Pédagogie du vin: l’exemple du cépage

Quelques conversations récentes avec des amateurs de vin m’ont amené à réfléchir à ma façon de parler du vin.

Sans doute qu’à force de côtoyer des professionnels, je finis par prendre pour acquises certaines connaissances de base, alors que je ne devrais pas préjuger de ce que savent mes lecteurs.

Cépage et origine

Un exemple entre mille : le cépage.

Une amie qui s’intéresse au vin m’a demandé récemment que c’était que le Gamay, dont j’avais parlé au cours de la conversation: « C’est un type de raisin, ou un village? »

J’ai donc expliqué ce qu’était un cépage – une variété de vigne, comme la Conférence et la Passe-Crassane sont deux variétés de poire. En précisant que le Gamay était le cépage rouge du Beaujolais, mais qu’on le trouvait aussi en Touraine, en Suisse, en Côte Roannaise et en Bourgogne, notamment. Puis, je me suis rappelé que Gamay était aussi le nom d’un hameau près de Chagny. De même que Chasselas et Chardonnay sont deux villages du Mâconnais.

La distinction entre cépage et origine, que je pensais si claire, m’a soudain paru moins évidente.

Appellation, cru, village…

Cela ne s’est guère amélioré quand on m’a posé la question suivante:

-Saint-Amour, c’est bien un village du Beaujolais?

-Oui, c’est ce qu’on appelle un cru.

-Ça fait partie des Beaujolais-Villages, alors?

-Non.

Assez naturellement, nous en sommes venus à parler de Tokay. Un de mes commensaux m’a demandé: « C’est en Alsace, ou en Hongrie? »

J’ai donc expliqué que Tokay était une ville de Hongrie, qui avait donné son nom à une aire d’appellation d’origine aujourd’hui partagée entre Hongrois et Slovaques, mais que la grande réputation de ce vin dans l’histoire avait incité d’autres régions à utiliser son nom pour un type de vin: le Tokay de Saint-Gilles, dans le Gard; le Tocai friulano, en Italie; ou le Tokay d’Alsace (nom donné naguère au Pinot Gris en Alsace).

J’aurais pu aussi parler du Prosecco, qui a longtemps été le nom d’un cépage avant d’être celui d’une appellation d’origine (d’où la décision de débaptiser le cépage, qui s’appelle à présent le Glera).

Ou encore du Muscadet, qui est le nom historique du Melon de Bourgogne en Pays Nantais, mais qui est devenu le nom d’une appellation d’origine – ce qui ne posait guère de problème tant que le Muscadet était issu du seul cépage Melon, ou Muscadet.

Il n’y a pas de honte à ne pas savoir

Au-delà du cas des cépages, je m’aperçois que pour bien des gens, le vin est une affaire plus complexe qu’il n’y paraît. Et que si certaines notions sont confuses même pour ceux qui s’y intéressent, comme les gens avec qui je parlais, elles risquent bien de rebuter complètement ceux qui ne s’y intéressent pas encore.

Il n’y a bien sûr aucune honte à ne pas savoir.

La vraie honte, ce serait, pour celui qui sait, de prendre les autres de haut.

Hervé Lalau

 

9 réflexions sur “Pédagogie du vin: l’exemple du cépage

  1. Jef Peeters

    Pour ma part, je pense que la vraie honte n’appartient qu’à ceux qui se jugent parmi
    les savants
    ( merci à Socrate)

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    1. Je ne sais pas trop comment prendre votre commentaire, M. Peeters. Est-ce une pierre dans mon jardin? Si après plus de 30 ans dans ce métier, je n’avais rien appris, je me demande ce que j’y ferais. Mon plaisir, c’est d’être un passeur de savoir; il y a effectivement des gens qui en savent plus que d’autres, et le savoir n’a rien de honteux. Juste l’arrogance de celui qui, sachant, veut écraser celui qui ne sait pas. Ce qui est dommage, par ailleurs, c’est que certaines personnes jugent qu’il n’est pas utile d’apprendre, et émettent tout de même des avis, parfois péremptoires.

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  2. jean-marie PAUL

    Merci Hervé pour votre langage si précis qui nous éclaire et nous réveille …
    En vous lisant , j’ai tout de suite pensé à notre cher piquepoul cépage de l’appellation Picpoul de Pinet.

    Aimé par 1 personne

    1. Très bon exemple, M. Paul, en effet. A noter qu’on donne parfois ce nom à la Folle Blanche, ou Gros Plant. Sans oublier qu’il y a un piquepoul noir (qui serait apparenté au picapoll de Bages, en Catalogne). Le Clos Centeilles en fait une excellente cuvée, d’ailleurs. Et il y a même une version grise ou rose.
      Il n’est pas toujours facile de suivre les cépages, ni en termes d’expansion géographique, ni en termes étymologiques. Mais pour moi, tout ceci rend le sujet diablement intéressant.

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  3. David Cobbold

    Très bon sujet Hervé et ton article pose bien les problèmes. Je crains qu’il ne faille accepter la complexité du sujet, tout en essayant de l’expliquer par l’histoire, la géographie, la technique et, parfois, les erreurs de l’homme (cas des « Tokays »).

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  4. Vincent Dasnoy

    Que dire du Montepulciano d’Abruzzo produit à partir du cépage Montepulciano, contrairement au Vino Nobile de Montepulciano à dominante Sangiovese… mais produit à Montepulciano. Ou du Saint-Aubin 1er Cru « Sur Gamay », un blanc composé de Chardonnay. De la Syrah renommée Shiraz en anglophonie et du coup erronément rattaché à la ville iranienne de Chiraz. Du Muscat et du Muscadet, qui n’ont à ma connaissance pas d’autre point commun que la couleur et les 5 premières lettres. De l’Auxerrois, qui peut être un cépage blanc de Lorraine, ou bien synonyme de Côt – Malbec… En tout cas, quand on est passionné par la chose, c’est assez amusant :-).

    Aimé par 1 personne

  5. ARMANGAU GÉRARD

    Merci pour cet esprit d’analyse dans un monde « oenophile « qui n’obéit pas toujours, et loin s’en faut aux vertus élémentaires de modestie et d’humilité. Votre article tend à décomplexer avec justesse et argumentation le lecteur trop souvent entretenu dans le « mythe » du vin. C’est dans ce même esprit que j’organise (bénévolement) mes séances de dégustations. Bien à vous. Gérard ARMANGAU. Œnologue

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  6. GERARD DEVOS

    Hervé, je ne peux que te féliciter pour cet article. Tu sais combien j’étais attaché à la pédagogie et à la connaissance des bases. Un rappel n’est jamais négatif. Je crois que Mr Peeters n’a rien compris de ta démarche. C’est qu’à force de parler entre personnes qui connaissent le vin c’est certain que l’on a tendance à croire que la connaissance est acquise, ce qui n’est pas toujours une vérité pour différents points. S’en rendre compte prouve ton charisme et ton humilité tant appréciée.
    Gérard Devos

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