Spécial cavistes/wine shops (4): chez Wine Top, jeune caviste belge

Près de chez moi, c’est la grande banlieue sud, à une quinzaine de kilomètres de Bruxelles. Le magasin se situe le long d’une voie de passage très empruntée par les gens qui font la navette entre la capitale et leur lieu de résidence. Cela s’appelle Wine Top !

J’avais rencontré Jean-François Lunden à une présentation de vins et puis à Millésime Bio, accompagné d’un autre excellent caviste de mes amis, Pascal Courrel de Wine Not à Ixelles. C’est ce dernier qui nous a présenté et j’avais bien entendu promis de passer. C’est fait.

Le commerce est assez récent d’où la question :

Depuis quand et pourquoi ?

Je suis ouvert de puis deux ans. Et c’est par passion que je me suis lancer dans la fonction de caviste. Ma passion du vin s’est dès lors transformée en métier. Il y avait la volonté de continuer à apprendre le vin couplée à l’idée séduisante de rien, de zéro, pour créer quelque chose qui entretient mon engouement. Avant cela, j’ai fait plusieurs métiers, de l’import export de produits électroniques au transport en passant pas la banque.

Mais pourquoi à l’Ermite, loin du centre ?

C’est en partie dû au hasard. Je cherchais un endroit où il y avait des facilités de parking, ce qui est un problème presque insoluble à Bruxelles. Il me fallait aussi un lieu de passage pour la visibilité. Du coup, la chaussée d’Alsemberg, sur les hauts de Braine l’Alleud et de Waterloo, m’a semblé tout indiqué. L’axe est très fréquenté et la population aisée. Quoique ce ne soient pas spécialement les gens fortunés qui achètent les belles bouteilles…

Combien de références de vins proposez-vous ?

Environ 650. La France est toutefois majoritaire, mais j’essaie d’avoir des vins d’un peu toutes les régions et les cépages emblématiques. Il y a un intérêt à s’ouvrir à des goûts qu’on ne connaît pas, dont on n’a pas l’habitude. C’est ce que j’essaie de faire passer auprès de ma clientèle. S’offrir un 100% Mourvèdre ou Carignan de temps en temps permet d’explorer d’autres sensations organoleptiques. Après la France, viennent l’Italie et l’Espagne, puis le reste du monde. Et pour ces dernières origines, j’aime proposer au gens qui ont un a priori sur certaine origine de leur faire découvrir un agréable Chardonnay d’Israël ou un magnifique Zinfandel de Californie. J’aime ouvrir les horizons, mais avant de présenter un vin, je pose beaucoup de questions pour affiner la proposition.

Et en alcool ?

C’est un gros secteur. Les whiskys, les gins et les rhums font la majorité. J’essaie de me procurer des échantillons de la plupart des bouteilles que je vends pour faire sentir ou déguster les eaux-d-vie, c’est un plus ! Et je recherche des alcools qu’on ne trouve pas ailleurs ou du moins pas facilement, comme un Whisky des îles Shetland, un gin de Suède ou un rhum élevé en barrique de whisky. Mais ce n’est pas l’originalité à tout prix, quand je n’ai pas de coup de cœur, je ne référence pas le produit.

Quel est le profil des clients ?

Il y a plusieurs profils. Il y a de tout, des jeunes qui cherchent un premier prix, d’autres qui sont à la recherche de découvertes, d’autres qui veulent un vin prestigieux pour faire un cadeau. Quelques clients viennent pour un vin de tous les jours et d’autres pour un haut de gamme pour tous les quinze jours. J’ai aussi beaucoup d’étrangers, surtout des anglophones qui travaillent à Bruxelles et ses environs ou qui sont en vacances. Comme types de personnes, cela va du chef d’entreprise à la grand-mère, de la femme au foyer à la personne au gros budget comme au petit. Mais ce que remarque, c’est qu’il y a des gens qui se refusent un plaisir assuré pour une petite différence de prix et des petits salaires qui ont envie de se faire plaisir.

Les clients sont-ils demandeurs de conseil ? Notamment en terme d’accords mets et vins ?

Beaucoup de gens viennent pour trouver un vin qui va avec leur plat. Au début, c’est difficile, il faut bien cerner la question. Certains veulent mettre leur cuisine en avant et voient dans le vin un simple faire-valoir. D’autres font l’inverse et cuisinent pour mettre le vin en valeur. Et puis, plus classiquement, il y a ceux qui recherchent le meilleur accord. C’est quand le client vient à plusieurs reprises et que je commence à le connaître, à mieux le cerner que je peux mieux le conseiller. Et parfois le convaincre d’acheter ce qu’il n’aurait jamais acheté. Un exemple, ce Beaujolais vendu à un monsieur d’un certain âge qui a longuement hésité avant d’accepter et qui a été ravi, contre toute attente.

La grande surface représente-t-elle une forte concurrence pour vous?

Oui et non. Pour les gens qui recherche le prix, oui; pour qui veulent tout sous la main, oui. Mais pour ceux qui veulent avoir un conseil, un suivi, une certaine qualité, qui sont prêts à mettre un peu plus cher pour avoir un plaisir accru, non ! La grande distribution recherche le prix et la quantité au risque de l’uniformité. Ce qui est à l’opposé de ce qu’un caviste peut proposer. En plus, notre règle, c’est d’offrir du plaisir. Par contre, quand on parle Bordeaux, la concurrence est là, nous, on ne pourrait pas vendre que ça.

Avez-vous un programme de fidélisation du client ?

J’ai un système de carte de fidélité.

Qu’est-ce qui tourne le mieux ?

Un Primitivo des Pouilles; mes clients l’aiment beaucoup, car c’est un vin qui offre beaucoup de plaisir pour un prix tout à fait raisonnable (7,50 euros). Dans ce type de vins, il en a beaucoup qui sont plus chers et pas meilleurs. À part ce vin-là, il n’y a pas vraiment de vedette. Par contre, au niveau des régions, le Rhône et le Languedoc font un tabac. Quant aux Bordeaux, on me mes achète pour faire un cadeau.

Qu’en est-il des bulles ?

On a un Prosecco qui tourne bien, prix et packaging. Pour le Champagne plusieurs choses posent problème. D’une part, les Champenois exagèrent au plan des prix; et d’autre part, beaucoup de Belges vont directement s’approvisionner sur place. Mais je suis toujours en recherche d’un bon Champagne à un prix correct. Quant au Cava, on en vend très peu, à peine 10% du volume de Prosecco.

Que pensez-vous de la vogue du bio et du nature ?

Le bio, à partir du moment où le vin est bon, j’aime en avoir, c’est mieux pour notre santé et notre environnement. Il y a un mouvement de fond et c’est positif, mais il y a encore beaucoup de choses à faire pour en avoir la maîtrise. Je référence un vin bio s’il est bon et s’il me plaît, je ne prends pas du bio pour du bio. Je soulignerais toutefois, l’effet parfois curieux du bio. Quand j’ai installé les rayons, j’avais mis les vins bios dans l’entrée. Le souci, c’est que beaucoup de client croyaient que je ne vendais que ça et souvent repartait. Les vins bios sont encore pour beaucoup de consommateurs considérés comme de mauvais vins, bizarres et à l’opposé de leur goût. Un peu comme les vins nature, c’est difficile d’en vendre par chez nous, la confiance n’y est pas. Aujourd’hui, un rayon bio existe toujours, mais il est au milieu du magasin et est représentatif de la tendance bio avec un rien de nature. Mais, d’autres vins bio sont disséminés pari les autres vins du magasin.

Comment voyez-vous l’avenir du métier de caviste ?

Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour le dire, pas encore assez d’expérience. Mais j’aime cette indépendance et considère le métier comme un métier de rencontres, de conseils et de plaisirs mutuels, rien de plus agréable que la reconnaissance d’un client content de ce qu’il a bu de chez moi.

www.winetop.be

Ciao 

Marco

Une réflexion sur “Spécial cavistes/wine shops (4): chez Wine Top, jeune caviste belge

  1. georgestruc

    Tout y est, de plus fort bien dit : indépendance, rencontre, partage. Un métier de passionné, amoureux des vins qu’il propose. Pas de chichi, ou de maquillage ; du vrai, du solide…
    Merci Marco.

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