Un Petit Verdot qui fait plaisir à boire… et à commenter

Il y a quelques jours, ici-même, au détour d’une conversation au sujet de la compétitivité des vins d’entrée de gamme, j’ai noué un contact avec un vigneron bordelais, Alain Dufourg (Château Marchand-Bellevue, à Targon), qui m’a proposé de me faire déguster une cuvée conçue hors des sentiers battus: un 100% Petit Verdot.

Je ne me suis pas fait prier, car j’ai un faible pour ce cépage, souvent relégué tout au fond des assemblages, mais que j’ai pu apprécier à quelques reprises, in purezza, chez quelques Bordelais, ainsi que chez quelques Chiliens.

Pour rappel, le Petit Verdot ne fait pas partie de la famille des Carménets, comme les Cabernets, le Merlot et le Carménère, mais d’un petit groupe de cépages que l’on pense issu du piémont pyrénéen, et apparenté aux lambrusques.

M. Dufourg m’a envoyé deux bouteilles – le 2018, et le 2019, les deux sans soufre ajouté. Je les ai dégustés côte à côte.

La comparaison n’est pas allée bien loin, malheureusement, car le 2018 était bouchonné – un modèle du genre!

Mais j’ai adoré le 2019, qui m’a paru d’un équilibre parfait; malgré sa densité, sa robustesse, la solidité de ses tannins, typique du cépage, ce vin m’a envoûté la langue avec une sorte de suavité, et un superbe fruit noir (mûre, cassis, cerise de Bâle). En bouche, de jolies notes de fumée et de mine de crayon agrémentent tout ce fruit. La finale, veloutée, m’a semblé très longue, le vin m’a rempli la bouche. Et pour tout dire, je n’ai pas craché.

Le vigneron a su trouver la bonne maturité du raisin (c’est un point important pour ce cépage, plutôt tardif), et cela ce sent dans la qualité des tannins.
Aucune déviation, aucune oxydation prématurée, beaucoup de fruit, c’est un vin que je qualifierais de sans soufre et sans reproche. Un vin différent, mais pas clivant.

Aussi, bien que ce ne soit pas mon rôle (car je pense que le vigneron est assez grand pour savoir ce qu’il fait, et ce qu’il fait bien), je ne peux qu’inciter M. Dufourg à poursuivre dans cette voie. Une voie qui peut se résumer ainsi: personnalité assumée, prise de risque, goût de la découverte.

Voila qui donne un tout autre visage au Bordelais, si souvent présenté comme une région figée. La preuve qu’il faut gratter sous les a priori, et goûter, toujours goûter avant de juger.

Hervé Lalau

Une réflexion sur “Un Petit Verdot qui fait plaisir à boire… et à commenter

  1. Bonjour, pour votre information et puisque vous semblez friand de ce cépage, je produit un 100% Petit Verdot depuis le millésime 1995 en Languedoc près de Béziers au Domaine de Ravanès qui ma foi, ravit les amateurs de curiosités bachiques. Nous en avons fait une spécialité. L’adaptation de ce cépage tardif au climat méditerranéen est remarquable et donne des vins de grande garde en version élevage long sous bois mais aussi un concentré de fruits noirs à dominante cassis-violette en version élevage cuve. Je me tiens à votre disposition pour tous renseignements.

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