Une belle découverte en Languedoc hors appellation et c’est du Carignan.

Foncadaure est le nom donné par 4 associés à un vin (2 vins en réalité) produit à partie de petites parcelles de très vieux carignans du côté de Cap Leucate, dans l’Aude. Deux parcelles sont concernées, dont une à 50 mètres de la Méditerranée et l’autre à 150 mètres. Elles constituent, ensemble, 1,3 hectare et les vignes seraient centenaires. Le sol, ici, est une dalle calcaire. Si l’aire se situe dans l’appellation Fitou, le vin est vendu sous la désignation Vin de France car les règles débiles des appellations du coin n’autorisent pas de mono-cépages, fussent-ils des 100% carignan.

La vue depuis le vignoble

J’ai dégusté un de ces vins pour la première fois lors d’un déjeuner à Paris il y a une paire d’années en compagnie de deux des associés dans ce petit projet : Olivier Dauga (Le Faiseur de Vin) et Jean-François Fontaneau (qui est aussi Président de la SUA, le club de rugby d’Agen). D’ailleur,s les deux autres associés sont également des anciens joueurs de ce noble sport. En partage de rôles, deux ont fourni les fonds, un le concept, et la quatrième le réseau de vente. Il s’agit essentiellement d’un projet « coup de coeur » pour sauver ces vieux carignans qui seraient autrement voués à l’arrachage, car le terrain dans ce coin ne vaut pas plus de 15.000 euros l’hectare. On ne peut pas espérer faire fortune avec un peu plus d’un hectare, à moins de se trouver en Bourgogne ou être dingue ! Le vin est vendu au prix public de 25 euros, ce qui est honnête sans être donné. Il faut quand-même rentabiliser le travail nécessaire pour rendre ce projet viable. La vente se fait aux restaurants et à l’export et leur client aux USA voulait même tout acheter.

Une des parcelles

Dés cette première rencontre, j’ai tellement aimé ce vin que j’en ai acheté 12 bouteilles immédiatement et je viens de boire la dernière, qui était tout aussi délicieuse que fut la première. J’en ai recommandé et j’ai demandé quelques informations sur le projet à Olivier Dauga, qui est un ami (pourquoi pas écrire sur les vins des amis s’ils sont bons?).

Le vin est vinifié à la cave coopérative de Leucate dans les œufs en béton. Je ne suis pas assez technicien pour savoir si un œuf est meilleur qu’un autre forme de récipient pour vinifier ce type de vin, mais c’est un fait, et, après tout, cela a la forme d’un ballon de rugby alors il y a cohérence avec l’esprit des associés ! Leur but était de faire un vin facile à boire et à partager. Un léger pigeage évite des excès d’extraction. Une cuvée, appelé Carpy Ouest (le nom de la parcelle) ne voit pas de bois pour son élevage. Il est mis en bouteille tôt, dès le mois de janvier suivant la récolte afin de conserver toute la jeunesse du fruit, tandis que l’autre, La Fontaine, passe 12 mois dans des fûts de 500 litres usagés pour l’affiner.

Ce que j’ai aimé de suite dans le vin de 2016 que j’ai acheté et bu était la qualité de son fruit. Parfaitement mur mais sans aucune impression de lourdeur, à la texture suave et à la matière pleine et parfaitement équilibrée par une fraîcheur suffusante. Je n’aime pas l’expression anglaise « fruit bomb' », mais c’est bien la qualité de son fruit qui rendait ce vin si séduisant. On n’a pas besoin de réfléchir pendant 15 minutes pour décortiquer sa complexité: le plaisir est immédiat et incontestable.

Dégustation du dernier millésime de Foncadaure (j’avais acheté le 2016, mais mon achat récent vient de la récolte 2017).

Ceci me donne aussi l’occasion de comparer la version sans bois dans sa vinification/élévage avec l’autre. Bouchons Diam longs pour les deux vins. Bon système mais impossible à remettre ces bouchons dans le col après une dégustation. Heureusement que j’ai mon stock de bouchons en verre !

Foncadaure, Carpy Ouest 2017, Vin de France (100% Carignan Noir, 1200 bouteilles produites, vinifiaction en ouefs béton, ni collé, ni filtré, un peu de sulfite à la mise uniquement). Alc 13,5%

(Je ne parle presque jamais de la robe des vins dans mes commentaires car cela est aussi subjectif qu’insignifiant, sauf pour juger de l’âge ou d’une évolution prématurée du vin).

Nez de fruit bien mûrs, de type baies noires : une touche herbacée est là aussi, de type garrigue, et juste un fond plus sombre et animal qui traine derrière. Au début j’ai pensé à la présence de bretts, mais l’insertion d’une pièce de cuivre dans le verre m’a convaincu qu’il s’agit d’un cas de réduction assez courant avec ce cépage. Le vin semble plus vif et moins fruité/gourmand que le 2016. Sa texture est aussi moins suave. Il est vivant et vibrant, juteux à souhait, avec des tannins légers, assez fondus, et une finale très alerte et assez longue. Un bon vin de caractère, moins séduisant peut-être que le 2016 mais plus facile à placer à table.

Foncadaure La Fontaine 2017, Vin de France (100% Carignan Noir, 2500 bouteilles produites, vinification en fûts de 500 litres). Alcool 13,5%

Le nez est plus sombre, plus complexe et moins fruité que l’autre vin, avec un léger accent de cuir et de sous-bois, plus des notes de goudron : le bois l’a modifié sans le dominer. Il lui a aussi donné une texture plus suave et patinée sans affecter la très belle fraîcheur qui me semble être un des atouts majeurs des vieux carignans. C’est plus longue aussi, avec une finale qui, sans être ferme, est plus complexe que le vin précédent.

Conclusion

Deux très jolis vins, digestes et bien équilibrés, qui démontrent qu’on n’a pas besoin de 15% d’alcool pour avoir une beau fruité mur dans le sud. Je crois que c’est un peu différent pour le grenache dans cette région, donc l’assemblage avec une bonne part de carignan me semble tout indiqué, à moins de grimper en altitude. Et qu’on laisse faire des purs carignans sans recours à la macération carbonique qui fait qu’ils se ressemblent tous !

Le semaine prochaine : une large dégustation des Côtes de Gascogne, blancs et rouges: je laisserai le rosé à d’autres, même s’il y a des bons…..

David

PS. Samedi, dans les matchs de préparation à la Coupe du Monde, Angleterre 57 – Irlande 15, et Ecosse 17-France 14. Et ils disent que tout va bien dans le rugby français et qu’il n’y a que des détails à améliorer.

8 réflexions sur “Une belle découverte en Languedoc hors appellation et c’est du Carignan.

  1. Joli papier David. Marc et moi avions apprécié la Cuvée Vue Imprenable du Domaine de Carpy lors de notre passage à Leucate (et l’endroit).Le 2014, qui était alors proposé à la cave, était encore un Fitou, pas un vin de France. Mais je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment du même domaine, car tu parles de Carpy Ouest.
    Quoi qu’il en soit, juste pour info, en 1948, le cahier des charges de l’AOC Fitou prévoyait un minimum pour les deux cépages principaux, le Carignan et le Grenache, mais pas de maximum. Ni d’obligation s’assembler. Les fondateurs semblent bien avoir pensé qu’on pouvait très bien faire un 100% Carignan à Fitou.
    Les nouvelles règles (et l’arrivée de la Syrah, très loin de ses bases rhodaniennes), sont bien postérieures; et j’ai du mal à comprendre leur utilité.

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  2. jean-marie PAUL

    Tout d’abord merci de parler du Languedoc et de ce merveilleux plateau de Leucate ! Allez faire un tour au dessus de La Franqui au printemps … Mais pourquoi taper une fois de plus sur les AOP qui sont déjà tant décriées . Vous êtes passés devant le siège du cru Fitou au rond-point (fermé depuis 10 ans). La vigne est-elle au moins en bio ou en conversion avec engagement ? et pourquoi le prix du foncier bas justifie un prix de bouteille à 25€ ? Et cette soif de pureté 100% carignan qui ne correspond à aucune tradition mais à une mode bien récente et largement répandue en 2019 .
    Avec mes excuses de vieux grincheux, je vous souhaite une belle journée

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  3. Nadine Franjus

    Le carignan et le grenache restent les cépages principaux, pour indication cet extrait du cahier des charges :
    1°- Encépagement Les vins sont issus des cépages suivants : – cépages principaux : carignan N, grenache N ; – cépages complémentaires : mourvèdre N, syrah N. 2°- Règles de proportion à l’exploitation – La proportion des cépages principaux est supérieure ou égale à 60 % de l’encépagement. – La proportion du cépage carignan N est supérieure ou égale à 20 % de l’encépagement. – La proportion du cépage grenache N est supérieure ou égale à 20 % de l’encépagement. Publié au BO du MAA le 9 mai 2019 2 – La proportion des cépages mourvèdre N et syrah N, ensemble ou séparément, est supérieure ou égale à 10 % de l’encépagement.
    Mais comme la plupart des AOC du Languedoc, l’assemblage des cépages dans le vin (et pas seulement diversité à la plantation) est inscrit dans le même cahier des charges, mis à jour en mai 2019!!!!!. L’article sur l’assemblage étant précédé de la fameuse mention des « usages loyaux et constants » on peut supposer que lesdits usages étaient d’assembler. Ils ont changé, mais pas les textes législatifs. Dommage. Ne pourrait-on pas proposer une dénomination de cépage complémentaire pour les cépages d’origine, comme on a une dénomination géographique complémentaire . Je propose « Carignan de Fitou »
    Extrait du Cahier des charges sur l’assemblage :
    a) – Assemblage des cépages Publié au BO du MAA le 9 mai 2019 4 – Les vins proviennent de l’assemblage de raisins, de moûts, ou de vins, issus d’au moins 2 cépages dont au moins un cépage principal. Le cépage principal (ou les cépages principaux) est (sont) présent(s) majoritairement dans l’assemblage. – La proportion du cépage le plus important est inférieure ou égale à 80 %.

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  4. georgestruc

    Cahiers des charges : fameux problème que celui des pourcentages de cépages dans une exploitation et de celui des cépages dans un vin…un casse-tête qui brouille la lecture des vins de nos territoires méridionaux et cela est partout la même chose. Sujet récurrent et grogne des vignerons.
    Pur Carignan, pur Grenache, pourquoi pas, dans la mesure où cette exclusion de l’assemblage se fait de faveur de la qualité du vin, en un lieu donné et par un vigneron qui éprouve l’envie de faire ainsi. Cependant, ce choix ne devrait en rien devenir un argument en faveur d’une profonde modification générale des choses dans une région où l’assemblage est une règle, non pas instituée par un outil administratif mais par un usage fondé sur une longue expérience vigneronne.
    Petit 13,5° pour des 2017…vendanges « précoces », je suppose, dans le but de produire un vin fruité ; je cite : « Leur but était de faire un vin facile à boire et à partager » ; objectif atteint, semble-t-il, mais ces très vieux Carignans ne seraient-ils pas capables de donner un vin ayant plus de personnalité ? Aïe, j’entends déjà des bruits de culasse…Peu importe, j’aime les vins élaborés avec des raisins parfaitement mûrs, le degré d’alcool dût-il être élevé.

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    1. Nadine Franjus

      Je suis d’accord que c’est bien dommage de faire du « facile à boire  » avec un veux carignan. Ce n’est qu’exploiter la superficialité de ce magnifique cépage qui donne tant de complexité fruitée quand il est bien mûr et totalement extrait. Une qualité rare qui lui permet de garder de la fraicheur malgré le taux d’alcool. Un des rares cépages du Languedoc qui sait vieillir avec élégance.
      PS : ça faisait longtemps qu’on avait pas fait un petit round d’honneur pour le carignan, alors profitons-en

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  5. David Cobbold

    Facile à boire ne veut pas nécessairement dire simple. Enfin, il faut déguster ces vins pour faire votre propre opinion.

    Quant aux appellations, je n’y crois plus depuis longtemps. Passéistes et inadaptées à la situation, pour la majorité. Faut passer à autre chose..

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    1. georgestruc

      Pas facile de passer à autre chose. Toutes les formes d’organisations, agricoles, viticoles fromagères, artisanales, commerciales… restent fondées sur des cadres qui sont faits pour donner de la lisibilité, du dialogue, des échanges, ou engendrer des conflits. Et ceci depuis les mésopotamiens jusqu’à nos jours, en passant par l’Egypte des pharaons, la Grèce antique, la romanité, etc…Dès lors qu’il existe des groupes constitués, qui se répartissent en fonction de leurs activités et des territoires sur lesquels ils les exercent, survient la nécessité de délimiter ; l’homme est avide de frontières, démarche biologique qui fait partie de la totalité du monde vivant et qui est un moteur de l’évolution. Nos aires d’appellations (le mot « aire » étant fondamental) forment un corpus complexe mais essentiel qui permet à chaque élément de se signifier. Que viennent de faire nos amis du Priorat ? 459 espaces délimités sur 2000 hectares de vignes, pour matérialiser des vins de lieux. Or, on peut affirmer qu’ils ont longuement armé leur démarche et pris une décision en connaissance de causes. Aucun rejet du système délimitatif, au contraire, puisque leur découpage atteint un chiffre très élevé.
      Je concède volontiers, pour aller dans le sens de David, que le contenu de certaines AOC donne à redire, que des regroupements seraient souhaitables, que des aménagements paraissent utiles, mais la dissolution du système de délimitation relèverait d’un acte aussi dévastateur que la destruction de la forêt amazonienne…

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