Belle introduction que celle de votre billet hebdomadaire. Je me suis rendu sur le site qu’a élaboré Madame la Comtesse, à la recherche des descriptions de terroirs qui pouvaient y exister. Et il y en a, avec un lot d’inexactitudes et de magnifications de certains de leurs aspects, mais l’ensemble est digeste pour un public d’amateurs éclairés. Et puis, peu importe l’âge du granite et son altération, pourvu que le vin soit bon. Ces géologues sont des types « chiants »…non ?

    J'aime

    1. Merci georges pour votre commentaire et l’intérêt que vous portez aux parutions des Cinq. Les géologues je n’en sais rien, je n’en connais pas suffisamment, mais vous, je ne vous trouve pas chiant, bien au contraire! MLB

      J'aime

    2. Monsieur,
      C’est un grand honneur pour moi que de vous lire; je vous remercie d’avoir pris le temps de partager votre savoir à propos de mes terres et venant de vous, cela double à ma profonde admiration pour vos écrits. Il est rare que je reprenne des propos de tiers, préférant la création ou la recherche mais en fait le saprolite etc. qui cité ici est issu des travaux du cabinet Sigales mandaté par l’interprofession du Beaujolais en 2014 qui par ailleurs à bien du mal à établir le lien entre géologie et vin. Claude Bourguignon n’avait pas mentionné cela dans ses écrits lors des fouilles réalisées au chateau et tenait des propos similaires aux vôtres même si vous ne faites pas le même metier. CQFD. Le vin est aussi et surtout partage. Soyez ici remercié, en attendant votre visite au domaine, autour de ma table où j’ai la chance de bénéficier d’une réputation de bonne cuisinière. A bientôt.

      J'aime

  2. J’ai rencontré comme toi Alexandra, une vraie personnalité et des vins qui lui ressemblent.
    Et je trouve qu’elle a évolué dans un sens très positif, en passée d’un rejet assez violent de la notion de Beaujolais (ses premières cuvées comportaient de la Syrah et étaient revendiquées en IGP avec une forte affirmation d’un vin hors cru), à une série de cuvées bien beaujolaises.
    Il est vrai que les crus du Beaujolais ont le vent en poupe, peut-être pas en France qui est toujours à la queue du peloton (quoi? qu’est-ce qui se passe? où ça? vous êtes sûr?), mais à coup sûr aux Etats-Unis qui l’adore. Reste que les vins de Madame de Vazeilles sont de belle facture et agréables à boire.
    Marco

    J'aime

    1. Evoluer, c’est toujours bien.
      Mais le discours qui dit « vous n’aimez pas les Beaujolais, moi non plus, vous allez voir les miens » me gêne un peu.
      J’ai souvent trouvé des vins à mon goût en Beaujolais, en crus et hors crus; des vignerons connus ou moins connus, et même sur des terroirs prétendument inférieurs. Cette région souffre d’une mauvaise réputation qui n’est pas méritée. On pourrait trouver une aussi grande proportion de mauvais vins en Bourgogne (et beaucoup plus chers), à Bordeaux, en Champagne, en Loire…
      Et puis, si les vins du Beaujolais ne plaisaient vraiment pas à cette dame, pourquoi s’y est-elle installée?
      Je dis cela sans la connaître, et ce qu’en dit Marie-Louise me la fait trouver plutôt sympathique, même avec ces quelques réserves sur sa communication. L’essentiel, de toute façon, c’est que ses vins soient bons, on n’achète pas le discours… On verra ça la semaine prochaine.

      J'aime

  3. Monsieur,

    Oui, j’ai choisi Fleurie et alors! J’aime bien les défis.

    Je serai effectivement ravie de vous recevoir au domaine afin que vous connaissiez mes vins et puissiez donner un avis après les avoir goutés.

    Ma petite phrase n’est pas tout à fait celle que vous citez mais : « Vous n’aimez pas beaucoup les vins du Beaujolais? Moi non plus! C’est pour cela que j’ai fait le mien… »

    Je considère que pour faire un grand vin il faut être libre, profondément en accord avec son terroir et qu’une pointe d’humour ne nuit pas! En fait, je suis pleine d’humour, d’esprit et d’énergie positive. J’aime la vie. La liberté aussi. Mes vins sont heureux, vivants, et libres aussi.

    J’ai le culot d’avoir choisi les Crus du Beaujolais pour faire mes vins alors qu’ils se vendent à vil prix, qu’ils sont chers à produire en bio et biodynamie, et que « plus personne » à l’aveugle n’est capable de distinguer un cru d’un autre tant les terroirs et les pratiques oenologiques sont mis à mal depuis la fin des années 1970. (sauf qq exceptions bien sur mais ce n’est pas la norme). J’en profite pour rendre homage aux équipes et aux vins du Château des Jacques à Moulin-à-Vent que j’ai dans ma cave depuis 30 ans (les vins, pas les équipes!) et qui sont à l’origine de mon coup de foudre pour le Chateau des Bachelards à Fleurie.

    Quelques données:
    10% du vignoble français est en culture biologique, moins de 1% dans les crus du Beaujolais.
    Les deux appellations françaises les plus chimiques sont Beaujolais et Champagne à 55kg/ha de matière chimique active alors que l’ensemble du vignoble est entre 8 et 16kg., cela fait beaucoup de chimie dans le verre et une négation du terroir du Beaujolais malgré les dires.

    Jusqu’a la fin des années 1970, les cours des vins de Fleurie, Chiroubles etc étaient plus élevés que ceux de Gevrey Chambertin, Chateauneuf du Pape, Margaux etc. preuve de la qualité des terroirs quand ils sont traités avec égard.

    Et oui, moins de 10% des consommateurs déclarent aimer les vins du Beaujolais tels qu’ils sont devenus aujourd’hui.

    Mes vins s’adressent aux grands amateurs de vin qui recherchent autre chose que des vins minces, faciles, levurés à mort, au nez de fraise tagada et de bonbon anglais, récoltés trop tôt et mis sur le marché dès Pâques, thermovinifiés, avec des macérations carboniques ou semi carboniques, pudiquement appelées « vinification traditionnelle » en Beaujolais.

    Les terroirs de Fleurie, Moulin-à-vent et Saint-Amour comptent selon moi, parmi les plus grands terroirs de France. Aussi je les traite en tant que tels. Mes vins sont élevés pendant près de deux ans, levures indigènes uniquement, doublement certifiés bio depuis 2008 et biodynamie depuis le millésime 2015. Mes vins ne ressemblent à aucun autre; ils sont du lieu.
    Chacun est libre de les aimer ou non…

    Alors tout cela vous semblera peut être manquer de modestie mais j’ai travaillé dur toute ma vie pour pouvoir être vigneronne et produire mon vin. Je ne suis pas une fille à la mode… J’ai des convictions, une vision et une ambition.

    A bientôt dans mes vignes qui sont belles et libres car je ne les rogne pas…et qui sont sans mildiou cette année avec seulement 2,6kg de cuivre à l’hectare. Merci la vie dans les sols. Merci la vie.

    Alexandra de Vazeilles

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :