Préférence européenne: et les vins?

En réponse au discours sur l’Europe du Président Macron, le chef de file des Républicains français, Laurent Wauquiez, appelait la semaine dernière à « un protectionnisme européen ».

Pour lui, il faut « cesser de privilégier l’intérêt potentiel du consommateur en ouvrant toujours plus notre marché intérieur, pour enfin privilégier nos emplois et les stratégies qui feront grandir nos champions ».

Dans le monde du vin, cette déclaration d’intention, si elle devait être mise en application, se heurterait cependant à un mur de faits économiques. De très gros clients de la France, pour des segments très porteurs comme le Champagne, le Bourgogne, le Cognac ou les grands crus de Bordeaux, se trouvent hors de l’Union européenne (Etats-Unis, Chine, Singapour, Canada, Japon… et demain sans doute, Royaume-Uni).

Les principaux marchés du Champagne à l’exportation en 2017

Sur-taxer les produits de ces pays au nom d’une préférence européenne, qui conduirait sans doute à des mesures de rétorsion de leur part, pourrait nuire gravement à nos exportations. Un sujet d’autant plus préoccupant que la consommation française de vin est à la baisse. Quant à celle de Cognac, elle est ridiculement basse: dans le même temps où nos exportateurs parvenaient à convaincre les rappeurs américains et les tycoons singapouriens d’adopter notre XO, ses ventes n’ont jamais décollé chez nous, au point qu’il est plus facile de trouver du Bourbon, du Tennessee Whiskey ou du rhum de la Jamaïque qu’un Cognac de qualité dans les rayons de la GD.

Attention, donc, à ne pas ouvrir la boîte de Pandore des tarifs douaniers.

D’autant qu’il y a un autre moyen: l’information. Dans le contexte du réchauffement climatique et de la prise de conscience écologique des Européens, l’Union pourrait peut-être financer des campagnes qui incitent la population à éviter d’importer de très loin des produits que nous produisons près de chez nous – que ce soit au sein de l’Europe ou en dehors, d’ailleurs.

Car cette problématique dépasse les frontières politiques: à moyens de transports égaux, le coût écologique de l’importation d’une bouteille vin de Suisse à Lyon ou d’une bouteille de Schnaps de Baden à Strasbourg est inférieur à celui d’une bouteille de Bordeaux expédiée à Paris ou à Lille, par exemple.

Mais pour des pays plus lointains, il faudrait faire un bilan plus précis: transporter 24 bouteilles en camionnette de Nantes à Brest pollue peut-être plus, à la bouteille, que d’acheminer un conteneur de vins kiwis depuis Auckland ou Wellington (même si’l reste bien entendu à le faire arriver du port au point de consommation).

Une autre question se pose, cependant, à ce sujet: avons-nous vraiment besoin, en Europe, d’importer des Antipodes du Sauvignon que nous produisons abondamment en Loire, à Bordeaux, en Pays d’Oc ou en Autriche?

On le voit, il est souvent plus facile de trouver un slogan que de l’appliquer.

Hervé Lalau

 

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