Riesling de l’Eifel

Je ne vous remettrai pas une deuxième couche à propos des Cisterciens et de leur essaimage à travers l’Europe médiévale, thème déjà abordé par Hervé ce mercredi. Juste deux mots sur l’abbaye qui nous fournit ces quelques excellents Rieslings.

Abtei Himmerod im Salmtal

Tout à l’ouest de l’Allemagne, en bordure de la Belgique et du Luxembourg, l’Eifel

Située dans la Vallée de la Salm, qui traverse le massif volcanique de l’Eifel, elle fut fondée en 1136. Sa construction reprend la structure en croix de celle de Clervaux, il paraît que c’était la forme préférée de Bernard (de Clairvaux, bien entendu). Rapidement, les moines défrichent la forêt pour développer leur agriculture en mettant l’accent sur la vigne. La reconnaissance arrive rapidement et les vins s’exportent, grâce à la Salm navigable qui se jette dans la Moselle, jusqu’en Hollande et en Zélande. Ensuite, se succèdent déclins et renouveaux pour cause de guerres, maladies, destruction (1802), refondation (1919) et pour finir dissolution et fermeture en 2017. Le vin continue toutefois à être produit, ce qui nous a valu de le déguster Hervé et moi, et nous en avons été fort aise.

Edition Abtei Himmerod

L’entrée de gamme, un simple Riesling. De toute façon, il n’y a que du Riesling. Donc, un simple Riesling de soif, mais de ces soifs qui aiment se voir étanchées par un vin à la fraîcheur bien marquée.

Riesling Trocken 2017 Mosel

Presque blanc, en fait d’une transparence aux très légers reflets émeraude, ça fait chic et ça promet (en général) une fraîcheur importante; c’est le cas. Ce Riesling offre ce tranchant qui mélange acidité franche et tension minérale (oui, ça fâche!), bref, comme un silex qui de son fil aigu vous rince le gosier tout en laissant au passage quelques arômes de fruits blancs sur les papilles.

Riesling Alte Rebe 2017 Mosel

Robe, ou plutôt chasuble vert-blanc. Un nez de mousse et de fruits blancs légèrement poivrés avec l’élégance de la fleur de sureau, un rien de poivre, les sont économes. En bouche, du silex frotté qui réveille les papilles alarmées par l’expérience du premier. Une impression de calcaire humide. Un rien de carbonique aussi qui apporte du croquant aux arômes végétaux de pomme acidulée et de nèfle, de l’ananas aussi, faut bien compenser avec la fraîcheur du citron jaune et une pointe de sel.

Un Riesling Vieilles Vignes qu’il est plaisant de boire à l’apéro comme en mangeant.

Riesling Feinherb 2017

Coule dorée d’un vert brillant (la coule ou cuculle est le vêtement monastique que portaient entre autres les cisterciens) dont les effluves de camomille et de miel d’acacia donne envie de se jeter dans le foin après le regain (j’insiste) juste récolté, une croûte de pain recouvert de gelée de pissenlit à la main. Tout un programme certes, mais certains vins procurent des visualisations, images rêvées d’une situation imaginaire.

Le petit rien de carbonique en bouche booste la fraîcheur qu’équilibre une douce rondeur, génératrice de gourmandise. Côté aromatique la pomme acidulée et la poire croquante, la groseille verte et la rhubarbe confite qui apporte sa texture un rien rogue, rendent ce Riesling des plus agréables.

Le style ‘Feinherb’ doit contenir entre 20 et 30 g de sucre résiduel, ce qui pour les Allemands oscille entre demi sec et moelleux. Ici, on dira comme à Vouvray, tendre.

Spätlese Lieblich 2017

Habit vert blanc tissé d’or. Le nez propose la verveine renforcée d’un soupçon de vétiver, parfum délicat qui renforce celui de la pomme douce poudrée de curcuma. La bouche sapide et vive est contrebalancée par la rondeur sucrée, ce qui donne une impression particulière. Nous voilà sujet à une oscillation entre les deux saveurs. Et entre elles, viennent se déposer les arômes fruités sentis auxquels s’ajoutent ceux de quelques agrumes confits. Plus encore l’amertume des zestes qui affermis la fraîcheur de cette vendange tardive.

Une belle dégustation de Rieslings qui évitent le caricatural arôme d’hydrocarbure trop souvent considéré comme caractéristique du cépage.

-« Eh, les gars, ça sent pas le pétrole, c’est pas du Riesling! »

-« Et ta sœur! »

De plus, le degré alcoolique reste faible (de 9 à 11°), c’est frais et délicat.

Tschüss

Marco

 

 

 

7 réflexions sur “Riesling de l’Eifel

  1. David Cobbold

    Cela donne envie de goûter ces vins, même si je laisserais tomber l’expression « tension minérale », n’ayant jamais léché un fil de fer tendu !

    Je suis bien d’accord avec ta remarque sur les arômes proches du pétrole dans certains rieslings. Je les considère comme signe d’un défaut : en tout cas elles sont fort déplaisants. La cause semble être un certain état des peaux, soit trop exposées au soleil, soit trop triturées entre la vigne et le pressoir (j’ai entendu les deux versions, ainsi qu’une absence de maturité phénolique). En tout cas je constate que ces arômes sont bien plus souvent présents dans des rieslings d’Alsace ou d’Australie que dans ceux de la Mosel, par exemple.

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    1. L’hydrocarbure est devenu presque un stéréotype, comme toi la version de la vendange pas tout à fait mûre et triturée donnerait ce type d’arôme. Toutefois, il existe quelques terroirs (assez rares) qui génèrent cette fragrance, mais par rapport à la précédente, elle est beaucoup plus subtile. Un peu comme l’arôme de truffe blanche dans certains blancs du sud, léger et discret OK, mais cela est insupportable quand cet effluve devient lourd et envahissant, mais nombre de gens adorent, du conso au pro.
      quant à la tension, c’est pas du métal, ça c’est vraiment dégueulasse le goût métallique dans un vin.
      Marco

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      1. georgestruc

        Faut pas insister Marco : le sol c’est comme le coton, cela sert à stocker de l’eau et à la restituer à une plante quand ses racines y sont installées. On n’est pas loin de la culture hydroponique…et tu vois bien que cela fonctionne…
        Intéressants ces Rieslings à faible degré d’alcool et offrant des arômes assez singulièrement associés. On connait le prix de ces vins ?

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  2. Mon cher Georges, ces vins ne sont guère chers, moins de 10€ chez les cavistes. Le souci, c’est qu’ils sont plutôt distribués dans le nord de l’Europe jusqu’en Russie en passant par l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Estonie, la Pologne, mais par chez nous, NADA!
    Marco

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