Qu’importe le contenu, pourvu qu’on ait l’audience

D’une étude américaine apparemment sérieuse qui tente de déterminer les facteurs génétiques qui nous font choisir telle ou telle boisson, du thé au café en passant par les jus de fruits, le vin ou les alcools forts, tout ce que le titreur de Sud-Ouest a retenu, c’est que les amateurs de bière et de vin rechercheraient d’abord l’ivresse, et non le goût.

Vous avez-dit réducteur? Mais Sud-Ouest n’a fait que reprendre la dépêche AFP, qui, bien sûr, doit appâter le lecteur… Si l’on avait mis en avant que les jus de fruits et les sodas contiennent trop de sucre, ça aurait été beaucoup moins sexy, et puis, les limonadiers sont de bons annonceurs.

Le résumé de l’étude, tel que publié sur le site Human Molecular Genetics, est en effet beaucoup moins affriolant.

Vous remarquerez que le rédacteur (anonyme) de Sud-Ouest n’a pas jugé utile de personnaliser l’article, de lui apporter un éclairage régional, en parlant, par exemple, des grands liquoreux de sa région (Sauternes, Monbazillac, Jurançon…) qui allient le sucre à l’alcool – au fait, les boit-on pour le sucre ou pour l’alcool? Ou d’un goût particulier des Gascons pour tel ou tel type de boisson…

Mais c’eût été trop demander. Et puis, il y a-t-il seulement un rédacteur au numéro que vous avez demandé, ou ce genre de dépêches sont-elles achetées au poids, et mises en page automatiquement?

On en rigolerait presque, si ce n’était pas la n-ième attaque de la presse généraliste contre les boissons alcoolisées – l’angle est un peu différent, cette fois, il est vrai, il s’agit de bien faire prendre conscience aux buveurs qu’il n’y a pas de consommation anodine, de consommation à visée culturelle ou esthétique. Non, tous autant que nous sommes, nous voulons l’alcool, la pochtronnade, voire la gueule de bois.

Désolé, mais ce n’est pas mon cas. J’ai toujours su m’arrêter avant l’ivresse, la perte de contrôle, une impression que je déteste, personnellement. Alors, où suis-je dans l’étude, dans quelle catégorie génétique est-ce que je me cache?

Et puis, qui me dira pourquoi les arômes de certains vins me rebutent, et m’empêchent donc de profiter de l’effet alcoolique prétendument recherché; ou encore, pourquoi j’aime le goût du café, mais je déteste celui du thé, si c’est la caféine qui devrait me guider.

J’attends avec impatience l’étude qui m’expliquera pourquoi certains journalistes ont le goût du sensationnel plutôt que celui de l’information pure et dure.

Hervé Lalau

Une réflexion sur “Qu’importe le contenu, pourvu qu’on ait l’audience

  1. Marc Oligau

    Presse herbe à moutons insipide et toutes pareilles d’un champs à l’autre.. misant sur le drame le sensationnel l’émotion bon marché. .. Comment ne pas se réjouir de sa disparition progressive (malheureusement remplacée par des médias tout autant insignifiants)

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