Chez Alexandra de Vazeilles, au château des Bachelards (2)

A propos des vins!

A mon sens, Alexandra a mis en place une gamme de vins authentique parmi les meilleurs jus des crus du Beaujolais. Je dirai qu’elle  fait la paire avec le Château des Jacques dont parlait Marco.

2014,   a été son premier millésime,  elle produit  environ 40 000 bouteilles  par an (Fleurie, Saint-Amour, Moulin-à-Vent, un IGP Comtés Rhodaniens ainsi qu’un blanc de Bourgogne en Pouilly-Vinzelles). Elle dit qu’elle travaille dans les vignes 50% de son temps, et encadre ses quatre collaborateurs. « Je briefe, je montre, je transmets… J’aime faire grandir les personnes que j’emploie. Un bon vin, c’est aussi une histoire d’hommes et de femmes sur un territoire. ». Et, je la crois car j’ai regardé ses mains pour vérifier.

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En tout j’ai dégusté 3 rouges et un blanc.

Je n’avais encore jamais rien goûté de semblable dans le Beaujolais. Je suis un peu perdue, rien à voir avec mes images et mes sensations habituelles, j’ai du mal à me situer, je manque de repères,… elle a dû s’en rendre compte et en a profité pour placer sa phrase préférée : «  Mes vins conjuguent l’élégance de la Bourgogne et la gourmandise de la vallée du Rhône.». Elle a surement raison, dans le sens où ses vins sont à la fois délicats et profonds, mais en réalité, ils ne ressemblent qu’à eux-mêmes et beaucoup à Alexandra : ils sont pleins de personnalité.

Fleurie 2015

Il est issu des parcelles qui sont contiguës  au Clos, situées autour du Château des Bachelards et à mi-coteau de l’appellation Fleurie.

J’ai aimé son côté floral et sa grande subtilité. Sa robe profonde, avec son nez de framboise et de violette, son poivre noir intense,  à l’aération il devient presque exubérant; on retrouve en bouche des notes fruitées, une matière dense, savoureuse et des tanins d’une incroyable finesse. Sa finale équilibrée, longue et élégante explose de volupté. Un vin plein d’énergie, de gourmandise, de texture fine et pure….30€

Château des Bachelards Comtesse de Vazeilles Moulin à Vent 2015

Les parcelles de Moulin-à-Vent sont situées à mi-coteau et sont orientées sud et est. Le terroir se caractérise par le granite rose dit de Fleurie renforcé par du manganèse et un peu de quartz, vieilles vignes en sélection massale de 40 à 60 ans

Le vin m’a semblé plus dense et structuré que le précédent. Sa robe  est intense,  le nez est mûr, concentré, des arômes de fruits noirs frais dominent, accompagnés de notes épicées. Quelques touches florales lui amènent finesse et complexité. En bouche, il se montre ample, charnu et complexe. II offre les mêmes arômes qu’au nez avec quelques notes fumées supplémentaires, mais surtout sa puissance est accompagnée d’une belle fraicheur, de tanins soyeux et juteux. Sa finale est très longue et élégante. C’’est un vin construit, d’un grand équilibre et style. Un Moulin à Vent de garde, ça ne fait aucun doute, mais déjà on peut profiter de tout son charme si on lui trouve à table le compagnon idéal, si on le carafe et si on le sert à la bonne température : 17º. 30€

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Château des Bachelards Comtesse de Vazeilles, Fleurie Le Clos 2015

Il est issu du clos historique du Château. Le Clos fut la première parcelle entourée, identifiée et créée par les moines de Cluny vers l’an 1100.

La robe qui est très concentrée m’interpelle une fois de plus,  le nez  qui est superbe, franc, et plein de nuances fruitées et florales, me séduit. Tout est très particulier dans ce vin. En bouche, j’ai trouvé une grande densité, une texture d’une grande finesse, des notes de fruits noirs,  de violette et d’épices mêlées à des notes boisées élégantes, qui demandent à se fondre un peu plus, mais l’ensemble est mur et moelleux, la finale longue, concentrée et élégante. Pas de doute, c’est un vin taillé pour la garde avec sa dimension large et droite. Vous pourrez le déboucher avec bonheur dans 20 ans encore.

Il ne titre que 12,15%, Alexandra a voulu le positionner d’entrée comme un grand vin en qualité et en prix : 120€ ! 

Certes, le prix peut surprendre si on n’a pas gouté vin, et si on s’obstine à penser que ça n’est qu’un Fleurie, dont les prix courants ne dépassent pas les 30€, mais rappelez-vous nous avons eu la même réaction quand Gérard Gauby a positionné sa Muntada, à  plus de 100€  et Hervé Bizeul sa  » Petite Sibérie » à  plus de 130€ , pourtant ces bouteilles ont trouvé preneurs,  et ont acquis une sérieuse réputation, méritée d’ailleurs.  Qui plus est, elles ont aidé le Roussillon à relever la tête. En l’espace d’une vingtaine d’années, la région s’est dotée d’une formidable production d’élite, et  s’est trouvée ressourcée. Depuis la production du Roussillon a pris une place légitime et entière dans le paysage des grands vins.  Donc, pas de jugement à priori, Alexandra va jusqu’au bout de sa démarche, elle est logique. C’est seulement le consommateur qui décidera s’il s’agit d’un juste prix ou non. Ce vin illustre à merveille le potentiel de ce terroir unique  de granit rose décomposé, qui, conduit avec autant de talent et de souci du détail, donne le meilleur.  Comme elle le rappelait elle-même la semaine dernière, on oublie trop souvent, que, jusqu’à la fin des années 1970 les prix des vins de Fleurie, Moulin-à-Vent, Saint-Amour et autres Chiroubles étaient plus élevés que ceux de Gevrey-Chambertin, Nuits-Saint-Georges, Châteauneuf-du-Pape et Margaux.  Et Bernard Burtschy, me rappelait que «  les vins des millésimes cinquante et soixante se dégustent merveilleusement et proposent densité, complexité et fraicheur, preuve de la grandeur de leur terroir. » Je le croie, mais je n’ai jamais moi-même eu l’occasion de les déguster. Au fond, Alexandra  a de grandes ambitions, elle voudrait recréer les grands beaujolais aristocratiques de garde. Vaste combat,  elle est seule à le mener pour l’instant, mais gageons que très vite elle fera des émules. Bien entendu, tout cela a un prix. Juste  ajouter que si c’est le vin le plus cher de la région, c’est aussi celui qui a eu les meilleures notes de la critique nationale et internationale.

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POUILLY VINZELLES « Les Quarts » 2015 Comtesse de Vazeilles

C’est un vin Blanc issu de l’appellation Pouilly-Vinzelles. La parcelle est située à mi-coteau du climat « Les Quarts » le grand terroir de l’appellation Pouilly-Vinzelles, et bénéficie d’une très belle exposition, c’est une vieille vigne de Chardonnay. Les vendanges sont  manuelles en petites caissettes, le  pressurage direct avec un débourbage léger, fermentation en levures indigènes et élevage de 16 mois en futs de chêne avec une petite fraction en cuve inox. Collage léger, pas de filtration.

Avec ses notes de fleurs blanches, de citron et de fruits frais, c’est un vin séduisant, très pur, cristallin,  et raffiné. La bouche offre un joli volume, elle est à la fois ample et croquante, dynamique et sapide. Le boisé de grande qualité est très bien maitrisé, fraicheur et finesse sont au rendez-vous avec une expression de chardonnay maximale.  J’aime sa trame déliée, l’intensité de son parfum, cette fraicheur malgré un millésime chaud qui le traverse de part en part , sa finale persistante, le tout dans un merveilleux équilibre.  13% Vin délicieux à boire dès à présent et belle garde possible, jusqu’à dix ans. A noter qu’elle n’est pas propriétaire de la vigne et que c’est donc un vin de négoce vendu sous la marque Comtesse de Vazeilles.

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A propos du millésime 2018!

 Evidemment je lui ai demandé comment se présentait le millésime ? Voici sa réponse:

« Je n’aime pas parler du millésime tant que les raisins ne sont pas rentrés en cave et que  le vin n’est pas fait, mais je peux faire un petit résumé de la saison.  Nous avons connu un hiver très rigoureux avec par trois fois quinze jours des températures négatives le jour et la nuit ce qui est parfait pour la bio diversité car cela à un double effet: tuer les insectes qui ne sont pas indispensables, et permettre à la vigne une véritable et longue période de dormance qu’elle adore et qui lui permet de se reposer véritablement. c’est son ‘beauty sleep’ à elle.  En revanche le printemps fut très très très humide avec des alternances de soleil donc nous avons connu un climat ‘tropical humide’ que déteste la vigne et que déteste le vigneron aussi car il doit tout faire pour préserver ses vignes du mildiou.  Aussi, au Château des Bachelards nous sommes en agriculture biologique depuis plus de dix ans ainsi qu’en biodynamie et donc nos sols sont vivants, et nos plantes sont fortes et se défendent toute seules.  Nous avons passé nos tisanes de prêle afin d’aider les plantes à se sécher, nous sommes passés dans les vignes à pieds car les parcelles ne pouvaient pas supporter le poids des tracteurs au vu de l’humidité (pluies fortes la nuit) et nous sommes en dessous du maximum autorisé par DEMETER et nous ne sommes pas peu fiers. J’en profite ici pour remercier mes équipes qui ont pris le problème à bras le corps par leur présence le week-end dans les vignes quand la météo l’a requis.  Depuis le 20 juillet, nos raisins sont vérés et nous pensons récolter tard comme chaque année soit vers le 15 septembre, afin d’apporter à mes vins la complexité et la densité que j’aime et sans l’alcool biodynamie oblige. »

Conclusion

 Vins du Beaujolais certes, mais totalement  atypiques, qui brisent les codes traditionnels de notre période. Ils sont  remarquables par leur intensité,  finesse et  longueur!  Il semblerait que nous assistions à la renaissance des grands vins du Beaujolais. Mais pour rassurer Hervé, je pense que les deux styles de Beaujolais peuvent coexister, simplement nous aurons désormais le choix entre les Beaujolais gourmands à boire dès leur sortie et ceux plus complexes qui mériteront une plus grande garde.

Hasta Pronto,

MarieLouise Banyols

 

 

 

 

13 réflexions sur “Chez Alexandra de Vazeilles, au château des Bachelards (2)

  1. Julien Vouland

    Bonjour Marie-Louise,
    Merci pour votre article !

    Fabien Duperray, au domaine Jules Desjourney, à également entrepris un travail extrêmement exigeant qualitativement, au milieu des années 2000, sur les crus Fleurie, Moulin à vent entre autres.

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  2. Bien aimé aussi le Fleurie Chapelle des bois 2010 de Fabien Duperray, dense, précis, mûr et ferme à la fois.

    Le Moulin-à-Vent 2009 est beau, mais moins éclatant que le Fleurie 2009.

    L’Interdit 2008, vin déclassé, est agréable.

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      1. J’apprécie toujours quand on parle d’un sujet que les commentaires le font dévier vers un autre, certes intéressant, mais qui devrait s’arrêter au premier. Que Machin soit génial OK, de lire plusieurs autres commentaires pour ‘moi j’en ai bu’ on s’en fiche. Et pour revenir à Alexandra, il faut aborder ses vins comme de l’Alexandra et pas comme du Beaujolais, c’est autre chose et assez d’accord avec elle quand elle dit que c’est mixte entre Bourgogne et Rhône. Elle aurait pu nous faire du Chignin ou du Marestel, je crois que ça lui aurait plu aussi. Marco

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  3. Marco,

    Attention à trop compartimenter …

    Oublié de dire que je n’apprécie guère les vins du château des Jacques, jeunes comme évolués.
    Je le trouve bien trop boisés.

    Ce post m’a donné envie de découvrir les vins du château des Bachelards.

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  4. Je regrette par ailleurs de n’avoir jamais pu goûter de gamay vinifié par Lilian Bauchet (qui si j’ai bien compris a fait son dernier millésime au château des Bachelards en 2013).

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  5. Merci à Madame Banyols pour ce bel article qui est un encouragement fort pour aller encore plus loin.
    Je rappelle que je suis certifiée en bio et biodynamie et que par conséquent je travaille exclusivement en levures indigènes, que je n’utilise de concentrateur sous aucune forme et que mes vins ne sont pas filtrés.

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  6. georgestruc

    Marie-Louise, votre billet est particulièrement intéressant à plusieurs titres : il dévoile un domaine
    situé dans une région qui subit depuis des années les effets pernicieux d’un désenchantement auprès des consommateurs de vins ; il projette une vive lumière sur une vigneronne qui possède une démarche forte et déterminée, il nous fait connaître des vins inattendus dont vous parlez avec tant d’enthousiasme que l’on ne peut que vouloir à notre tour les apprécier.

    Lorsqu’un vigneron offre une ample audience aux paramètres qui forment le lieu où pousse la vigne, qu’il en écoute les messages, prodigue des soins attentifs à la terre et aux ceps, se forge la personnalité d’un berger obsédé par la conduite attentive du troupeau depuis la vigne jusqu’au raisin et à la bouteille, il élabore un vin capable à son tour de nous conter ces lieux et ce parcours en vers harmonieux.

    Madame La Comtesse, vous réalisez ce que les latins auraient appelé un « Palmarius », c’est-à-dire une œuvre qui mérite la palme.

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