Des vins et des prix

Notre collègue et ami québécois Marc André Gagnon (Vinquébec) consacre un article à la problématique du prix des vins, étayé par une dégustation comparative de vins plus ou moins chers…

Est-ce que les vins haut de gamme sont toujours meilleurs que les vins de milieu de gamme?

Autrement dit, est-ce que les vins chers sont meilleurs que les vins moins chers? Dans une même appellation, est-ce que les vins de plus de 70 et 100 $ sont meilleurs que ceux de 30-50 $?

La question mérite d’être posée. La réponse est difficile. Toutefois, l’exercice est très intéressant. C’est d’ailleurs ce qui a été fait le 9 octobre dernier à l’Académie des vins de l’Outaouais.

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Les 16 dégustateurs avaient à juger à l’aveugle 10 vins présentés en 5 séries. Dont, chaque fois, deux vins d’une même région, mais dont l’un était de 2 à 3 fois plus cher que l’autre.

Je vais présenter ici mes commentaires sur ces vins ainsi que les préférences des participants à l’activité.

1ère série: mousseux

Bailly Lapierre Vive-la-Joie 2010   30 $
Très aromatique, brioché comme un champagne. Il goute ce qu’il sent. Jolies bulles fines en bouche. Plus élégant que le Satèn et bien persistant.  Crémant de Bourgogne.  

Ca’del Bosco Satèn 2010   74 $
Moyennement aromatique, aromes de biscuit. Très gouteux, très riche, beurré, caramel, costaud, moins de bulles en bouche que le précédent. Alcool marqué. Très long. Plus complexe. Franciacorta   

71 % des participants à l’activité ont préféré le vin le moins cher.

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2ème série: Chablis

William Fèvre Chablis Les Clos 2014      124 $
Très beau nez avec une note d’échalote. Très belle attaque. Saveurs d’ananas et de caramel. Alcool marqué. Bien long.  

Jean Dauvissat, Chablis Vaillons 2012    40 $
Foncé, parfumé. Note de patate crue. Léger, peu de fruits, alcool marqué.  

21 % des participants ont préféré ici le vin le moins cher.

3ème série: Bourgogne rouge

Clos des Mouches 2009, Chanson     94 $
Petits bonbons acidulés, poivre, cannelle et fumée. Chaleureux et assez complexe. 

Ladoix 1er Cru, Michel Mallard 2009   55 $
Très aromatique, fruité cerise, ferme, un peu asséchant, acide et alcooleux.

64 % des participants ont préféré ici le vin le moins cher.

4ème série: Bolgheri

Caccia al Piano, Ruit Hora 2013      34 $
Fruits noirs, terre et crème. Riche et costaud. Chocolaté. Une très belle texture d’un beau granulé. Complexe.   

Le Serre Nuove dell’Ornellaia 2011     70 $
Aromatique, menthe. Ample. Très beaux tanins, riche et costaud. D’une pièce. 

79 % des participants ont préféré le vin le moins cher.

5ème et dernière série – deux vins du même producteur

Coudoulet de Beaucastel, Côtes du Rhône 2010   29 $
Très aromatique, cannelle et lavande. Chocolaté, kirch, cuir, bien sec et ferme. Longue finale chocolatée et épicée.   

Château Beaucastel, Chateauneuf du pape 2010   100 $
Beau nez invitant. Ferme et serré. Plutôt d’une pièce, unidimensionnel; manque de fruits et un peu asséchant.   

Ici, 43 % des participants ont préféré le vin le moins cher.

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En guise de conclusion

En résumé, j’ai préféré le vin le moins cher 2 fois sur 5; et la moyenne des participants, 3 fois sur 5 ! C’est tout de même étonnant. Le président de l’Académie du vin de l’Outaouais, Alain Brault, conclut cette dégustation en disant que «l’exercice est rassurant : pas nécessaire d’hypothéquer sa maison pour se monter une belle cave, faut juste savoir choisir».

Donc, un vin plus cher n’est pas nécessairement meilleur et ça peut être le contraire, comme il a été constaté ici dans ce petit échantillon.

Les vins les plus chers le sont souvent parce qu’ils ont une meilleure réputation ou qu’ils sont d’une appellation plus renommée. Toutefois, ce n’est pas une garantie qu’ils seront meilleurs.Des vins de milieu de gamme peuvent souvent être meilleurs que des vins de haut de gamme.

Vous pouvez consulter le compte-rendu de cette dégustation dans le site de l’Académie du vin de l’Outaouais ainsi que dans sa page Facebook.

Marc André Gagnon

22 réflexions sur “Des vins et des prix

  1. Notre ami Olivier Borneuf (Bettane & Desseauve) réagit:
    « Je suis surpris de cet article, non parce qu’on enfonce une porte ouverte, ce n’est pas le plus grave, mais parce qu’on ne considère pas les protagonistes. Est-ce que l’on s’interroge sur la compétence des dégustateurs ? Préférer Coudoulet au Châteauneuf, c’est quand même un aveu d’incompétence ! J’en parle avec autorité puisque je couvre cette région chaque année ».

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  2. Merci Olivier.

    Cette Académie du Vin de l’Outaouais me semble quand même assez sérieuse, à voir les vins et les thèmes qu’elle propose.
    http://pages.videotron.com/avo/

    Et tu noteras que dans le cas de Beaucastel, que tu évoques, la majorité (57%) des dégustateurs ont préféré le Châteauneuf.
    Bien sûr, on ne peut tirer un enseignement général d’une seule dégustation. Mais je trouve le thème intéressant, tout de même: la question est rarement posée dans la presse du vin, comme si nous devions systématiquement valider la hiérarchie que les producteurs établissent eux-mêmes entre leurs vins. Je pense que nous avons le droit de la remettre en cause.

    Et à titre personnel, je trouve que certaines grandes cuvées pêchent parfois par un côté too much, trop extraites, trop de bois, l’envie de trop bien faire etc…

    Quoi qu’il en soit, c’est un bon débat, auquel chacun peut apporter sa pierre.

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  3. David Cobbold

    On peut dire des choses dans les deux sens, et sans mettre en cause la compétence des dégustateurs.
    Le goût est avant tout individuel, puis il évolue en fonction de l’expérience, mais aussi selon les circonstances, comme l’ordre de dégustation par exemple.
    Il est aussi vrai que je ne choisis pas toujours le vin le plus cher dans une gamme donnée. Cela dépend non seulement de son palais, mais aussi de l’âge du vin. Les cuvées les plus chers dans une gamme donnée sont destinées à une longue garde, ce qui peut se révéler un handicap dans leur jeune âge, mais un avantage plus tard. Par exemple, dans les premières années, il m’arrive de préférez le second vin de cru classé bordelais à son grand vin, comme d’ailleurs un village d’un premier ou grand cru du même producteur et dans le même jeune millésime.

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  4. C’est vrai, David, il faut tenir compte de l’âge. Les cuvées de prestige se révèlent souvent mieux avec le temps.
    En ce qui concerne la dégustation de nos amis québécois, cependant, je note que tous les vins avaient plus de 5 ans, et certains 10 ans.

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  5. On a souvent des surprises lorsqu’on fait des dégustations à l’aveugle.
    Les vins les plus renommés et les plus chers ne sont pas toujours les meilleurs.

    On aurait pu s’attendre ici à que les vins les plus chers soient déclarés les meilleurs, ou au pire qu’un seul des vins chers se fasse déclassé. Mais 3 sur 5, c’est étonnant.

    Au début, c’est l’incrédulité, puis le déni, puis on cherche à justifier en mettant en doute la compétence des dégustateurs, l’âge des vins…

    Faites l’expérience à l’aveugle et vous nous direz.

    Des hypothèses pour tenter d’expliquer ces résultats :
    1. Les vins chers sont faits quelques fois pour ceux qui veulent payer cher. On fait donc de gros vins pour les satisfaire. Des vins bodybuildés.

    2. Des producteurs de vins réputés s’assoient quelquefois sur leurs lauriers et n’osent pas changer la recette gagnante.

    3. Alors que les producteurs de vin de milieu de gamme sont souvent plus innovateurs, font plus d’efforts, mais ne peuvent exiger de gros prix parce que moins réputés.

    Ces exercices de dégustation à l’aveugle nous disent que la vérité est dans le verre et non sur l’étiquette.

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  6. Marc André, il serait peut-être intéressant de demander aux dégustateurs du club ce qu’ils ont préféré dans les vins moins chers, pour voir s’il y une tendance générale?
    Je note qu’ils n’ont pas pu se laisser influencer par le prix, puisque c’était à l’aveugle.

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  7. afuster

    Ça fait sans doute causer. La preuve.
    Je crains que ce ne soit le seul intérêt (tout relatif) de l’exercice.

    Un vin « haut de gamme » se définit il ainsi par son seul prix de vente ? Comment détermine t on qu un vin est « meilleur » qu’un autre ? Son plaisir immédiat ? Son potentiel ? La façon dont il exprime son cépage et/ou son terroir et son millésime ? Notre approche culturelle de toutes ces questions ?
    Quel sens y a t il a comparer des vins de millésimes et/ou d’appellations différentes ?

    Le le même exercice peut être refait vin fois en changeant tel ou tel vin et/ou tel ou tel dégustateur et, bien sûr, donner des «résultats» différents.

    Nous avons tous dans nos caves des « petits » dont nous sommes persuadés qu’il mettent une branlée à bien des grands. Et alors ?

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    1. Bon, primo, les deux bulles sont assez comparables. Même encépagement champenois, même millésime. Et ce sont les cuvées de prestige de deux bonnes marques, alors on peut raisonnablement se poser la question de savoir si l’écart de prix est justifié. Les deux Chablis sont aussi de la même année. Quant aux deux vins de Beaucastel, c’est une comparaison tout à fait équitable, je trouve. J’aime qu’on pense au consommateur final, personnellement. Hervé

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      1. afuster

        Bien sûr Hervé. Ce que je veux dire c’est que le truc est complètement foutraque, mal défini et qu’en conséquence demain on refait la même chose avec un résultat différent. Ou pas. Et que ça ne démontrera rien. Pour la faire simple : en matière d’expérimentation le résultat on s’en fout, ce qui compte c’est le protocole qui a permis de l’obtenir
        Et là le protocole y en a pas.

        Aimé par 1 personne

  8. Bon, j’essaie de répondre à ton argument – recevable – sur la difficulté de la comparaison entre les vins, et il me semble que ma réponse est également recevable: les vins n’ont pas été choisis n’importe comment, la comparaison n’était pas idiote.
    Et maintenant tu me réponds avec la question du protocole. OK, mais qu’est-ce que tu appelles un protocole? Un échantillon plus large de vin? Un échantillon plus large de dégustateurs? Des redégustations dans différents ordres, avec des vins présentés pluieurs fois pour étalonnage? Quelque chose de reproductible? De scientifiquement inattaquable?

    D’un autre côté, le débat est diablement intéressant, alors merci de ta pugnacité.
    Si on te suit, alors aucune de nos notes de dégustation ne vaut un pet de lapin, ni aucun guide, ni aucune compétition, ni aucun avis sur le vin; parce que qui dit ce que nous aurions pensé le lendemain? Si nous avions dégusté dans un autre ordre? Dans d’autres conditions? Et qui dit que le consommateur pense comme nous?
    Si on va jusqu’au bout, aucun dossier dans aucune revue de vin n’est fiable, car qui dit ce que cela aurait donné avec d’autres vins, ou bien les mêmes, mais le lendemain, et même avec un jury inattaquable composé de personnes représentatives de la population, en terme d’âge, de sexe, de couleur de peau, d’origine, d’opinions politiques, etc, etc…
    Mais les journalistes du vin que nous sommes devons bien faire avec, parce que c’est tout ce que l’on a sous la main, non?
    Et puis, le consommateur juge-t-il plus scientifiquement que nous?

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    1. afuster

      Si tu poses une question et que tu entends y répondre de façon valide il te faut avant toute chose t’assurer que tu réponds bien à la question posée et que tu le fais de façon valide
      Le protocole sert à ca
      Ici on peut – on doit – se poser des questions sur le choix des vins, sur la notion de qualité, sur la significativité statistique des écarts constatés
      Rien de tout cela
      Normal c’est très chiant
      Mais c’est indispensable si on veut être inattaquable
      Ce n’est pas le cas. Je le signale
      Et note que cette dégustation ne peut en aucun cas prétendre à l’universalité
      Tout au plus peut on dire que certains dégustateurs peuvent parfois préférer des vins moins chers à d’autres vins plus chers
      La belle affaire.

      Pour finir de te répondre : lorsque tu mets une note à un vin, tu notes une quille donnée dans un contexte donné, selon ton référentiel. C’est clair pour tout le monde.
      C’est, de toute évidence, tout aussi clairement subjectif. Un autre dégustateur pourra mettre une note différente. Chaque lecteur / consommateur jugera lequel des deux lui semble le plus fiable.
      Tout baigne.
      Ceci dit on pourrait prendre l’intégralité de tes notes, les croiser avec la valeur financière des vins et en déduire si tu préfères – ou pas – les vins chers.
      Pourquoi pas ?
      Ce serait un échantillon et une méthodologie plus interessants.
      Pas plus universel mais plus intéressant

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      1. OK. Aucune dégustation n’a jamais de valeur universelle. Et l’objectivité est comme l’inaccessible étoile. Merci de nous le rappeler. Et j’aurais des scrupules à ce que l’on puisse attribuer à mes commentaires une quelconque valeur scientifique, quand ils ne sont que des jugements de valeur d’une fiabilité tout à fait questionnable, quoiqu’émis de bonne foi (mais en fonction d’une expérience personnelle, qui, comme disait Confucius, n’éclaire que le chemin parcouru; et encore, le chemin d’une personne seulement).

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  9. Rappelle-toi Hervé la dégustation de Clos Vougeot, un quart top, un quart moyen et la moitié qui restait de très mauvaise qualité et pour une fourchette de prix entre 94 et 145 €. Là on ne parle pas de vins à attendre mais manque de maturité, de vins dilués, bref de vins qui ne valent pas leur prix, mais qui jouissent et profitent de la notoriété de l’appellation pour fourguer leur daube. On a fait le même constat à Chevrey Chambertin, un quart top, un quart de très mauvaise qualité et ça du vin de base au Chambertin. Conclusion, le prix est rarement un facteur de qualité. Marco

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  10. David Cobbold

    « Et note(s) que cette dégustation ne peut en aucun cas prétendre à l’universalité
    Tout au plus peut on dire que certains dégustateurs peuvent parfois préférer des vins moins chers à d’autres vins plus chers ».

    Je suis bien d’accord avec cette remarque d’André.
    Mais je dis aussi que le prix n’a jamais été un indicateur fiable d’une qualité peçue, pas plus qu’une appellation d’ailleurs.

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  11. georgestruc

    Un intéressant débat, qui nous ramène à ce que nous avons tout constaté un jour ou l’autre : le prix ou la marque ne peuvent témoigner d’une qualité attendue sur la base de ces deux critères.

    A propos de cet exerce québécois, j’observe que les commentaires de dégustation ne matérialisent pas du tout, ou ne représentent pas, ou ne justifient pas, les résultats exprimés en %.
    Exemple avec le Clos des Mouches et le Ladoix.

    Clos des Mouches Chanson 2009 : petits bonbons acidulés, poivre, cannelle et fumée. Chaleureux et assez complexe.

    Ladoix 1er Cru, Michel Mallard 2009
    Très aromatique, fruité cerise, ferme, un peu asséchant, acide et alcooleux.

    Déjà, un Clos des Mouches qui s’exprime par de « petits bonbons acidulés »…me laisse perplexe !! mais le plus fort pourcentage est allé à un vins « asséchant, acide et alcooleux » alors que le Chanson était « chaleureux et assez complexe ». Je ne comprends pas, désolé. Ou alors les commentaires sont une sorte de synthèse entre les ressentis de chacun des participants, ce qui conduit à des raccourcis peu éloquents…Ensuite, par pitié, dans les commentaires, séparez l’olfactif du toucher de bouche. L’olfactif flatte les vins, mais leur texture et structure, leurs grains de tannins, ainsi que les arômes perceptibles dans la sphère buccale, correspondent à l’essentiel.

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    1. georgestruc

      J’ajouterai, à propos de la confrontation Clos de Mouches/Ladoix que les commentaires du Président (lien mentionné par Marc André. Gagnon dans une de ses réponses) méritent d’être lus: les détails indispensables sont donnés.
      Cependant, je reste sur mon étonnement au sujet du Ladoix qui a remporté l’épreuve alors qu’il est affublé de commentaires peu engageants : « une note terreuse et du sucre d’orge (on a parlé de cola). La fin de bouche est terreuse, grillée ».

      Quant aux vins de Beaucastel : le CdR a été doté de 43% sur la base de l’aromatique olfactif. En revanche, fonder l’appréciation d’un Châteauneuf-du-Pape sur l’olfaction n’est pas la démarche la plus pertinente qui soit.

      Je tire une conclusion de cette joute « belcastelloise » : la maison Perrin consacre une attention aussi grande à produire un bon Côtes-du-Rhône qu’un Châteauneuf-du-Pape, ce qui représente la griffe des grands vignerons.

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  12. On peut essayer de retourner l’affaire dans tous les sens. Toutefois, au final, ces consommateurs ont préféré ces vins de milieu de gamme 3 fois sur 5 alors qu’on aurait pu croire que les vins plus chers auraient été préférés au mois 3 fois sur 5. Les buveurs d’étiquette sont ici confondus.

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