Un Fernand Vaquer 1988 pour fêter dignement les Rois !

En ce jour d’Epiphanie, j’ai voulu rendre hommage à Fernand Vaquer, qui nous a quittés en décembre dernier, à l’âge de 89 ans.

Fernand était un grand Monsieur, un vigneron légendaire, pas toujours commode mais animé par des convictions profondes : il croyait en la grandeur des vins du Roussillon, et ils n’étaient pas nombreux en ces temps là!

Sur ce même site, Michel Smith écrivait naguère: «Un caractère que ce bonhomme qui refusait l’appellation, vouant un culte sans faille aux deux cépages détestés par les instances viticoles, le Carignan et le Macabeu.»

Fernand avait fait du Carignan le cépage emblématique de son domaine, préférant vendre ses bouteilles en Vin de Table plutôt que de respecter le règlement des Côtes-du-Roussillon qui imposait que l’on se détache du Carignan au profit de la Syrah. En 1968, il fut parmi les tous premiers à mettre son rouge en bouteilles.  Pensant, qu’il avait un vrai potentiel de garde, il stockait les bouteilles dans la ferme familiale de sa femme à la montagne, à Sainte-Léocadie en Cerdagne. Et, il avait raison, aujourd’hui encore on peut déguster des vieux millésimes vinifiés par lui.

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Il me restait en cave un 1988 que je gardais précieusement, une bouteille du Roussillon qui a plus de 30 ans, c’est plutôt rare; c’est avec beaucoup d’émotion que je l’ai mise sur table.

Déclarée en Vin de Pays Catalan, la cuvée Fernand Vaquer 1988 assemble 80% de Carignan et 20% de Grenache noir, totalement éraflés. Le vin a été élevé en cuve de ciment pendant deux ans,  puis, conservé jusqu’à très récemment en Cerdagne. Après le millésime 1988, ce vin ne fut reproduit qu’une seule fois, en 1991.

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L’ouverture de la bouteille n’a posé aucun problème, le bouchon était parfaitement conservé ! Je n’ai pas osé le mettre en  carafe, mais peut-être aurais-je dû, vu sa magnifique évolution dans le verre.

La couleur était à peine tuilée, c’est le grenat qui dominait. Dès le premier nez, j’ai respiré dans le verre l’élégance… admiré la complexité du bouquet: des arômes de prune, de cuir, des petites notes de sous-bois,  de fruits secs s’en dégageaient. La fraicheur était étonnante, de délicates touches d’épices douces lui apportaient un air oriental. La bouche a été encore plus surprenante, aérienne, tendre, délicieuse encore assez corsée, mais aux tannins soyeux ! La finale persistante était marquée par les notes de fruits secs et de cuir, l’équilibre était bien là accompagné d’une jolie fraicheur. En résumé, élégance, parfum, finesse, équilibre, non nous ne goutions pas un Bourgogne, mais un Roussillon dels Aspres !

Je ne m’attendais pas à une telle réussite; toutes les bouteilles n’auront sans doute pas évolué de la même manière, mais la nôtre était magique, émouvante, pas un signe de faiblesse…qui pourrait encore affirmer après une telle dégustation que le Carignan ne vieillit pas bien? Notre bouteille aurait pu se garder encore, même si le vin paraissait à son optimum. Merci Fernand pour cet héritage!

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En ce qui concerne son accord avec les plats, je ne pense pas que  la cuisine catalane traditionnelle soit la mieux adaptée pour l’accompagner, il est bien trop délicat pour se contenter de plats certes excellents mais assez rustiques et puissants. Je préfèrerai un risotto aux cèpes, des ravioles au foie gras, ou tout simplement un filet de bœuf….

Le 1988, ainsi que certains autres millésimes plus anciens 1980 ,1985, 1986 , sont encore disponibles au domaine avec un rapport prix-plaisir difficile à battre. Une chance inouie, que de pouvoir encore se procurer cette cuvée. Aux alentours de 25€.

Domaine historique du Roussillon, fondé en 1912, le Domaine Vaquer se retrouve aujourd’hui entre les mains de Frédérique Vaquer; cette Bourguignonne, œnologue de formation, est la veuve de Bernard Vaquer, fils de Fernand, décédé en 2001. Je vous en ai parlé ici: https://les5duvin.wordpress.com/2017/06/01/frederique-vaquer-vigneronne-a-tresserre/

Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

 

 

 

3 réflexions sur “Un Fernand Vaquer 1988 pour fêter dignement les Rois !

  1. J’ai connu Fernand comme Fred est une copine, j’ai aperçu son beau-père quelques fois. Mais j’ai surtout dégusté ses vins à plusieurs reprises et toujours avec bonheur. Ils démontraient et démontrent toujours que les vins du Roussillon comme bien d’autres du sud peuvent très bien vieillir, rouges comme blancs.
    Marco

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