L’autre Provence : les vins blancs

 

Je n’ai rien contre la couleur rose, comme les deux images ci-dessus peuvent en attester (un groupe que j’ai beaucoup aimé et mon club de rugby, le Stade Français Paris !), mais je dois avouer mon aversion pour l’avalanche de vins rosés en provenance de Provence. Avalanche qui, à la vue de son succès commercial certes enviable, a eu un effet redoutable de « copier/coller » sur les rosés de beaucoup de régions françaises, et même d’ailleurs. Je sais, je ne suis pas « tendance » et je m’en moque.

Mais la Provence élabore aussi d’excellents vins rouges et blancs, et je trouve bien dommage de ne voir qu’une seule couleur (d’un ton rose bien trop pâle d’ailleurs) quand on parle de vins de cette belle région.

J’ai donc décidé, en prévision de l’été qui arrivera un peu plus tard (et même pour tout de suite, après tout), de travailler un peu sur les blancs de Provence. J’en ai reçu une cinquantaine d’échantillons, provenant essentiellement des appellations Côtes-de-Provence et Coteaux-d’Aix-en-Provence, plus quelques Coteaux Varois et d’autres appellations autour. Je n’ai pas demandé des échantillons de Cassis, bien connu en particulier pour ses vins blancs de très bon niveau.

Photo : François Millo

Les vins blancs et cépages blancs de la Provence

Les vins blancs représentent 5% de la production des Côtes-de-Provence et probablement quelque chose du même ordre pour les Coteaux d’Aix.

Il y a quelques différences entre l’encépagement des deux appellations. La première, qui recouvre environ 20.000 hectares fortement dispersés dans les départements du Var et des Bouches du Rhône, accepte les cépages suivants ; clairette, vermentino (appelé localement rolle), ugni blanc et sémillon. La deuxième, qui reste confinée dans les Bouches-du-Rhône autour de la ville d’Aix-en-Provence, possède une palette plus large avec bourboulenc, vermentino, clairette, grenache gris, ugni blanc, sémillon et sauvignon.

L’approche et les styles des vins dégustés

Loin de toute notion artificielle de « typicité » (voir à ce propos l’article de Nadine Franjus et les intéressantes discussions qui l’ont suivi sur ce blog), les styles des vins dégustés couvraient un éventail assez large, allant du vif, léger et simple pour aller vers le riche, complexe et puissant.

D’abord, il a fallu, lors d’un premier passage, éliminer tous ceux qui souffraient de défauts divers : excès de sulfites, acidité agressive (et probablement ajoutée) et quelques oxydations prématurées pour des vins qui, pour la très grande majorité, venaient des millésimes 2018 et 2019. Ce tri a éliminé à peu près la moitié des vins. Intervient aussi, à la marge, le facteur prix car j’ai considéré, d’une manières certes arbitraire, que 30 euros est un maximum à payer pour des vins qui ne sont pas destinés à une longue garde. La quasi-totalité n’avait aucun mal à entrer dans cette case car le prix public moyen de l’ensemble se situe autour de 14 euros ttc la bouteille, avec des extrêmes à 5,50 et 29 euros. Si on peut estimer que 50% fait beaucoup de déchet parmi des vins qui sont, pour l’essentiel, loin d’être des entrées de gamme, regardons les choses du bon côté : il y avaient aussi beaucoup de jolis vins.

Ma dégustation en deux temps (les prix mentionnées sont « publics », et en France)

Je vais diviser les vins en deux groupes par leurs profils gustatifs : les vins vifs et frais et les vins plus riches et puissants. La première catégorie contient les vins les moins aromatiques mais les plus vifs. Ils se vendent généralement pour moins de 15 euros et souvent pour moins de 10. La deuxième catégorie comporte les cuvées les plus ambitieuses, plus riches sur le plan aromatique et avec une présence d’alcool parfois plus marquée. Les bouteilles sont souvent lourdes et les prix dépassent les 20 euros. Dans certains cas, la frontière entre les deux groupes est difficile à établir. Essayons quand-même pour voir :

Les vins vifs et frais

Château d’Astros 2019, Côtes de Provence (9 euros)

Nez floral et fruité, avec des notes de poire et de pêche blanche ainsi qu’une touche de citron. Une bouche alerte, à la texture mi-fine, mi-herbacé. Gourmand et vivifiant.

Terre Promise 2019, Henri Bonnaud, IGP Méditarrannée (environ 10 euros)

Un nez d’herbes aromatiques comme de l’estragon, plus du citron. Jolie combinaison entre finesse et une certaine rondeur en bouche. Un bon vin simple et accessible, très agréable.

Domaine Saint Ferréol 2019, Coteaux Varois (8 euros)

Le nez est un peu agressif, entre estragon et citron. Cette vivacité fonctionne bien en bouche en revanche, donnant un vin désaltérant et bien adapté à une cuisine estivale.

Château Ferry Lacombe, Haedus 2019, Côtes de Provence (9 euros)

Son nez assez aromatique autour de la pamplemousse m’a fait penser au sauvignon blanc mais je constate que ce cépage ne fait pas partie de l’appellation. Ce fruité de qualité se manifeste bien et avec une belle vivacité en bouche. Assez long.

Petit Salé de Villeneuve (Château de Roquefort) 2019, IGP Bouches du Rhône (12 euros)

J’admets connaître (et apprécier) le producteur de ce vin, Raimond de Villeneuve, et la dégustation n’était pas à l’aveugle. Vous en tirerez les conclusions que vous voulez, mais je défend mon indépendance et mon opinion ! Nez fin qui, effectivement, évoque une forme de salinité accompagné de fines herbes. Le fruité est aussi délicat que salivant en bouche. Un excellent verre d’apéro qui inviterait rapidement à un deuxième avec des tapas de fruits de mer ou des charcuteries. Le prix me semble un peu élevé mais le vin est bon (et je suis peut-être un peu Ecossais).

Château de Roquefort, Les Genêts 2019, Côtes de Provence (15 euros)

Même remarque de réserve (je connais le propriétaire) que pour le vin précédent. C’est avec ce vin que ma séparation un peu arbitraire entre les « légers » et les « puissants » touche à sa limite, car ce vin est très frais et ne titre que 12%, mais il a aussi la complexité et la longueur qui militeraient pour son inclusion dans l’autre catégorie. Cela sent effectivement le genet et donc le nom de la cuvée n’est pas débile. Une bonne base de vermentino lui donne aussi une palette élargie d’arômes floraux et de fruits. Un territoire frais (en amont de Cassis) et encerclé de collines et de bois, ainsi qu’une date de vendange bien choisie lui confèrent sa surprenante vivacité. Gourmand et buvable à tout moment.

Château Vignelaure, La Source 2019, Coteaux d’Aix (12,50 euros)

Beau nez entre pêche blanche et poire bien mûre, relevé par un accent de fines herbes. Une belle vivacité en bouche, ainsi qu’un touche plus tactile et herbacée qui pourrait lui faire une place à table avec des plats aux aromates ou des volailles en sauce.

Les vins plus riches et puissants 

Château Margillière, Bastide 2019, Coteaux Varois (12 euros)

Bien arrondi, relativement souple et savoureux. Sa finale légèrement tannique (c’est à dire tacile et un peu collante) devrait bien l’aider à table avec des plats aux saveurs intenses et salines.

Château de Sannes, Grand Blanc 2018, Luberon (prix inconnu)

Fait d’ugni blanc, grenache et vermentino , ce vin est bien gourmand et assez gras. Il a beaucoup de charme et aussi de la finesse. Belle longueur et équilibre. Il est difficile en revanche d’avoir des informations sur son prix.

Domaine Sainte Marie, cuvée 1884, 2017, Côtes de Provence (14,50 euros)

Un millésime un peu plus ancien a certainement aidé ce vin riche en saveurs et long en bouche d’atteindre son équilibre. Bon vin, manifestement issu d’une matière à pleine maturité et très bien vinifiée.

Château Henri Bonnaud 2018, Palette (prix inconnu mais qui devrait se situer entre 15 et 20 euros)

Un nez tendre et fin, aux arômes séduisantes de pêche, de melon et de mangue.  La tenue en bouche n’est pas de reste, avec un corps moyen, un bon équilibre et de la longueur.

Villa Baulieu 2016, Côteaux d’Aix (29 euros)

Mon vin préféré de toutes lors de cette dégustation ! Pas donné, mais il vaut son prix. Belle présentation dans un registre très classique, avec une bouteille un peu trop lourde peut-être. Le nez est intense, aux accents de citron, de pomme et d’herbes fines. La bouche est bien plus riche, avec un gras modéré et toujours cette belle intensité vibrante. Long et très savoureux, également parfaitement équilibré. Un grand vin blanc !

Château de Rimauresq, Quintessence 2018, Côtes de Provence (27,70 euros)

Issu d’un excellent domaine situé au pied du Mont Sainte Victoire, surtout connu pour ses très beaux vins rouges, voici, dans une bouteille bien trop lourde, un excellent vin blanc dont la richesse aromatique au nez est bien en phase avec une très intéressante complexité en bouche. Ces sensations incluent de beaux amers qui devraient lui donner une champ élargi à table.

Château La Martinette, Clos Blanc 2016, Côtes de Provence 2016 (25 euros)

Décidément, les bouteilles (trop) lourdes sont souvent des marqueurs des cuvées ambitieuses et plus chères ! Derrière la belle étiquette dépouillé, on découvre un nez qui porte les traces d’un élevage bien maîtrisé à travers ses notes de vanille et d’épices qui accompagnent d’autres de fruits à noyaux blancs et jaunes. Le style est proche de celui d’un chardonnay d’un climat chaud, donc assez chaleureux, à la texture ferme et dense.

Domaine Gavoty, cuvée Clarendon 2016, Côtes de Provence (22 euros)

Le nez est complexes, bien équilibré entre fruits et épices, le tout dans un style patiné par une douce évolution. Assez gras en bouche, peut-être un peu juste en expression fruité mais avec une belle structure légèrement tannique qui resserrre la finale. Vin de caractère.

Domaine des Diables, l’Hydropathe 2018, Côtes de Provence (22 euros)

Le nom du domaine intrigue autant que le nom de la cuvée fait sourire ! La forme de la bouteille va donner des cauchemars aux cavistes qui doivent empiler ces flacons de forme légèrement coniques. Le vin est bien parfumé, entre zestes d’agrumes et fruits à noyau blancs et jaunes. Rond et chaleureux en bouche, avec ce caractère bien sudiste qui vous mets dans l’ambiance diabolique.

Les vignes du Château de Roquefort

Conclusion

C’est confirmé : la Provence produits de très bons vins blancs qui me semblent souvent bien plus intéressants que les rosés, et dans des styles qui sont assez diversifiés. Nous connaissons aussi la qualité des rouges. Il est juste dommage que la vague rose semble avoir occulté ce potentiel et la connaissance du public de ces vins qui reflètent bien la diversité des cépages et des localités dans la zone.

David Cobbold

 

7 réflexions sur “L’autre Provence : les vins blancs

  1. Tout à fait d’accord David. J’ai fait en son temps quelques reportages sur les blancs provençaux, les rouges aussi qui valent autant la peine. Mais c’était avant, aujourd’hui, quand je propose un dossier blanc ou rouge, c’est devenu plus compliqué (je parle pour le CIVP). Pourtant quand j’ai fait un spécial rosé haut de gamme, j’avais également proposé un questionnaire aux vignerons, dans lequel je leur demandais si avec la belle vague du rosé, s’ils comptaient encore augmenter la production de ce type de vin, à part un domaine, tous les autres m’ont répondu qu’ils replantaient des cépages blancs pour en faire du vin blanc et qu’ils faisaient de même pour le rouge. Des articles comme le tien permettent certes d’encourager cette initiative et de faire plaisir à notre confrère Michel Egea qui a en charge un magazine nommé Rouges & Blancs en Provence.
    Marco

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  2. David Cobbold

    En tout cas Marco, j’étais agréablement surpris par le nombre d’échantillons que j’ai reçu, grâce au travail de l’agence qui a en charge les vins de ces régions.et à l’intérêt des producteurs. Puis la qualité des vins a parlé.

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    1. David Cobbold

      Et pas que ceux-là Daniel ! mais il faut comprendre que les organisations interprofessionnelles travaillent séparément et avec différentes agences et je n’avais pas le temps de traiter avec plus qu’une seule agence, ni de traiter une centaine d’échantillons.

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  3. Très bon souvenir d’une visite au Château de Roquefort, et pour les vins pleins de caractère et pour l’endroit, au milieu des bois et des escarpements rocheux, comme un petit monde de nature préservée – mais entretenue, aussi. Une adresse à retenir.

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