Le projet de refonte de l’AOP Bourgogne retiré par l’INAO

Un projet de refonte de l’appellation Bourgogne (depuis abandonné) prévoyait d’en faire sortir le Chablisien et une partie du Tonnerrois. Les producteurs de ces deux zones n’auraient plus pu se replier en AOC Bourgogne

Parallèlement, l’INAO y aurait fait rentrer 25 communes du Beaujolais.

Devant la levée de boucliers à Chablis, mais pas seulement, le projet a été finalement remisé aux oubliettes par l’INAO, cette semaine.

CHABLIS-1

Il y avait pourtant une certaine logique à ce projet.

Primo, on peut se demander si le repli en AOC Bourgogne est-il toujours une nécessité économique pour les vignerons du Chablisien. Chablis (qu’il soit Petit, Chablis, Premier Crus ou Grands Crus), est sans doute une des plus fortes marques collectives de vin blanc en France comme à l’exportation. Et la zone dispose d’une vraie identité, différente de celle des autres blancs de la région.

Secundo, si l’on discute de la place du Beaujolais en Bourgogne (ce que font les puristes de l’Origine avec un grand O, qui se trouvent aussi souvent être des concurrents du Beaujolais), on peut alors aussi discuter de celle du Chablisien. Les amoureux de l’histoire se rappelleront que la ville de Chablis, sous l’Ancien Régime, appartenait au Roi de France, et qu’une bonne partie de son vignoble était située en Champagne (le Mont-de-Milieu était la limite entre Champagne et Bourgogne).
A l’inverse, Les Riceys étaient alors un village bourguignon. Et encore aujourd’hui, quelque 100 km séparent le Sud du Chablisien des premières vignes du Dijonais. Alors que les vignes de Saint-Amour jouxtent le Mâconnais.

Tertio, goûtez à l’aveugle, comme moi, quelques Chardonnays du Beaujolais et dites-moi s’ils sont tellement différents de leurs cousins de Saône-et-Loire ou de Côte-d’Or? Il me serait plus facile d’identifier un Chablis!

L’Origine a bon dos

J’ai même tendance à penser que le projet de l’INAO n’allait pas assez loin. Une appellation aussi hétérogène que l’AOP Bourgogne n’est-elle pas plutôt une IGP qui ne dit pas son nom? Où est le fameux lien au terroir, quelle identité commune peut-on bien trouver entre Maligny et Fuissé, entre Irancy et Mâcon? Le calcaire? A ce compte-là, Sancerre, Cahors… ou Kimmeridge pourraient produire du Bourgogne!

Mais l’histoire, la géologie, le climat et l’Origine ont bon dos. On aime à les citer à la barre quand ils peuvent être utiles. Mais le vrai critère, aujourd’hui, c’est le critère économique.
Le Beaujolais intéresse les négociants bourguignons qui se sentent un peu à l’étroit en Côte-d’Or et en Saône-et-Loire, dont les crus sont devenus trop chers, et ne fournissent pas assez de volume. Et le nom «Bourgogne», même générique, est un peu plus vendeur que Beaujolais.

L’INAO semble de plus en plus réceptif à ce genre d’arguments, lui qu’on disait si prudent, si technique, si déconnecté des réalités du commerce. Le risque, cependant, c’est qu’il doive de plus en plus naviguer à vue, au gré des courants économiques. Et parfois même, se renier.

Ajouter des couches au millefeuilles des appellations (et des droits acquis) semble décidément plus facile, en France, que d’en retirer.

Hervé Lalau

2 réflexions sur “Le projet de refonte de l’AOP Bourgogne retiré par l’INAO

  1. georgestruc

    Copie de réponse sur chromiques vineuses :
    Très intéressantes réflexions, Hervé. je suis d’accord avec toi : le chablisien sensu lato est une entité spécifique qui a fort peu d’atomes crochus avec les Côtes de Nuits. La géologie de fait pas tout dans cette histoire. Une redéfinition de l’entité Chablis serait sans doute une excellente chose, tant est devenue importante la notoriété des vins qui y sont produits et couper le cordon avec la Bourgogne serait peu douloureux.
    Une question à laquelle je n’ai pas trouvé de réponse : qui a lancé la chose ? L’INAO ? m’étonnerait que ce soit une initiative propre à cet organisme ; il a des tisonniers au feu dans cette histoire…Lesquels ?

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  2. Cette réforme avait été tellement bien expliquée dans les medias grands publics qu’une bonne partie des consommateurs étaient convaincus que Chablis allait disparaître. La vulgarisation, ça ne s’improvise pas, ça demande d’avoir un minimum de connaissance sur ce qu’on veut vulgariser…

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