Isabelle Saporta, journaliste et engagée

Aucun regret. Aucun remords. Ce n’est pas le genre de la maison.

La journaliste Isabelle Saporta, qui est en couple depuis deux ans avec le candidat écologiste aux élections européennes, vient de démissionner de son poste de chroniqueuse sur RTL parce que ce lien a été révélé. Dans la foulée, elle se lance en politique (officiellement, cette fois) au côté de son conjoint.

Mais elle n’a rien à se reprocher car c’est une «journaliste engagée».

Journaliste et engagée – comment concilier les deux dans le respect d’une déontologie qui met au pinacle la recherche de la Vérité?
Oh mais c’est très facile! En considérant que la fin justifie les moyens, que conviction vaut droit.
Et puis, qu’est ce qu’on risque quand les collègues ont à peu de chose près les mêmes tendances que vous, ou ferment opportunément les yeux?

Ainsi, Libération a offert à Mme Saporta une tribune après sa démission, relayant ses prétendues justifications; elle a tellement peu de regrets qu’elle attribue son départ forcé à une forme de sexisme: c’est la femme Isabelle Saporta qu’on viserait! Plus c’est gros et mieux ça passe. Qu’il émane d’une femme ou d’un homme, du mari de Mme Buzyn ou de la concubine de M. Jadot, le conflit d’intérêts reste un conflit d’intérêts!

Comment croire que ses chroniques (y compris celles diffusées durant la dernière campagne des Européennes) n’ont pas été orientées? Juste un peu? Les réécouter, c’est d’ailleurs répondre à la question: Mme Saporta passait pour une experte, elle était surtout une propagandiste. Et dire qu’elle-même venait nous faire la morale, naguère, accusant les journalistes du vin de compromission.

Mme Saporta, je me fiche bien de votre sexe et de qui vous fréquentez. Et même, en définitive, de vos opinions politiques qui ne regardent que vous. Ce que je ne supporte pas, c’est que vous me les imposiez, en voulant me faire croire qu’il s’agit de faits ou de dogmes; alors que j’estime avoir le droit d’avoir une information non biaisée. Le droit à ce que vous travailliez vos sujets en toute indépendance, et non, comme avec votre Vinobusiness, (le film et le « reportage »)  que vous n’écriviez qu’à charge et en brodant sur le canevas de vos préjugés, en apportant les témoignages qui étayent vos thèses et en écartant les autres.

Quel dommage pour toutes les fois où, parmi tout ce que vous dénoncez, il vous arrive d’avoir raison!

Votre démission forcée, dont vous n’assumez même pas les raisons pourtant évidentes, prouve que vous êtes toujours dans la même logique de propagande décomplexée.  Vous portez votre engagement comme une médaille alors qu’il est pour moi la marque d’un dévoiement de notre métier.

Ces derniers temps, on parle beaucoup des fake news diffusées par les réseaux sociaux. Il faudrait aussi aborder le problème de l’information orientée, du choix des angles par de vrais journalistes dûment encartés.

Ce deuxième sujet me semble au moins aussi grave, car il a affaiblit grandement la crédibilité de ceux qui sont justement censés faire le tri entre le vrai et le faux, donner au public les clefs pour comprendre les faits, en les leur présentant sans fard ni filtre. Je parle des journalistes. Pas des engagés.

En définitive, Mme Saporta, je ne peux que me féliciter de votre décision de porter vos idées dans la sphère politique. Vous y êtes à votre vraie place.

Hervé Lalau

 

13 réflexions sur “Isabelle Saporta, journaliste et engagée

  1. Oui Hervé, c’est bien dit encore une fois. Marre des ces soi-disants « reportages » qui ne sont que des documents agitprop (agitation et propagande).La malhonneteté intellectuelle ne trouve pas d’excuses valables dans une cause quelconque, même défendable, dès lors qu’elle est présenté sous couvert de « reportage » sensé donner un portrait de la réalité.

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  2. Nadine Franjus

    Cher ami votre article est clairement engagé, on comprend aussi que l’engagement d’Isabelle Saporta n’est que la suite inéluctable de ses enquêtes. C’est une forme de lucidité que d’admettre son engagement partial et de choisir de défendre une cause au sein d’un mouvement politique. La question que pose cet article est celle de la définition de la propagande aujourd’hui. Quand s’arrête l’objectivité alors que la sensiblerie et le sensationnel donnent le ton aux médias? Les journalistes dont tu parles, qui font le tri entre le vrai et le faux, ont-ils encore une place dans les médias?

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    1. Nadine, je n’aurais pas la vanité d’appeler cela un article. C’est plutôt un billet d’humeur.

      Je me suis senti attaqué, il y a deux ans, par ce qu’elle a dit des journalistes viticoles, qui mangeraient tous dans la main des Bordelais; je me suis donc fait un devoir de faire constater que depuis deux ans, elle mange souvent avec M. Jadot.

      Maintenant, la thématique du journalisme et de l’engagement (politique) mérite mieux que cela.
      J’ai fait l’école de journalisme, et je connais la Charte de Munich des devoirs du journaliste.
      J’en extrairai deux points qui me semble s’appliquer:

      -Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.
      -Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui du publicitaire ou du propagandiste.

      Pour faire bonne mesure, j’ajouterai la Charte d’Ethique du Syndicat national (français) des Journalistes, qui, entre autres stipule qu’un journaliste digne de ce nom :

      • Tient l’esprit critique, la véracité, l’exactitude, l’intégrité, l’équité, l’impartialité, pour les piliers de l’action journalistique ; tient l’accusation sans preuve, l’intention de nuire, l’altération des documents, la déformation des faits, le détournement d’images, le mensonge, la manipulation, la censure et l’autocensure, la non vérification des faits, pour les plus graves dérives professionnelles ;
      • N’use pas de la liberté de la presse dans une intention intéressée ;
      • Refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication.
      • Ne confond pas son rôle avec celui du policier ou du juge.

      Malgré toutes ses dénégations et ses tentatives pour faire changer de sujet en se posant en victime d’une prétendue misogynie (thème récurrent chez elle dès qu’on est pas d’accord avec elle), je ne pense pas qu’elle ait pu maintenir l’impartialité adéquate, et d’ailleurs, elle ne le prétend même pas. Alors, une fois pour toute, je le dis: le journaliste doit informer, pas orienter. Présenter les faits avec objectivité, ou s’il s’agit d’opinions, permettre à toutes les opinions de s’exprimer, ne pas se prendre pour le juge suprême de la pensée.

      Moi, si cela m’arrive de sortir de mon rôle, je l’affirme, c’est à mon corps défendant; par erreur ou par omission. Mme Saporta n’a pas de ces pudeurs. Et je crains bien qu’il y ait beaucoup plus de journalistes comme elle que comme moi; peu importe, je continuerai à défendre ma conception d’un journalisme en quête d’objectivité, même si le combat est perdu d’avance.

      Merci de ton attention.

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    2. adelinebrousse

      Heureusement, et évidemment que les journalistes qui font honnêtement le boulot ont leur place. J’invite d’ailleurs ceux qui ne sont pas de cet avis à rendre leur carte de presse. Information et propagande ne sont pas compatibles. Cette association est même mortelle pour la démocratie. Point barre.

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  3. Nadine Franjus

    Merci pour ta réponse et continue les billets d’humeur (faudrait-il le spécifier?). C’est bien dommage que la Charte de Munich ne soit lue que lors de la remise des diplômes et que la Charte d’éthique du syndicat des journalistes ne soit pas régulièrement diffusée auprès de ses adhérents.

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    1. adelinebrousse

      Ah ! là, je suis d’accord. Il faudrait même la faire signer à nouveau tous les ans, avec chaque demande de renouvellement de la carte de presse…

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  4. georgestruc

    Ah, Hervé, quelle exceptionnelle mise au point !! Jeter la lumière sur des faits dans le but d’éclairer le lecteur, s’interdire le parti-pris sans pour autant se priver d’exposer clairement des choix personnels et les présenter comme tels afin de lever toute hypothèque, voilà un engagement professionnel qui devrait être le moteur du journalisme. Aujourd’hui, la recherche du sensationnel, de ce qui fait le « buzz », constitue hélas 75 % (et je suis modeste) des articles de la presse écrite et télévisuelle. Le temps des libelles est revenu…

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  5. denisboireau

    Tout cela est bien beau mais qu’est-ce qu’une information objective?
    Par exemple parler de vin en ne parlant que du gout, n’est-ce pas une information biaisee? un dogme?
    Pour beaucoup de consommateur une information non partisane devrait aussi parler du prix, de l’impact sur la sante de ceux qui le produisent et sur ceux qui le boivent, du type d’entreprise qui le produit, toutes choses qui apparaissent fort rarement dans la presse du vin.
    Bref, chacun voit l’objectivite journalistique a l’aune de ses convictions; Isabelle comme Herve.

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  6. Non, Denis, je ne peux pas être d’accord avec ça.

    Les éléments de prix n’ont rien de caché dans nos dossiers. Les consommateurs y ont accès, une simple recherche google leur permet aujourd’hui de le connaître (et souvent, nous le fournissons nous-mêmes le lien). Si nous ne le mettons pas toujours en toutes lettres dans les articles, c’est que nous avons des lecteurs dans plusieurs pays, et que le prix est rarement le même partout – voyez ce qui se passe entre la France, la Suisse et le Québec, par exemple.

    Cachés, par contre, les liens politiques de Mme Saporta l’étaient bel et bien (cachés des auditeurs, en tout cas, car j’ai du mal à croire qu’aucun journaliste ou politique n’aient rien su, et c’est un autre problème).

    Tout le reste, l’impact sur la santé, l’environnement, le type d’entreprise, ce n’est pas le sujet d’une chronique qui relate une dégustation, nous ne nous y engageons pas à une étude comparative des conditions d’élaboration, nous jugeons du résultat. Celui ou celle qui en attendrait autre chose se tromperait d’article. C’est on ne peut plus clair. D’ailleurs, comment connaîtrions-nous ces éléments quand nous dégustons à l’aveugle?

    Pour en tenir compte, il faudrait que nous ne dégustions que des vins d’un certain mode de production (au moins supposé, car nous ne sommes pas des certificateurs), que nous sélectionnions en amont les producteurs dont nous jugeons les vins; ou bien que nous éliminions des vins a posteriori, pour des raisons extérieures à la qualité du vin telle que nous l’avons jugée.

    Dans les deux cas, cela participerait d’engagements (en l’occurrence, pour les entreprises bio, pour les petites structures, pour telle ou telle tendance politique ou philosophique) qui n’ont rien à voir avec la charte du journalisme.

    En l’état actuel, nous proposons une analyse du goût du vin; à l’aveugle, nous nous soustrayons à l’influence de la notoriété du vin, et à tous les facteurs extérieurs qui pourraient nous empêcher d’accorder à chaque vin l’attention qu’il mérite, pour le contenu de la bouteille.
    Ensuite, rien n’empêche chaque consommateur de faire son propre tri en fonction des éléments qui le préoccupent lui; le logo bio, par exemple.
    Mais au moins, je n’aurai pas préjugé de ce qu’il aime ou pas, ou de ce qu’il doit aimer ou pas.

    C’est en cela que je me refuse à entrer dans le même sac que Mme Saporta.

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  7. Je souscris à 100% à tout ce que dit Hervé dans cet article, comme dans ses réponses. Et je n’ai pas fait l’école de journalisme, plutôt la buissonnière..enfin, si l’on veut..

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