La France peut-elle produire des vins d’entrée de gamme à prix concurrentiels?

A parcourir la liste de 35 vins proposés à moins de 15 dollars canadiens à la SAQ, publiée par notre confrère de Vin Québec, on peut se le demander. Seuls 4 vins français y figurent, contre 9 vins portugais et 8 espagnols, par exemple.

Le premier vin français n’arrive qu’en 13ème position de ce classement.

Ne vous méprenez pas: je ne milite pas pour un abaissement des prix ni de la qualité des vins de l’Hexagone dans leur ensemble. Mais si l’on développait la production de vins sans indication géographique ou d’IGP produits à moindre coûts, peut-être pourrait-on faire d’une pierre deux coups: renforcer la compétitivité de l’offre française d’entrée de gamme, et faire sortir des AOP des volumes de vins qui n’y ont pas leur place.

Hervé Lalau

12 réflexions sur “La France peut-elle produire des vins d’entrée de gamme à prix concurrentiels?

  1. j-claude favre

    bonjour,
    je me permet de répondre à votre interrogation par une question: au vu de l’évolution actuelle du marché du vin, serait-il raisonnable de s’engager dans une production de vin sans âme (ou sans personnalité marquée) aujourd’hui ?

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  2. Merci pour votre commentaire. La question est pertinente.
    Ma réponse serait la suivante: ces vins existent déjà, ils ne se vendent pas bien en AOP. Les stocks de Bordeaux Bordeaux Sup (et les cours) en sont une illustration.
    Je préconise simplement de réorienter cette production, quitte à lui appliquer des règles moins strictes, permettant par exemple de choisir d’autres assemblages, pour permettre aux AOP de se consacrer à leur vraie mission: l’excellence.
    Dans le même temps, en permettant des rendements supérieurs hors de l’AOP, on pourrait sans doute réduire l’écart de prix avec nos concurrents. Tout cela doit se chiffrer, bien sûr, mais le concept me paraît de toute façon plus viable que de continuer à produire de plus en plus d’AOP et de ne pas réussir à l’écouler.

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  3. On pourrait inverser la question : Est ce que la France n’a pas vocation à produire des vins d’excellence, vu son image particulière dans le monde ? Faire moins, faire mieux, non ? Se battre avec les espagnols sur des marché d’entrée de gamme ? On perd beaucoup à ce jeu là…pour la première fois, je viens de vois un wine-corner dans un SM danois sans aucuns vins français…

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  4. Je suis d’accord M. Cogranne. Mais cela voudrait dire éliminer pas mal d’acteurs dans la filière.
    Comme vous, je pense, je m’intéresse d’abord aux vins de qualité, mais le gros de la consommation se fait sur d’autres produits. Et ne pas développer notre offre de produits d’entrée de gamme pourrait aussi signifier perdre tout un pan du marché français, comme l’a montré le passage de pas mal de grandes marques (Cambras, Vieux Papes…) d’un approvisionnement français (Midi, le plus souvent) à espagnol, pour une question de prix.
    Ce sont des questions délicates auxquelles je suis loin d’avoir toutes les réponses. Merci de votre commentaire, en tout cas, cela fait plaisir de voir que le thème intéresse.

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  5. Bonjour,
    Votre question est pertinente ! Moi-même j’y pense. Je produis des vins en A.O.C Bordeaux rouge et vous avez bien noté, notre situation actuelle très compliquée. Je viens de mettre en bouteille 2 cuvées monocépage et sans sulfite ajouté (Le Petit Verdot du Château Marchand Bellevue 2019 et Le Merlot du Château Marchand Bellevue 2019 en A..O.C et dans des bouteilles bourguignonnes. Et j’ai planté de la syrah que je ne commercialiserai pas en A.O.C. Nous verrons bien si cela sera suffisant pour sauver mon entreprise.

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  6. Je peux vous envoyer un échantillon du Petit Verdot, si vous les souhaitez ? Pour la cuvée Syrah, il faudra attendre encore un peu ! Pouvez-vous me communiquer votre adresse, s’il vous plaît ?

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  7. David Cobbold

    Bien sur qu’on peut répondre à cette demande du marché. Il suffit de le vouloir est de s’organiser pour cela. Regardez par exemple les vins de Pays d’Oc ou de Côtes de Gascogne, ainsi que de nombreux Vins de France. Ensuite, dire que de tels vins seraient « sans âme » est passer à côté du sujet. Tout le monde ne veut pas (ni ne peut se payer) des vins chers et ayant « une âme », à supposer que cela signifie quelque chose !

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  8. j-claude favre

    M. Cobbold, quand je parlais d’âme du vin, j’essayais de décrire sans doute maladroitement tous ces vins dans lesquels on croit reconnaître la « patte » et la sensibilité du vigneron producteur . Si je ne conteste pas notre capacité à produire des vins que l’on peut qualifier de « simples », j’ai seulement peur que ce marché ne soit en chute libre actuellement en France au profit de boissons industrielles à saveur moins amère style bière ou sodas ou gin et vodka etc (pour ceux qui veulent s’alcooliser …) ; ces produits ayant l’énorme avantage de proposer goût, qualité et prix constants.

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  9. Je crains que notre réglementation du travail et notre fiscalité ne nous aide pas sur ce segment. On trouve aujourd’hui des vins proposés à l’export à 1.20 € la bouteille (quelquefois moins, je parle de prix grossiste export hors taxes). Qui peut penser que le vigneron arrive à vivre correctement avec de tels prix ?

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  10. Débat très intéressant, et surtout de grande actualité. Des vignerons aujourd’hui connus pour l’excellence de leurs vins ont soutenu le projet de René Renou de réorganiser les AOC (Patrick Baudoin, Jean-Michel Deiss…). Décédé d’une crise cardiaque alors que le projet allait voir le jour, il fut malheureusement enterré avec lui. Il est certain qu’il faut réserver les AOC aux seuls vins qui méritent un statut de « Vin de terroir », des vins qui délivrent le message de leur lieu de naissance, « des vins qui ont la gueule de l’endroit et les tripes de l’homme », selon la belle formule de Jacques Puisais.
    Quand les « vins fins » ont retrouvé leur place sous Napoléon III, quand ils se sont à nouveau vendus 6 fois plus chers que les « vins communs », Jules Guyot, enfant de la Révolution Française, avait préconisé qu’il était possible de laisser aux paysans la possibilité de planter la vigne en cépages nobles dans des endroits moins qualitatifs que ceux qui accueillent les vins fins, des vignes qui pourraient produire davantage et qui offriraient un bon revenu. Le phylloxéra est arrivé, les guerres mondiales également, et les AOC octroyèrent trop d’espace aux vins fins… dont une partie n’en relève pas. Le « Nouveau Monde » du vin (Chili, Argentine, Australie…) qui s’imposa après la deuxième guerre mondiale importa tous les cépages nobles européens et se sont engagés dans une production de type industriel, de type agro-alimentaire, avec des rendements confortables et des prix de vente bien moins élevés que les AOC françaises « d’entrée de gamme ». Les australiens ont très vite parlé d’une « industrie du vin », les chinois s’y engagent aujourd’hui. Sans complexes, ces nouveaux producteurs de vin ont imposé une nouvelle classification : basic wines, popular premium wines, super premium, ultra premium, Icons…
    Le débat ouvert par Hervé nous rappelle l’urgence de réorganiser les AOC, l’urgence de réduire les aires qui y sont consacrées aujourd’hui et la nécessité de permettre aux vignerons qui produisent des vins de cépage de vivre dignement de leur travail. Cela n’empêche bien sûr pas la renaissance de grands terroirs oubliés après le phylloxéra, en Auvergne, en Lorraine, dans l’Yonne…

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  11. David Cobbold

    L’INAO ne sert plus à rien dans cette affaire. Les règles sont obsolètes et souvent établis en débit du bon sens. Un grand coup de balai s’impose, en laissant entrer un peu de liberté pour les producteurs.

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