Méo-Camuzet, une histoire bourguignonne

A la veille de la vente des vins des Hospices de Beaune (159ème édition), notre confrère suisse Pierre Thomas nous emmène en Bourgogne, chez Méo-Camuzet.

60 ans après

En 1959 – année où, pour la première fois, cette vente s’est tenue dans la grande salle des Hospices, le domaine Méo-Camuzet a été repris par Jean Méo… Ce dernier anniversaire a été dignement fêté dimanche passé. Grâce à son importateur en Suisse, Jean Solis, j’ai eu le privilège d’y être convié, à l’instar de quelque 300 invités.

Pierre Thomas et Jean Solis

Cela se passait au château du Clos-de-Vougeot. Non pas pour faire comme la Confrérie du Tastevin, mais parce qu’Etienne Camuzet, maire de Vosne-Romanée et député de la Côte-d’Or durant 30 ans, en fut le propriétaire. Il l’acheta en 1920 et le revendit en 1944, en pleine guerre, à la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

Les vins de la soirée

Deux ans plus tard, ce notable au caractère bien trempé décède et sa fille hérite du domaine Camuzet. Elle conserve à son service les métayers. A sa mort, en 1959, elle lègue le domaine à son neveu, Jean Méo. Cet ingénieur du corps des mines est au service du général De Gaulle, à Paris… Avec ses parents, il assume cet héritage vigneron, tout en restant au service du pouvoir. Il sera nommé à la tête d’entreprises dans le pétrole (Elf, Institut français du pétrole) et les médias (France-Soir, Havas). Et il garde sur place les quatre métayers, dont le fameux Henri Jayer (1922 – 2006). Dans les années 1980, le domaine devient Méo-Camuzet (premier millésime sous cette étiquette : 1983), puis accueille Jean-Nicolas Méo, en 1989 — il y a donc trente ans…

Et puisqu’on parle d’anniversaire…

2019, ce sont aussi les 25 ans du magazine Bourgogne Aujourd’hui. Depuis 150 numéros, celui-ci des commentaires de dégustation solides et argumentés par des reportages, sur toutes les appellations bourguignonnes. Un travail remarquable! Pour son numéro spécial anniversaire (100 pages), son rédacteur en chef, Christophe Tupinier, est allé trouver une des personnalités les plus emblématiques de la Bourgogne, Aubert de Villaine, en compagnie de l’éditeur-fondateur du magazine, Thierry Gaudillère, en photographe…

Les trois T d’Aubert

Le cogérant de la Romanée-Conti est arrivé sur le domaine en 1965, à une époque où le vin avait de la peine à se vendre… Entre autres citations fortes, de la Bourgogne, de Villaine dit qu’elle repose sur «la loi des trois T» : tradition, transformation, transmission. Et c’est bien ce qui se passe chez Méo-Camuzet. Tradition? La famille Méo la fait remonter à quatre siècles… Transformation? Henri Jayer était orfèvre dans la maîtrise des températures, pour vinifier des crus toujours frais et fruités, mais aptes à tenir dans le temps. Transmission? Jean-Nicolas est là depuis trente ans et assure qu’il ne «tiendra pas 30 ans de plus».

Un flacon historique

 

La relève

Il présente déjà ses trois jeunes fils… sans oublier ceux avec qui il a travaillé (et son père, 92 ans, la crinière immaculée, en tête de la table d’honneur). Ainsi, les vignerons sur le domaine, mais aussi les stagiaires. Deux douzaines présentaient à la dégustation un ou deux des vins qu’ils réalisent aujourd’hui, qui au Piémont, qui dans le Sud de la France, qui en Allemagne (le premier pays du pinot noir en surface cultivée), qui aux Etats-Unis. Comme Jay Boberg, associé du Bourguignon dans de très jolis pinots noirs de l’Orégon (Domaine Nicolas Ray).

Et puis, quelques bans bourguignons plus tard (…), vint le moment de descendre dans la cave de Vosne-Romanée. Le maître de chais Peer Reiss, stagiaire il y a dix ans, était à la pipette. Tirés à la barrique, nous avons dégusté une bonne partie des 25 vins, du bourgogne, des 8 appellations communales, des 10 premiers crus, dont le Cros Parentoux, si cher à Henri Jayer (et qui caracole au sommet des vins les plus onéreux du monde dans les ventes aux enchères, mais c’est une autre histoire), et des 6 grands crus.

La cave de Méo-Camuzet

2018, quel potentiel?

Classé 5 étoiles sur 5 par Bourgogne Aujourd’hui (un tableau des 25 derniers millésimes accompagne l’édition des 25 ans), 2018 prend rang parmi les «millésimes solaires». Mais où exactement? Question posée à Jean-Nicolas Méo: «A priori, il ressemble à 1989 et 2009. Mais il est difficile à comparer… S’il fallait donner un millésime proche, ce serait, pour moi, 1985. Ces vins ont atteint un plateau et sont restés fins, soyeux, charmeurs.»

Puissant avant leur mise en bouteille (à partir de février prochain), les 2018 paraissent déjà prêts à être abordés, à l’image du monumental Richebourg, à la texture suave, aux tanins fins ; un vin large et complexe à la fois. «C’est vrai, les 2018 se goûtent très bien maintenant. Mais on ne peut pas exclure qu’il se referment dans deux ou trois ans…»

C’est aussi ça, la magie des bourgognes rouges… un seul cépage, le pinot noir, une mosaïque de terroirs (les climats !), et une variété de millésimes, oscillant entre moins mûrs et solaires. Ils évoluent différemment, les plus frais se révélant, souvent, avec l’âge, comme ce Clos-de-Vougeot Grand Cru 1993 ou ce Vosne-Romanée Premier Cru Aux Brûlées 1996, tous deux d’une belle dynamique, servis au repas anniversaire.

  Pierre Thomas

 

 

Une réflexion sur “Méo-Camuzet, une histoire bourguignonne

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