Engagez-vous, qu’ils disaient!

Qu’on le veuille ou nom, nous sommes entrés dans l’ère des influenceursces magiciens et magiciennes du web qui peuvent vous convaincre d’acheter telle couleur de vernis à ongles, tel téléphone portable, tel caleçon, voire telle voiture; d’essayer les vacances humanitaires au Bélouchistan, l’épilation laser, les champignons chinois ou le flexitarisme.

Et pour parler de vin, nous voici entourés de missionnaires auto-proclamés du « vrai vin », de ces esprits forts qui parviennent à vous faire abandonner toutes vos références, voire votre libre-arbitre, au profit d’un engagement, d’une vision, même exclusive.

Ne trouvez-vous pas curieux qu’à l’heure même où l’on glorifie tellement la diversité, la différence, l’esprit d’ouverture, on pratique en toute impunité l’exclusion dans le monde du vin? Les bio d’un côté, les non-bio de l’autre; ou bien, les biodynamistes d’un côté, les non-biodynamistes de l’autre; ou encore, les « nature » d’un côté, les non-nature de l’autre.

Ah, j’oubliais: les gros d’un côté, les petits de l’autre; le fric, toujours mal acquis, d’un côté; et la dèche, si sympathique, de l’autre. Ou encore, les ringards d’un côté et les progressistes de l’autre.

Bref, les mêmes vieux clivages que dans la politique. Clivages qui font qu’en définitive, on ne vote plus tellement pour un projet, mais plutôt contre un autre.

Clivages qui, dans le vin, font que ce n’est plus tant ce qu’il y a dans le verre qui compte, mais l’adhésion par rapport à un mode de production, une philosophie.

Je trouve cela d’autant plus ridicule que personne, parmi les influenceurs – qu’ils soient blogueurs, journalistes ou sommeliers, ne se trouve dans la cave chaque jour que Bacchus fait pour vérifier que les actes sont toujours joints à la parole, que l’engagement du vigneron est toujours sincère, que chaque cuvée répond à la définition.

Alors que par définition, le gros producteur est toujours suspect, le petit vigneron biodynamiste et nature est toujours sincère. Parce que.

Alors que, par définition, le grand cru classé est une daube de snobs, le jaja très prématurément oxydé du petit vigneron honnête est une merveille d’authenticité, qui allie le vrai goût du terroir (bactéries à l’appui) et la personnalité de l’élaborateur. Vous n’aimez pas? C’est que vous n’avez rien compris, il faut changer de disque dur – vous êtes de l’ancien monde. Pas sûr que vous soyez récupérable.

Vous pensez qu’il faut parler de tout le monde, déguster tous les vins sans oeillères, à l’aveugle, pour informer le consommateur sans préjuger de ses préférences? Vous êtes à côté de la plaque.

Arrêtez de rêver à l’objectivité, engagez-vous! Voici venu le temps des militants, de ceux qui font le tri avant de déguster. De ceux pour qui les résultats de la dégustation ne font que conforter les préjugés. Cqfd.

Vous l’avez compris, ce nouveau monde de la subjectivité assumée, revendiquée, n’est pas le mien. Je ne veux pas vous convertir, ni vous influencer. Je préfère tout goûter. Proposer. Et que chacun se fasse son avis.

Ainsi, beaucoup plus modestement, aujourd’hui, j’aimerais vous inciter à redécouvrir les vins doux.

Je lisais l’autre jour que les VDN du Roussillon peinent à se vendre. Et il en est bien d’autres dans ce cas, qui paient leur réputation de vins lourds ou pâteux, et une image de vin de grand-mère. Au point que dans les dégustations régionales où ils sont présentés (à Terroirs & Millésime en Languedoc, par exemple), je constate que bon nombre de mes confrères ne les dégustent pas.

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Comme tout cela est injuste! Pour nos bonnes grand-mères, d’abord; mais aussi, pour des vins comme ce Saint-Albert Barriques d’Or 2015.

Un peu à l’image des Bonnezeaux ou des Quarts de Chaume, les grands Pacherencs du Vic-Bilh, comme celui-ci, vendangé tardivement, réussissent en effet un tour de force: ils combinent la richesse aromatique de leurs raisins très mûrs (les deux mansengs, notamment, avec leurs superbes notes d’ananas, d’agrumes et de coing), et une belle acidité, qui leur donne un sacré dynamisme. Et quelle longueur!

Alors, pourquoi se refuser ce plaisir? Au nom de quelle mode? De quel mépris? De quelle idée préconçue? Surtout que ce vin se prête à de nombreux accords (fromages bleus, foie gras, tarte aux pommes, macédoine de fruits…). Ou même, à la méditation, tout seul, face un coucher de soleil – soleil que nous rappelle sa belle robe dorée. Vous m’en direz des nouvelles!

Pourtant, il s’agit du vin d’une grosse structure:  Plaimont; un vin même pas bio, même pas bio-dynamique, même pas nature. Mais cela, je ne l’ai su qu’après l’avoir bu.

Aurais-je dû jeter mon commentaire?

Hervé Lalau

3 réflexions sur “Engagez-vous, qu’ils disaient!

  1. Cela me rappelle un salon en Belgique, il y a une dizaine d’années. Un journaliste venu déguster m’a alors posé sa première question : « vous utilisez des levures indigènes ? ». Après ma réponse négative, j’ai cru voir un certain dédain puis aucun commentaire sur la dégustation.

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  2. J’aurai signé cent fois ce papier Hervé ! Nous vivons, après tout, à l’époque des « fake news », de la non-pensée et de l’incantation partisane, aussi bien en politique qu’ailleurs, comme dans le monde du vin malheureusement..

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