Un hôtel qui aime le vin

A Chavannes-de-Bogis, entre Genève et Nyon, mais à un jet de pierre de la frontière française (littéralement), l’Hôtel Best Western draine une clientèle d’hommes et de femmes d’affaires venus du monde entier, en plus d’habitués suisses ou français. Ce grand complexe peut accueillir des séminaires et ses vastes salles et terrasses (avec vue sur le Léman) offrent une restauration de qualité – sans oublier le vin, bien sûr. Si l’on ne vient pas ici pour l’architecture du bâtiment, plutôt austère, mais plutôt pour sa situation, à la fois proche du lac et et de l’aéroport, en campagne mais pas trop loin de la ville, on peut y revenir… pour sa carte.

Christoph Zen Ruffinen

Car son directeur, Christoph Zen Ruffinen, est un passionné de vin doublé d’un excellent marketteur. C’est pourquoi il a choisi de mettre en avant la boisson de Bacchus – les murs de la réception qui mènent aux restaurant donnent déjà le ton, on y trouve une carte géante des vignobles suisses, Et la déco du restaurant lui même est dans le même thème.

Pour titiller – et on l’espère, séduire – ses clients étrangers, l’hôtel met l’accent sur les vins du pays, au travers de vignerons connus, de vins d’auteurs. Le nom du restaurant est déjà une invitation au voyage, puisqu’il s’appelle 26 sur Vin, en référence aux 26 cantons de la Confédération.

Carte tournante

Et pour animer le tout, la carte tourne régulièrement : chaque quinzaine, une carte spéciale est éditée, qui présente les vins d’une région en particulier – j’y suis passé à deux reprises, et j’ai ainsi pu apprécier la sélection de vins de la région des Trois Lacs, puis celle des Grisons, et leurs étonnants pinots noirs (entre autres). Les prix? Plutôt sages, car l’hôtel marge raisonnablement. A noter que cette carte comprend aussi quelques vins au verre (mais locaux, cette fois).

Le système fonctionne, car il suscite la curiosité, et comme les vins sont choisis avec soin (en collaboration avec Swiss Wine), les clients apprécient.

L’autre originalité, c’est que Chavannes se trouve en zone viticole, à l’entrée de La Côte, tout près de Founex (Vaud) et pas très loin du vignoble genevois. Ce qui n’empêche pas l’hôtel de sortir du local, donc -on est toujours le local de quelqu’un, un vin suisse peut sembler local pour un client étranger, mais s’il vient d’un autre canton, c’est déjà presque un étranger pour les habitants du lieu.

Mais le Best Western n’en a cure, et gageons que même les vignerons de la région sont heureux, de temps à autre, de pouvoir y découvrir des vins d’autres terroirs de Suisse.

Cet excellent Savagnin Rose de Vully (Fribourg) est proposé à Chavannes de Bogis, bien loin de ses bases

« Bordelais maître chez toi »

Association d’idées, je repense à cette réaction d’un élu bordelais qui s’offusquait de ce que l’on serve autre chose que du Bordeaux dans les hôtels de la ville.

Mais a-t-il pensé à tous les Chinois, tous les Russes et tous les Japonais, qui, passant 2 jours à Bordeaux pour un séminaire, pour une transaction, ou en voyage organisé du type « L’Europe en deux semaines », auraient envie de se faire une idée d’autres vins, d’autres cépages, d’autres coutumes que celles de Bordeaux –  et de même, seraient-ils condamnés à ne manger que de la lamproie au vin des Côtes de Bourg, de l’agneau de Pauillac, du bœuf de Bazas et des cannelés à tous les repas ? Même les Bordelais pur jus ne s’imposent pas un tel régime ! Pas plus que les Normands ne se nourrissent que de crêpes arrosées de Calvados ou les Bretons de homard au chouchenn.

Renouveler le plaisir

Bref, comme client, je trouverais tout à fait délectable qu’un restaurant de Beaune me fasse découvrir, au moyen d’une carte qui change régulièrement, non seulement les différentes appellations de la Côte-de-Beaune, mais aussi celles des autres zones de la Bourgogne, et d’autres régions de France, pour autant que les vins soient bien choisis. Idem pour les restaurants de la Loire, de l’Alsace, du Sud-Ouest, du Languedoc, de Toscane, de la Rioja ou du Douro.

Ce serait aussi là, pour les habitués, une façon de renouveler le plaisir. Alors, bravo M. Zen Ruffinen.

Hervé Lalau

PS. Et puisqu’on parle de la Suisse, un grand coup de chapeau à la Cave du Mont d’Or à Sion, dont le Cornalin Vieux Cachet 2017 vient de s’adjuger la meilleure note jamais attribuée aux Vinalies Internationales de Paris: 99/100.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

4 réflexions sur “Un hôtel qui aime le vin

  1. Une histoire Vraie. Cela se passe il y a 4 ou 5 ans. L’ancienne cuverie de la coop. de Vacqueyras avait été transformée en restaurant gastronomique. l’ambiance y était bizarre: on avait installé les tables dans les anciennes cuves, percées à cet effet, et on avait tendu des voiles de séparation, utilisant des lumières (néon) de couleurs vives pour l’éclairage. Le chef y avait obtenu un macaron Michelin et les échos locaux recueillis étaient enthousiastes au sujet de sa cuisine.
    Alors que nous arrivions, bien en avance, à un RV avec le jeune sommelier, une préposée de la cave nous a ouvert (l’entrée est commune avec la salle de vente). A la vue de mon carton d’échantillons, cette femme pourtant aimable m’a déclaré: « Installez-vous, même si cela me fait mal de voir ça ». Le sommelier a apprécié les vins et nous a demandé quelques jours pour faire son choix. Lorsque Christine lui a retéléphoné, il lui a répondu que « les propriétaires » refusaient qu’on mette encore à la carte des vins étrangers à leur appellation.
    Le restaurant n’existe plus, aux dernières nouvelles.

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  2. Evidemment d’accord avec ce thème. Tu as le nom de l’élu bordelais débile ?

    A propos des vins suisses, nous avons eu à ma table lors du concours Vinalies une belle série de blancs suisses, dont trois ou quatre vins doux. J’ai même donné la plus forte note dont j’ai le souvenir d’avoir attribué pendant un concours à une des ces liquoreux (99/100). Mes collègues de table furent moins génreux mais il a du recevoir une médaille d’or tout de même. Je trouve très frustrant de ne pas connaître son identité car, à la différence d’autres concours, on ne vous donne pas la liste des vins après la séance. C’est une reproche que j’ai fait aux organisateurs. Il suffirait de mettre cette liste dans une enveloppe cacheté et de ne le distribuer qu’après chaque séance. Ils ne paient pas les dégustateurs non plus, mais c’est très français cela !

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