Le Vin de mes Amis 2019: un OFF très couru!

1539164528vdma1

Les salons marquent le rythme des années, ce sont nos saisons à nous professionnels, nos repères. Celui-là, je le considère vraiment comme incontournable, c’est un rendez-vous annuel à Montpellier, un OFF en marge du millésime BIO, organisé depuis maintenant depuis 2004 par la très courtisée Charlotte Sénat; elle a beau être devenue une star, elle reste toujours aussi accueillante.

Il faut quand même reconnaître qu’à chaque millésime, ce salon devient de plus en plus difficile de pouvoir y déguster facilement ; cette année, c’était carrément la cohue. Il est victime de son succès, les vignerons se bousculent pour y exposer et les dégustateurs s’y pressent toujours plus nombreux. Alors, me direz-vous, qu’est-ce qui fait le succès de ce salon ?

En tout premier lieu la qualité des vins des vignerons exposants,  des vignerons stars de leur appellation, travaillant en bio, l’ambiance,  la «qualité ou la notoriété des dégustateurs» si tant est qu’elle est mesurable ; et enfin sa pérennité. Le cadre peut-être aussi, Verchant est un endroit assez cossu pour ceux qui veulent y passer la nuit. D’année en année, les uns (vignerons) et les autres (professionnels) y reviennent, s’y retrouvent dans une ambiance amicale ou faussement amicale, on fait beaucoup semblant de «s’aimer», mais on est aussi contents de se retrouver, car comme dirait l’autre, nous sommes entre nous. Il s’est formé une espèce de caste et tant pis pour ceux qui n’en font pas partie, avec un peu de patience et de persévérance ils y accèderont si c’est leur objectif…

Dès l’arrivée, on se reconnait, on s’embrasse, on échange quelques mots et ainsi de suite. Retrouver nos amis vignerons, déguster les nouveaux millésimes, partager de nouvelles bouteilles, mais surtout confirmer les allocations et espérer en rentrer de nouvelles…

Charlotte a eu l’intelligence d’ouvrir à quelques domaines étrangers, pas assez à mon avis, mais elle se heurte surement à un problème de place et peut-être de concurrence.  Un seul domaine pour le Portugal qui aujourd’hui est en plein expansion, 4 pour l’Italie – Elisabetta Foradori et 3 Toscans, un Chianti en la personne de Silvio Messana (Montesecondo) et Laura di Collobiano (Tenuta di Valgiano), Giulia Zanellati (Ampeleia). Quant à l’Espagne, elle n’était représentée que par 2 Rioja, l’excellent Olivier Rivière et le domaine Moraza, un Emporda, le Celler Cosmics que je vous raconterai un jour. Manquaient la Galice, le Bierzo et la Ribera del Duero ! Charlotte surfe quand même sur la tendance des vins secs de Jerez avec la participation de Muchada/Léclapart, et c’est d’eux, principalement, dont je vais vous parler aujourd’hui.

LISTE DE PRODUCTEURS

Pas de tour d’horizon, donc cette fois-ci, mais un arrêt sur image sur les vins blancs secs andalous, un style qui émerge aujourd’hui et qui plait beaucoup aux professionnels en attendant de convaincre le public.

Muchada/Léclapart

20190127_113822

L’histoire

Quand Alejandro Muchada était un étudiant en architecture à l’université de Séville, en 2011quand il a fait les vendanges en Champagne chez David Léclapart, l’un des principaux défenseurs de la biodynamie. En 2013, lors de vacances à Sanlúcar, Léclapart est tombé amoureux de la lumière du sud et des sols d’albariza, si semblables à la craie de la Champagne. Alejandro n’appartenait pas au monde du vin, mais la vigne l’intéressant beaucoup, il a commencé à apprendre à tailler, à élaguer … Avec le soutien, l’expérience et l’exemple de son ami David, Alejandro Muchada a décidé de devenir viticulteur à temps plein avec deux petites parcelles qu’il avait louées. En 2016,  ils ont décidé de lancer un projet ensemble. Aujourd’hui, avec David, ils possèdent une petite cave louée dans le haut de Sanlúcar, lls travaillent trois hectares de vignes de palomino et de muscat – principalement de plus de 50 ans, en sélection  massale – et, en agriculture biodynamique. Les parcelles sont situées à Pago Miraflores (Sanlúcar) et à Pago Abulagar (Chipiona). Ils élaborent une demi-douzaine de vins secs  sans voile et non mutés (dont un pétillant  ancestral réservé à l’Espagne) : ils  cherchent l’expression et l’authenticité du palomino et de « l’albariza ». Léclapart se rend à Sanlúcar pour la récolte, la mise en bouteille et d’autres occasions ponctuelles pendant l’année, tandis qu’Alejandro gère le projet au jour le jour.

Les vins

20190127_114126 (1)

Tous leurs vins sont vinifiés  par parcelle et par cépages. La récolte est manuelle, elle a lieu tôt le matin dans les mêmes caisses qu’en Champagne, après pressurage dans un pressoir horizontal, la fermentation se déroule dans des cuves en acier massif revêtues de peinture céramique  et sans équipement de froid (deux climatiseurs refroidissent l’atmosphère). Ils ajoutent seulement 3g / hl de soufre lors du pressage et les vins ne sont ni filtrés ni clarifiés. Pourtant, Muchada et Léclapart ne définissent pas leurs vins comme naturels. « Nous n’aimons pas les vins qui ne sont pas corrects, qui ne sont pas propres ou qui ont une acidité volatile élevée.

UNIVERS 2017

Un  100% palomino fino et palomino california, un assemblage des jeunes vignes issues de la Platera, vinifié en cuve acier. Au nez des arômes fruités, très aérien. La bouche est différente, intense, avec une finale saline. Un blanc très surprenant  et inattendu. (4.000 bouteilles, 28,95 €)

LUMIERE 2017

Encore un 100% palomino mais d’une autre parcelle de 60 ans issu de la Platera, vinifié et élevé 9 mois en barriques bordelaises. Ni collé, ni filtré, il manque un peu de limpidité. C’est un vin très salin, d’ailleurs la salinité en est le support. (6500 bouteilles, 57,95€)

ELIXIR 2017

Composé à 40% de muscat issus de Chipiona, des ceps de 40ans, de la parcelle El Camino del Puerto du Pago d’Abulagar, et à 60% de palominos de plus de 60ans, du vignoble de la Platera, du Pago de Miraflores. Fermenté et vinifiéen barriques bordelaises âgées de 4 ans. Le muscat ne s’y montre pas trop exubérant, il est tempéré par le palomino, ça donne un vin élégant, dont la finale est marquée par des agrumes et une très jolie amertume. 4000 bouteilles, 45,70€

ETOILE 2017

Un 100% palomino issu de ceps de plus de 60ans du vignoble Miraflores, fermenté et vinifié dans des « bota » de Jerez. Le 2018 sera filtré pour que le vin soit plus éclatant. En bouche, un côté oxydatif très léger, toujours de la salinité et beaucoup de personnalité. (2500 bouteilles, 45,70€)

20190127_113850

Une très jolie dégustation, j’ai trouvé des vins élégants, longs, salins, droits et purs avec beaucoup de personnalité.  Toutefois, les prix sont un peu élevés, mais la production étant faible ils n’auront pas, je pense de mal à les vendre, la notoriété de Léclapart devrait aider.

Autre découverte « bluffante », en tout cas en ce qui me concerne, les vins de Dominique Andiran :

20190127_135556.jpg

Domaine Haut Campagnau

20190127_135659

Un vignerons des Côtes de Gascogne qui travaille en bio depuis son installation. En dehors du personnage qui est très sympathique, ses vins sont francs, complexes et d’un excellent rapport qualité/prix dans toutes les couleurs. Je n’ai pas tout gouté car je cherchais des oxydatifs, or il a 3 cuvées très étonnantes. La Cuvée Montis Régalis est un blanc sec issu de chardonnay, cuvée exposée à la lumière, l’oxydation y est assez douce, un vin de garde long et complexe (11,50); le Ruminant des Vignes 2013, un gros manseng issu de 3 ties, élevage en fût non ouillé avec formation d’un voile, il a moins de 1g de sucre, c’est un oxydatif sec (31,90€).  Les Pissenlits, gros manseng aussi, élevage en fût non ouillé avec formation d’un voile où il restera 9 ans (48€). Ces deux dernières cuvées offrent une très grande complexité, gras, puissance, bouquet. Dominique c’est certain maitrise l’élevage oxydatif. Ses blancs oxydatifs sont impressionnants, je les ai gardé longtemps en bouche. C’est du grand art, n’ayons pas peur des mots. Je me demande comment j’ai pu passer à côté les années précédentes. « Que fallo » comme ils disent en Espagne. Une révélation, j’ai hâte de goûter ses autres cuvées.

Impossible de repartir, sans aller saluer Les Enfants sauvages, Didier Barral, Thomas Pico, Christophe Peyrus, les Arena, les Breton, Pascale Aubéry, et j’en passe la liste est exhaustive et terminer par les excellents champagnes de Jean-Hervé Chiquet (Jacquesson) et de Bertrand et Hélène Gautherot (Vouette & Sorbée).

Quelques photos…

20190127_122126.jpg
Les Enfants Sauvages
20190127_133138
Celler Cosmic

50628600_10215452287239424_625699296766853120_n

Merci à Charlotte pour tous ces bons moments de dégustations et de rencontres!

D’autres salons se sont imposés autour de Millésime Bio, complémentaires et tout aussi incontournables, je veux parler des Affranchis et de Biotop. Cette année, je n’ai pas pu aller à Biotop, mais j’ai fait une courte apparition aux Affranchis, le temps de découvrir 2 domaines dont j’aurai l’occasion de vous reparler.

20190127_164555
Domaine des Terres blanches, Céline et Benoît Blet, un étonnant chardonnay sous voile , sur l’aire d’appellation du Thouarsais à Oiron
20190127_161513 (1)
Domaine Mercati, Paolo, un  vin grec sous voile, à partir des cépages robola et pavlos,  très belle acidité et finale longue. La fine oxydation apporte une très belle complexité avec beaucoup de fond

Je n’ai pas pu participer à Millésime Bio, je le regrette, mais on ne peut être partout.

Hasta pronto,

MarieLouise Banyols

7 réflexions sur “Le Vin de mes Amis 2019: un OFF très couru!

  1. georgestruc

    Que de belles choses à découvrir !! pas pu me libérer cette année encore pour aller à Millésime bio et au moins à l’un des offs; quelle richesse ! merci de nous faire partage ces quelques coups de cœur ; ceux qui m’interpellent le plus sont : le Ruminant des Vignes 2013 et Les Pissenlits. Ce mode d’élevage oxydatif est tout à fait « magique ». Hélas trop peu d’amateurs les achètent. Survivront-ils ??

    J'aime

    1. Dominique avait l’air de dire que ces vins là se vendaient bien, les quantités produites sont faibles. Il sera présnt au salon Be Ranci, 2ème renconre européenne des vins oxydatifs, ce mois d’octobre prochain à Perpignan.
      Amitiés,
      MLB

      J'aime

  2. Le souci des salons de vins aujourd’hui, ce sont les off. Souci pourquoi? À cause de la frustration que génère le choix d’aller là ou là, en plus ou pas du salon officiel. Cela doit représenter presque, offs et officiel confondus, pas loin de 1.500 domaines/vignerons. On se retrouve devant autant de possibilités en sachant qu’on n’en fera même pas un dixième. Moi, j’ai opté pour l’officiel Millésime Bio et j’ai dû faire en deux jours une grosse vingtaine de domaines, c’est rien. Marco

    J'aime

  3. Mais ça n’est pas nouveau, ça fait des années que ça dure, mais c’est vrai qu’il y en a de plus en plus.Moi j’ai opté pour les OFF.Bref, à tous les deux, on couvre presque l’ensemble.
    amitiés, MLB

    J'aime

  4. Merci Marie Louise pour ce très joli article… cependant quelques petites rectifications : il y avait deux domaines portugais présents : Luis Seabra et Joaquim Almeida… et en étranger tu as oublié nos amis suisses Raymond et Violaine Paccot du domaine de la Colombe. Au total donc une dizaine de domaines sur 93 domaines … c’est pas si mal! Les sollicitations ne manquent pas… surtout par nos amis espagnols, italiens… la question qui se posent est pourquoi ils n’arrivent pas à bien vendre leurs vins chez eux? Ma politique reste de maintenir une majorité de vignerons français au vin de mes amis… et en particulier du Sud. C’est notre identité.
    Je suis heureuse que tu aies découvert notre ami Domino qui fait les dégustations avec nous depuis plus de 10 ans! Comme quoi les découvertes ne se font pas que dans la nouveauté!
    J’essaie de faire au mieux… et de garder un groupe qui n’est pas soudé qu’en apparence. Ça s’appelle le vin de mes amis… c’est une dégustation qui a aussi lieu à Paris fin novembre. Et ce nom n’a pas été choisi par hasard!
    Merci en tout cas de ta fidélité… et le lundi est toujours plus calme que le dimanche… donc peut être privilégier ce jour là la prochaine fois…

    J'aime

    1. Merci Charlotte pour ces rectifications et c’est vrai que 2 jours ne seraient pas de trop pour ce Salon. Je n’ai pas de problème à reconnaitre que je passe à côté de beaucoup de vignerons, mais tu sais bien que quand on est en activité, la priorité va aux vignerons avec lesquels on travaille, et seulement s’il reste du temps ou si on a un besoin particulier on va voir les autres,
      Tu as bien fait de préciser que tu voulais maintenir une majorité de vignerons français et principalement du Sud, je l’ignorais. Si les vignerons étrangers veulent être présents, ça n’est pas parcequ’ils n’arrivent pas à vendre leurs vins chez eux, tout au contraire, souvent ils n’ont rien à vendre, c’est simplement que pour eux, je parle surtout pour l’Espagne, la reconnaissance de la France est aussi importante voire plus, que celle de leur pays.
      Je suivrai ton conseil, je viendrai le lundi. J’ai quand même eu le temps de gouter vos vins à la Dive et de parler (un peu) avec ton mari.
      Amitiés,
      MLB

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.