La révolution du vin espagnol s’est affichée à Barcelone du 3 au 5 février

Un mois après la première édition de la BWW, je reviens vers les différentes rencontres IN et OFF qui m’ont permis d’accéder au large éventail de vins actuellement produits dans la péninsule et de constater si besoin était, que oui, l’Espagne vit une véritable révolution viticole qui inclus aussi les bodegas traditionnelles. Il faut en profiter! J’aime cette diversité, et qu’on ne me demande pas de choisir entre les classiques, les modernes, les bio, les trad ou les nature, je les aime tous, et, je les veux tous dans mon verre quand ils sont bons! Evidemment savoir qu’ils sont élaborés en bio ou en biodynamie me rend encore plus heureuse, mais je ne rejette pas les autres. Je sais ça va en faire hurler certains, mais je ne vois pas pourquoi il faut absolument choisir une chapelle, ça n’est pas ma tasse de thé, j’aime me laisser séduire par tous les styles, je les adapte juste au moment adéquat, je ne suis ni raciste, ni exclusive ! Et je vais vous le prouver :

  • chez « OFF The Record », indiscutablement c’est une une nouvelle génération de vignerons qui s’affiche !

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Off The Record avait lieu dans une nef lumineuse qui en temps normal fonctionne comme un magasin de fleurs, et qui, se situait à seulement trois stations de métro de la BWW. Organisé par les producteurs Fredi Torres et Marc Lecha, c’est devenu un incontournable, je m’y rends à chaque édition, car les vignerons qui y participent représentent une tendance vers des vins authentiques et « naturels »au sens large du terme, ils partagent l’idée que les grands vins sont produits dans le vignoble et que l’expression du lieu est plus importante que les techniques de élaboration. Il y avait 32 petits producteurs,  je ne puis vous parler de chacun d’eux, mais, ils dégageaient tous « un nouveau type d’énergie » comme :

What do you want to do ?

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Lagravera, Pilar, la jeune oenologue…

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 avec sa gamme de vins la Pell, je vous en ai déjà parlé. J’insiste car, j’ai vraiment été subjuguée une fois de plus par l’énergie et la pureté de  la Pell blanc 2018 bien que sa production limitée (350 bouteilles) en fasse un vin difficile à trouver, très floral et délicat. Un vin tout en subtilité comme tout le reste de la gamme qui est à découvrir, que du bonheur !

Tentenublo et ses «vins libres» ! Roberto Oliván est l’un des vignerons les plus intéressants de la nouvelle génération des producteurs de la Rioja, reconnu par beaucoup comme l’un des leaders de la révolution « Riojana ». Il a décidé de sortir de la classification traditionnelle de la Rioja, pour élaborer des vins de terroirs pleins de fraîcheur et de fruit. Son Tentenublo blanc m’a fascinée, rare lui aussi (un peu plus de 1300 bouteilles, mais d’un excellent rapport qualité/prix, 14-15 €) issu de malvoisie et de viura avec quelques mois de barrique. Quant à ses rouges, ils figurent parmi mes préférés, Tentenublo Tinto est son vin le plus connu, un rouge gai et informel mais non sans qualité et complexité il offre toute l’expression du tempranillo entre l’élégance de son fruit et le croquant de sa chair. (il en produit environ 8 000 bouteilles, 14,50€) ; Xérico (95% de Tempranillo, et 5% de Viura, 21 800 bouteilles, 15 €), un hommage à son grand-père, dont l’image apparaît sur l’étiquette, et comprend un peu de viura dans l’assemblage. Un vin tout en finesse, en fraîcheur et souplesse. Très fruité, avec des tanins veloutés et un bel équilibre. La ligne Escondite del Ardacho (en l’honneur d’un type de lézard local personnifié sur l’étiquette et avec des prix supérieurs à 30 €) se concentre sur des parcelles de vieilles vignes, avec de minuscules productions qui ne dépassent parfois pas 1000 bouteilles. Il y a deux vins issus majoritairement de grenaches: El Abundillano (environ 1300 bouteilles, une parcelle de moins d’un hectare avec 9% de tempranillo et un peu de malvasia) et le très élégant Las Paredes (seulement 0,37 ha. Et aussi avec un peu de tempranillo). Las Guillermas est le troisième vin de cette gamme et se nourrit de deux parcelles adjacentes, l’une de Tempranillo et l’autre de Viura, qui représente jusqu’à 40%, et qui donnent naissance à un vin rouge particulièrement original marqué par une acidité remarquable. Le dernier né de la gamme Ardacho est Veriquete (1 900 bouteilles) issu d’une parcelle de 0,41 ha à Viñaspre avec des vignobles entre 50 et 110 ans. Il s’agit d’un assemblage de tempranillo (80%), garnacha (10%) et blancs (10%) et élevé en fûts de 500 litres pendant neuf mois. Un rouge frais, subtil et au profil minéral captivant. Il faut absolument gouter ses vins !

SILICE VITICULTORS, Fredi Torres fait partie de cette nouvelle génération de vignerons qui s’implantent une peu partout en Espagne, trouvant dans les zones vinicoles qui les intéressent des partenaires. Dans ce projet, Fredi sest associé avec les frères Juan et Carlos Rodriguez, en Ribeira Sacra.  Des amoureux de ce terroir, cherchant à faire parler ces spectaculaires vignobles verticaux, une «viticulture héroïque» qui s’exprime beaucoup quand on sait comment s’y prendre. Silice blanc 2018, est composé à 90% de Palomino, Treixadura et Albariño, avec 10% de Godello et Doña Blanca. En bouche c’est un vin frais avec du corps, du gras et de l’oppulence. Son caractère minéral laisse apparaître une finale aux saveurs Atlantiques, avec des notes fumées. Silice Tinto 2018, est composé de 80% de Mencia et 20% d’Albarello, Merenzao et Grenache issus de vieilles vignes de 60 à 80 ans, plantées sur des coteaux vertigineux, au dessus du Fleuve Sil, à des altitudes comprises entre 300 et 500m. Le vin n’est ni filtré ni clarifié. L’élevage se fait pendant 9 mois dans des foudres de chênes français. Ce vin de couleur pourpre et lumineux, offre des notes de fleurs et de plantes aromatiques, ainsi que des arômes de fruits rouges mûrs. En bouche c’est un vin frais et peu structuré, avec de la finesse et un côté velouté. Son caractère minéral laisse apparaître une finale aux saveurs Atlantiques, avec une légère amertume et des notes fumées. Un vin tendre et souple, avec une belle profondeur aromatique. Enfin, des parcellaires de vieilles vignes, à la production très limitée 500/600 bouteilles, Finca Lobeiras 2016 (Mencía, Albarello y Merenzao), Finca Romeu 2016 (Mencía y Garnacha Tintorera), Finca Rosende 2016, un rouge de Mencía, Garnacha Tintorera et Palomino, chacun 90 euros. Les vins autant par la subtilité de leurs parfums de fleurs que par la suavité de leur texture se montrent des plus séduisants. Dans toutes les appellations où il est présent, la philosophie de Fredi est similaire: atteindre un volume annuel compris entre 20 000 et 25 000 bouteilles avec un vin de base abordable et plusieurs parcellaires spécifiques.  » Mon obsession est de faire des vins avec une bonne buvabilité, mais dans le respect des typicités de la région et des cépages que je cultive. Je sulfite a minima, mais je sulfite quand même, je ne suis pas un extrémiste du sans-soufre. Mon travail en biodynamie n’est pas un élément de marketing ».

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LE CARTEL, Jean-Remy  Mourad & Fredi Torres proposaient 2 vins de Gruissan, un tout nouveau projet; le Cartel 2019, un alicante bouschet frais et tonique, avec des notes de fruits noirs. La bouche est tendue par une acidité, avec une matière, qui gagne progressivement en chair et densité mais qui a besoin de se civiliser encore un peu ; et, le Cartel Grenache 2019, un rouge en semi-carbonique, rond, friand, et qui garde une belle fraîcheur… J’en ai gardé une bonne impression, à suivre.

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Sota Els Angels  rosé 2018, Grenache 85%,  Carignan 15%, Un vin complet, fruité et floral, qui allie à merveille l’élégance, l’équilibre et le fruit. Un rosé efficace, gourmant,  difficile de lui résister !

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Il y avait quelques producteurs français qui sont distribués en Espagne, comme les Enfants Sauvages, dont je vous parle souvent,

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 Le Champagne Bourgeois Diaz, C’est la maman de  Jérôme Diaz qui était là ! Les Champagnes Bourgeois-Diaz cultivent depuis quatre générations 7 hectares d’une trentaine de parcelles réparties les coteaux de Crouttes sur Marne et sur les communes environnantes : 3,5 ha de Pinot Meunier, 2 ha de Pinot Noir et 1,5 ha de Chardonnay ;  depuis 2009 le domaine s’est converti à fond à la biodynamie.  Au chai, levures chimiques et soufre de synthèse sont proscrits. La récolte est vinifiée à 35% en fûts de chêne.  Des champagnes où l’expression du terroir prime, il pratique donc de très faibles dosages (3 g/L). Champagne BD’ M Brut Nature – 100 % Meunier assemblage de plusieurs parcelles, une cuvée fruitée  aux notes de fruits blancs, tendue et très concentrée. Relativement vineux,  d’une remarquable fraicheur, à la finale saline. D’un bel équilibre de, dans un style droit et précis; Champagne BD’ 3CC Collection, comme son nom l’indique, un assemblage des trois principaux cépages champenois (Chardonnay, Pinot Noir et Pinot Meunier). Elle est vinifiée pour un tiers en fûts de chêne et dosée à 2g/L. Une cuvée aux bulles abondantes, au nez floral raffiné, aux notes de fruits blancs et d’agrumes, et au palais très fraîs. Un champagne équilibré, séveux, légèrement fumé, qui laisse une impression de vinosité. Finale élégante  avec de beaux amers. Champagne BD’ B (Chardonnay) un style ample/élégant, avec une superbe tension grâce une belle acidité, et des bulles d’une grande finesse ; Champagne BD’ N Brut Nature un blanc de noirs non-dosé composé d’une majorité de pinot noir, complété par du pinot meunier vineux, bulles fines et élégantes, une grande fraîcheur et une belle longueur en bouche; Champagne BD’ 3C Brut Nature (20 %   Chardonnay, 35  % Pinot Noir.  Dosage : 0 g/l – Dégorgé le 24/04/2019)  Une bouche vive et fraîche avec une belle structure vineuse et intensément aromatique. Des bulles très agréables. Une finale savoureuse et bien équilibrée.

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Vinyas D’Empremta,est un petit projet familial situé à Navas, une petite ville de la province de Barcelone, créé par Isidre et ses deux enfants, Gérard et Berta, dont le but principal est d’identifier et de faire connaître un territoire au travers d’un paysage historique que le vignoble avait occupé entre terrasses et murs en pierre sèche; un projet de retour vers des cépages obsolètes et oubliés, vers une tradition viticole, vers une façon de faire du vin. Bref, un retour vers la Terre Mère. Leur histoire, la passion avec laquelle ils la transmettent et leurs vins m’ont émue. Vinyas D’empremta fait partie de ces domaines qui contribuent à mon bonheur viticole. Leurs vins dotés d’une personnalité surprenante, accrochent d’emblée. Ça n’est pas la première fois que je les goute, mon beau fils m’en emmène souvent, Ils ont déjà laissé de beaux souvenirs dans ma mémoire et sur mon palais, leur gamme compte plusieurs blancs dont un excellent un assemblage de Macabeu y picapoll de vignes centenaires, différent, rafraichissant,  avec des notes de mousse fraîche, un vin d’amertume et de saveurs anciennes, expression maximale des vignes centenaires ; Piotxa, Macabeu et pansera, un des joyaux de la région, Escadolles, Macabeu y pansera, issus de parcelles où les vignes naissent et vivent au milieu de grandes dalles de pierre (escadolles). Rusc, un monovariétal de Torbat, un vin plein d’énergie, de noble amertume, de subtiles présences, de nuances très étendues, pamplemousse rose, fleur d’oranger, fleur de genêt coing et mélisse et qui se livre petit à petit: sec et avec du volume, net et amical. Solide et léger à la fois… Austérité et attraction, énergie, patience et longévité. Un grand vin; Curull, Mandó, sumoll y garrut; un vin vibrant mais discret, Biot, Sumoll y bartrol, une gorgée de plaisir, dans laquelle on pourrait presque plonger, c’est un vin qui me secoue émotionnellement. Il est robuste et intense mais en même temps il est aimable et floral; Corsai, Sumoll 100%, aux notes d’épices et de garrigue sans masque; Sucamulla, un assemblage de Batrol, sumoll, mandó, garsenc y garrut, une expression catalane qui rappelle des tranches de pain avec du vin et du sucre. Un vin frais et équilibré, une certaine opulence en bouche, avec une touche de sel, un petit délice. Belle couleur, longue vie et l’illusion d’un grand projet, non filtré ni clarifié. Un vin qui transmet la pureté d’un paysage qu’ils récupèrent avec beaucoup d’efforts. Belle finale sur les amers. Merci d’avoir transmis tant d’émotions dans un verre.

Alvar de Dios, Toro et Arribes, Alvar de Dios Hernández est un jeune Zamorano qui a hérité en 2009 de trois hectares de vignes non greffées plantées en 1919 dans la région de Toro par Aciano, son grand-père, à 700 mètres d’altitude sur des sols sablonneux. Il a continué à récupérer les vieilles vignes principalement de tempranillo et en 2011, il a décidé de commercialiser ses propres vins, Alvar cherche à élaborer des vins sans artifices ni maquillages, des vins frais et fruités, avec peu d’extraction et dans un style qui est tout autre que celui des vins classiques de la DO Toro. Ses vins, cherchent à refléter l’identité viticole de chacun de ces lieux. Ils sont sa vision des gens, de la région, des sols et des cépages. Entre rouges et blancs, il élabore environ 50 000 bouteilles. Il a sorti son premier vin Aciano (Tinta de Toro,grenache et mencia 7500 bouteilles, environ 18 €), en hommage à son grand-père, c’est un rouge qui offre un bouquet de violettes avec un soupçon de thym et de laurier,  frais mais sans acidité et avec des tanins fins, très éloignés du style puissant et robuste que l’on retrouve couramment à Toro. Plus tard, Álvar a acheté Vagüera, une parcelle d’un demi-hectare de vignes abandonnées. Situé à une hauteur de 950 mètres, sur des sols argileux rouges et des sols rocheux, en dehors des limites de la DO Toro, près du village d’El Maderal. Principalement planté d’albillo et d’une douzaine de cépages. De ce vignoble naît le complexe aromatique blanc Vagüera (1700 bouteilles, 23 €), profond et frais. C’est un vin floral avec des notes d’agrumes et d’herbes sauvages qui cèdent le pas à des notes de fruits secs. En bouche, il a beaucoup de caractère, il est ample et juteux, avec une finale longue et fraîche.  Tío Uco  (tempranillo 90%  et Grenache 10%, 20 000 bouteilles, 8 €), est son vin d’entrée de gamme. Les raisins proviennent de trois parcelles différentes cultivées dans le nord-ouest de Toro entre 25 et 40 ans. Il est frais, fruité, juteux et luxuriant, puissant mais tempéré par une bonne acidité. Les saveurs de fruits rouges mûrs ont un petit côté vivifiant qui donne envie de prendre une autre gorgée, avec peu de corpulence pour être un toro. Bois intégré et presque inexistant. Une fois installé dans son village, Alvar a décidé d’explorer les Arribes del Duero, une zone très rurale à la frontière avec le Portugal où les cépages locaux ont un grand potentiel. Le Camino de los Arrieros (4 800 bouteilles, 15 €) a été le premier vin produit sur place et conserve le profil frais et subtil de ses Toros. C’est un mélange de cépages locaux (juan garcía, rufete, trincadeira preta et bastardo) qu’il achète auprès d’un vigneron local et qu’il vinifie avec la rafle et des levures indigènes. Un rouge charnu et profond. Au nez, se détachent des arômes de fruits noirs mûrs, avec d’élégantes notes épicées et une touche toastée très distinguée. En bouche il se montre assez ample et offre une finale longue et fraîche. Il a récemment lancé deux autres vins de la région. Las Vidres (460 bouteilles, 40 €) un vin blanc monocépage Doña Blanca issu d’un vignoble aux sols en ardoise et exposé plein sud ; Intensité et émotion, élégance au nez, avec des arômes de fruits blancs mûrs avec de légères notes florales et toastées, crémeux, structuré et frais. En bouche, il est onctueux et volumineux, avec une finale très longue. Le Yavallo rouge (300 bouteilles, 40 €) est né de vieilles vignes de rufete, de trincadeira preta, de mentia. Plénitude sauvage, dépaysement, plaisir!…Les raisins des deux proviennent d’un village de Los Arribes appelé Villadepera.

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  • et à la BWW!

Je vous l’ai déjà expliqué, ce salon s’est affiché comme une plateforme « disruptive » et unique sur le marché actuel des salons, on pouvait y déguster des vignerons artisans du même style que ceux qui étaient à OFF The Record,  certains d’ailleurs ont également participé à des stands de BWW tels que Colet, Arrayán, Veronica Ortega, Akilia, Julia Casado, Beatriz Herranz (Barco del Corneta) ou Lagravera à Costers del Segre côtoyaient, ils y cotoyaient des groupes comme García Carrión, Torres, Roqueta, Burgo Viejo, Matarromera, Araex, Pinord, Manzanos Wines, Albet i Noya, Izadi, Pere Ventura, Vicente Gandía, Campos Reales, Otazu, Destilarías La Navarra, PradoRey y Balmora. Chez ces derniers aussi la révolution viticole est arrivée : la terre a repris la parole. On les écoute parler de vendanges précoces de moins d’extraction, de moins d’apport de chêne neuf pour que le fruit puisse briller de mille feux ou de sélection de vieilles vignes qui étaient auparavant diluées dans des assemblages de vins, ils recherchent de la fraicheur… Des zones, comme la Rioja par exemple,  connaissent des changements intéressants, je me suis arrêtée  chez: LUIS CAÑAS, Juan Luis Cañas était là, il m’a proposé une dégustation que j’ai accepté avec plaisir, car, je n’avais pas gouté les vins depuis mon départ de LAVINIA.J’ai pu constater qu’il était lui aussi porteur d’une vision moderne et d’un style qui le place parmi les « révolutionnaires » de la Rioja. Son blanc, Amaren blanco, 85% Viura, 15% Malvasía, (du Basque signifiant « mère ») en l’honneur de la mère de Juan Luis Cañas, un vin d’une grande intensité aromatique et tout en élégance, Amaren Reserva 60, 2010 les grappes de Tempranillo sont sélectionnées dans plusieurs parcelles situées en altitude d’un âge minimum de 60 ans, avec des rendements faibles. Le nez est élégant mettant en valeur les fruits noirs mûrs, des touches épicées ( vanille, cacao),  et des notes balsamiques qui lui donnent de la fraîcheur, des notes de cuir et de réglisse noire, typiques du tempranillo viennent s’ajouter. En bouche, il est juteux, rond, large, long et complexe avec une bonne acidité. Les épices douces occupent le devant de la scène, les tanins sont très veloutés et l’équilibre parfait. Une finale persistante en fait un vin puissant et complexe. Juan-Luis  nous a fait découvrir ensuite avec beaucoup de fierté ses « viñedos singulares, cette nouvelle classification de la Rioja dont je vous ai déjà parlé : El Cristo de Samaniego 2017, Carraquintana 2017 et Viña Chelus de Amaren 2017. Les vins parcellaires, les vieilles vignes, la durabilité et la récupération des cépages font partie de cette nouvelle vague. « Un viñedo singular doit être un vin qui vous fait palpiter et crier un olé! », a déclaré Pablo Franco, directeur des services techniques du Consejo Egulador, lors de la présentation. C’est un peu exagéré, mais la vérité c’est que se sont des grands vins, avec une approche rigoureuse et des origines choisies, ce qui permet de dégager des vins caractérisés par une grande pureté et un fruité intense. En bouche,  j’ai trouvé  des notes de fruits rouges, surtout de groseille et de cerise sur un fond légèrement mentholé, la minéralité est très présente en finale. Les tanins  sont d’une finesse remarquable conjugués à une belle assise avec de la tension et une bonne structure, mais en même temps avec une belle élégance et fraîcheur. Voilà de très beaux vins qui int quitté la tradition,  des Rioja modernes, éloquents et intenses, je les inviterai avec plaisir à ma table.

Un des grands moments du salon, on le doit à la Maison Torres !  Mireia Torres et Miguel Torres Jr, ont a proposé une dégustation inédite de vins élaborés avec des variétés ancestrales pré phylloxériques, récupérées pour montrer leur grand potentiel œnologique et leur capacité à faire face au changement climatique. J’admire tout le travail que la maison Torres fait depuis longtemps en termes de durabilité et de récupération des cépages ancestraux. Miguel Jr. et Mireia préservent très bien l’esprit de la bodega et, ils en ont fait l’illustration, le lundi 3 février, à la BWW avec cette dégustation.

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Mireia et Miguel Torres Jr.

Torres, qui fête cette année les 150 ans de sa création, travaille ce projet de récupération des variétés pré-phylloxériques, depuis le début des années 80, le domaine a récupéré plus de 50 cépages inconnus et a décidé de se concentrer sur 6 d’entre eux, qui présentent un meilleur potentiel œnologique et une meilleure adaptation au nouveau scénario climatique. Ils ont commencé à lancer sur le marché des vins uniques, qui peuvent devenir des solutions pour la viticulture face au défi climatique actuel. Selon Miguel Torres, « face au changement climatique nous devons être prêts à continuer à produire de grands vins. Nous devons rechercher des variétés plus résistantes, repenser les souches que nous plantons aujourd’hui dans nos vignes et même trouver de nouveaux scénarios qui pourront à l’avenir convenir à la culture de la vigne ». Mireia Torres a expliqué «au départ, nous avons lancé ce projet pour en savoir plus sur le patrimoine viticole qui existait en Catalogne avant l’arrivée du phylloxéra, mais compte tenu des preuves du changement climatique, nous avons établi des paramètres de sélection des cépages, en prenant en compte non seulement l’intérêt œnologique mais la résistance à la sécheresse et aux températures élevées ». La donnée essentielle recherchée a été la maturation tardive – ce qui permet de contrecarrer l’avancement de la date vendanges qu’entraîne l’augmentation des températures – et qui donne naissance à des vins expressifs, d’une acidité marquée. Une fois le potentiel œnologique de ces cépages  déterminé par micro vinifications, différents tests sur le terrain ont été effectués pour découvrir dans quelles conditions climatiques et type de sol chacun s’exprimerait le mieux, avant de les affecter à un terroir spécifique. Certains préfèrent des climats chauds et des sols argileux, d’autres aiment l’altitude et des climats plus frais et des sols calcaires. Il a ensuite fallu aller chercher les accords avec le gouvernement et les appellations. Ce processus a pris entre 10 et 15 ans. Quatre de ces cépages, baptisés forcada, moneu, pyrène et gonfaus ont été dégustés .Dans le cas du forcada, un cépage blanc autorisé par la DO Penedès, la Familia Torres a déjà commencé à le commercialiser dans la grande restauration,  il a été planté au Mas Palau, dans l’Alt Penedès : c’est un vignoble de sols argileux situé à 450 mètres, loin de toute influence maritime. Il y murit à la mi-octobre, un mois plus tard que le chardonnay. La Forcada 2016 (12,5 %, 50,00€) malgré un millésime chaleureux, le vin conserve une très forte acidité, surprend par son intensité aromatique, sa fraîcheur et présente un bon potentiel de garde. Ses arômes d’herbes, de fleurs blanches et de très fines notes d’agrumes citronnées le rattachent à la méditerranée. Pour Miguel Torres, « trouver dans le Penedes des acidités similaires à celles des vins de l’Atlantique, est très surprenant ». Le moneu a été planté au domaine Castell de la Bleda, situé à Santa Margarida et els Monjos, toujours dans le Penedès, ce cépage rouge a également été autorisé par la DO Penedès, il résiste très bien à la chaleur et à la sécheresse, la plantation de moneu a été considérablement agrandie avec 10 hectares en gobelet, qui seront productifs à partir de 2021. Le Moneu 2019 est un vin avec un fruit frais, intensément aromatique, concentré et équilibré des niveaux d’alcool modérés, et une forte acidité malgré la vendange début octobre. Le cépage Pirene a été planté à Tremp (Lerida), DO Costers del Segre, à 950 mètres d’altitude. Il mûrit lentement, début octobre, et conserve une grande acidité. Pirene 2018 est un vin brillant et vif, frais, au nez il exhale des arômes de fruits rouges, des notes florales et herbacées, avec une touche épicée. La bouche est élégante et surprend par sa texture et sa finesse, une fraîcheur vive et intense qui accompagne jusqu’à la fin. Un rouge délicieux et rafraîchissant. C’est toujours dans les Costers del Segre, mais au domaine Purgatori, au cœur de Les Garrigues, que gonfaus a été planté, dans un climat extrêmement sec et soumis à des oscillations thermiques très prononcées entre le jour et la nuit, c’est là qu’il s’exprime le mieux ce cépage  féminin très peu productif.  Gonfaus  2018 s’est révélé être un rouge intense, chaque gorgée était une explosion de fruits, avec une bonne acidité.  Un vin qu’on n’attend pas dans cette zone et qui en même temps est plein d’accents du Sud ! Autant de fruits et de fraicheur, autant de densité, autant d’intégration : on ne sent pas les tanins, un si bel équilibre, c’est le rêve ! La dégustation s’est terminée avec Grans Muralles 2015 (DO Conca de Barberà), premier vin issu de ce projet qui intègre les premiers cépages récupérés par la Famille Torres, 3% de garró et 19% de querol, 44% de Cariñena, 29% de Garnacha, 5% de Monastrell élevés en barriques françaises pendant 18 mois. Un rouge élégant, équilibré et envoutant, ave beaucoup de caractère. Le nez est très sudiste avec beaucoup d’herbes, de fruits sauvages et des notes de confiture de prunes. Il a un joli caractère terreux et minéral en bouche et suffisamment de tension pour le rendre vif et frais. Il laisse une sensation de plénitude, et de  personnalité…. 7440 bouteilles et certains formats plus grands. Un grand vin espagnol ! Une superbe longueur en bouche, des cépages inconnus à découvrir ! Une belle découverte…je suis conquise.

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Pour finir je vous parlerai de la Companyia Vitícola Sileo, ça ne vous dit rien ? Normal, c’est le nouveau projet d’Agusti Torelló Sibill et de ses deux enfants, Agusti et Jordi dans les terres de Montsant. Sileo est le premier vin rouge  signé par Agustí Torelló, il est né dans la région de Masroig où prédominent les sols argileux. «Sileo» vient du latin et signifie reprendre la marche ou recommencer sans doute une référence à sa nouvelle étape avec son fils, après être sorti de la cave familiale de Sant Sadurni d’Anoia. Mais Agusti m’a expliqué que c’était plutôt un redémarrage, une reconnexion avec la terre et que dans cette nouvelle aventure leur priorité était le terroir, ils ont cherché à traduire dans ce vin la représentation la plus pure et la plus authentique à la fois des sols calcaires, argileux et granitiques du Montsant et des cépages Grenache et Carignan des anciens vignobles de Darmós, la Sierra de Almos et Le Masroig !

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Le SILEO 2018, D.O. Montsant, 80% Grenache et 20% Carignan,  issus de vieux vignobles cultivés en bio. Elevé pendant 9 mois en fûts de chêne français de 500L. De couleur cerise, il s’ouvre sur un nez net et franc, avec des arômes dans lesquels se détachent les fruits rouges et noirs, sur un fond épicé ; en bouche c’est un vin tout en souplesse et en fraîcheur. Les tannins sont soyeux  et discrets. Une belle finale intense dévoile un vin précis et bien fait, malgré sa jeunesse, qui est savoureux et facile à boire, mais qui ne manque pas de complexité. Un régal ! 10,70€ son intensité vive est séduisante. Un second vin a vu le jour, Costers de Cornudella 2018, 93% Grenache, 7% Carignan, élevé 12 mois en fûts de chêne français de 500L et en amphores d’argile. Cornudella est un excellent terroir et les « costers (vignobles à flanc de coteau) » sont très recherchés. D’une couleur pourpre lumineux et profond, ce rouge révèle des notes de fruits des bois, d’épices, et des notes balsamiques.  En bouche, c’est un vin fruité intense avec une structure minérale marquée, un fond épicé, avec une touche sensuelle, velouté et délicat, avec une belle fraîcheur. Les tanins sont dynamiques mais bien maîtrisés. Une belle découverte 18€. Un projet à suivre absolument, cra Agusti nous a habitués à ne produire partout où il est passé, que des vins parmi les meilleurs de la zone, des vins de « paysage » comme il les appelle.

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J’aurais pu vous parler de bien d’autres projets, tellement ils fleurissent partout! L’Espagne viticole a compris que les grands vins sont produits dans le vignoble et que l’expression du lieu est plus importante que les techniques d’élaboration et en plus, elle offre des prix abordables et de qualité et une palette unique de saveurs et de cépages.

Ça nous promet beaucoup de moments de plaisir!

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Hasta pronto,

Marie-Louise Banyols

 

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