Devons-nous cautionner le nouveau classement des Crus Bourgeois?

Ma réponse est non.

Parce que maintenant qu’il sera valable 5 ans et non plus une seule année, la mention ne permettra plus de renseigner le consommateur sur la qualité réelle du vin du millésime qu’il achète.

Qu’ils soient Crus Bourgeois « simples », Crus Bourgeois Supérieurs ou Crus Bourgeois Exceptionnels (puisque ces différentes catégories sont réintroduites), peu importe, puisque ce n’est pas la dégustation qui en décidera – ou en tout cas, pas celle de 4 millésimes sur 5.

Il paraît que cette nouvelle périodicité facilitera la vie commerciale des châteaux, qui pourront travailler sur plus long terme.

Pour sûr!

Mais c’est bien la preuve que ce label a d’abord un objectif commercial, qu’il est fait avant tout pour les producteurs et pour le négoce; alors je pense que nous autres journalistes et commentateurs du vin devrions tout simplement l’ignorer. Car il ne peut pas être un critère de choix pour nous.

Et que puisque l’on parle pas mal de déontologie, ces derniers temps, dans la critique des vins, je pense qu’un des premiers critères qu’il faudrait s’appliquer, comme critiques, c’est de faire abstraction des mentions.

Bourgeois, Classé, Grand Cru, Premier Cru, pas de cru, qu’importe, puisque nous n’avons jamais eu notre mot à dire sur la mise en place de ces mentions. Et que la vérité est dans le verre.

Nous l’avons écrit ici à propos des vins nature, des vins bio, des vins biodynamiques: nous réclamons le droit de tout goûter, sans oeillères; de faire abstraction de l’engagement philosophique du producteur.

La seule méthode qui vaille, à mes yeux (et à mes papilles), c’est de déguster d’abord, à l’aveugle; puis de commenter; et après, éventuellement, d’expliquer en quoi la méthode de travail du vigneron, ses choix, son terroir ont effectivement pu avoir un impact sur la qualité du vin – si c’est le cas.

Il devrait en être de même pour les mentions de cru.

Quand je vois les notes systématiquement très élevées qu’obtiennent les Grands Crus Classés dans la plupart des guides et des revues de vin, millésime après millésime, « exceptionnel » ou « classique », solaire ou pourri, je me dis qu’il y a quelque chose qui cloche.

Tout se passe comme si les « experts » (français, mais aussi étrangers, car le marché est de plus en plus international) ne pouvaient qu’entériner les classements; que décerner une pluie d’étoiles à ces vins prestigieux. Avec, éventuellement, petit emplâtre sur une conscience blessée, des coups de coeur, des 100/100 pour ceux qui, entre ces vedettes, sont encore plus égaux que d’autres.

Mais décerner des 75/100 à des vins verts qui vous assèchent la bouche autant que le porte-monnaie, jamais! On ne touche pas aux vaches sacrées.

Est-ce là rendre un service au consommateur? N’est-ce pas à lui, pourtant, que nous devons penser, plutôt qu’au producteur, aussi sympathique soit-il, aussi coté, aussi classé soit-il?

Hervé Lalau

 

 

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