Retour à Cahors (3/5)

Suite de notre petite série sur Cahors.

Je vais parler aujourd’hui de deux domaines (Gaudou et Le Cèdre). Les deux font de bons ou de très bons vins et sont très recommandables, mais la dégustation de certains de leurs vins, comme le regard porté sur leurs histoires différentes, soulève des questions et sujets qui ont parfois valeur d’exemple pour d’autres appellations et régions. Je traiterai d’abord des aspects particuliers par les dégustations, avant de revenir sur quelques remarques plus générales.

Château de Gaudou

Aujourd’hui géré avec beaucoup de dynamisme et d’enthousiasme par Fabrice Durou, ce domaine se situe juste à côté de Château du Cèdre, qui sera la prochaine destination de cet article, comme lors de notre deuxième journée. La visite des installations nous a permis de percevoir très clairement la transition qui est en cours à Cahors, car certains éléments techniques, comme une partie de la gamme actuelle, sont le fait du père de Fabrice, tandis que les plus récents, qui sont aussi les plus variés par leur forme et leur matériaux, ont été introduits par ce jeune vigneron qui veut aller de l’avant et trouver sa voie sans nier le passé.  C’est là une forme de dilemme qui est partagé par beaucoup de cas de succession dans le vignoble : faire table rase du passé, se couler dans la moule des ancêtres, ou bien faire un compromis et faire vivre une gamme multiple issue de différentes voies techniques. C’est clairement cette dernière voie qui a été choisi par Fabrice Durou. Du coup la gamme des vins produits à Gaudou est très large, et, à mon avis, bien trop large, mais on y reviendra.

La dégustation (les prix mentionnés sont ceux fournis au domaine).

D’abord la gamme que nous pouvons qualifier de « classique » :

Gaudou Exception, Malbec 2018, Vin de France (6 euros)

Vif, net est assez fin. C’est un bon vin simple qui vaut son prix.

Gaudou Exception, Châtelet de Gaudou, IGP Lot 2018 (6 euros)

Souple autour d’un fruité d’expression directe et assez simple. C’est bien fait et d’un bon rapport qualité/prix.

Châtelet de Gaudou Tradition 2017, AOP Cahors (8 euros)

Assez souple mais avec un fruité à l’accent terrien qui ouvre vers une note d’amertume en finale. Moyen.

Châtelet de Gaudou Tradition 2018, AOP Cahors (8 euros)

Elevage en foudre. Bien meilleur : dense charnu et long.

Château de Gaudou, Grande Lignée 2015, AOP Cahors (10 euros)

Le bois se fait encore sentir mais il s’agit d’un élevage raffiné et de qualité. Un bon classique qui combine tanins en train de se fondre et une certaine sensation de maturité dans la matière.

Ensuite nous attaquons la partie de la gamme issue des lieux-dits de la propriété et qui sont clairement une des innovations de Fabrice.  Je ne vais pas les commenter tous car ces vins ne m’ont pas convaincu, du moins dans leur forme actuelle car je n’ai pas l’impression non plus que cette forme est définitive. Il s’agit de vins issus, sauf pour un que je vais commenter, de lieux-dits individuels sur le domaine et élevés dans des récipients en céramique. Pour moi, le meilleur vin de cette série est l’assemblage de tous ces lieux-dits et j’en dirai quelques mots. Subdiviser son domaine en une série de micro-parcelles pour élaborer des micro-cuvées – nous avons dégusté 5 différents – me semble un pur exercice de style qui n’a qu’un intérêt théorique. En revanche ce n’est pas convaincant par les sensations rendues au dégustateur, et cela diminue la complexité du vin principal.

Après, le type d’élevage de ces vins est aussi problématique pour moi : je constate que cette mode « anti-bois » est devenue  excessive, comme toutes les modes. Le malbec est un cépage souvent austère à Cahors, sauf cas particulier, et l’élever dans un milieu réducteur comme la céramique ne me semble pas le bon choix pour lui laisser prendre toute l’ampleur dont il est capable. Mais c’est à la mode, et on continue en plus d’appeler ces vaisseaux des amphores, ce qui est inexact! J’ai parfois un goût de poussière avec ces vins puis, surtout, la matière, bien que parfaitement nette dans la cas des vins de Gaudou, paraît bien austère et astringente, voire un peu maigre dans certains cas. Ces vins sont vendus à 12 euros (sauf erreur) qui n’est pas très cher, mais j’ai préféré l’assemblage que voici :

La Sang de Ma Terre 2018, AOP Cahors (18 euros)

Le fait que ce vin soit vendu plus cher que ceux issus des parcelles individuelles ne me choque pas, bien au contraire, car il m’a semblé supérieur. Intense et plus complet dans ses saveurs, assez tannique en encore austère, il a besoin d’aération et d’un arrondi qu’un séjour en bois (barriques ou plus grands récipients) pourrait lui procurer.

Château de Gaudou, Renaissance 2017, AOP Cahors (15 euros)

Un très bon vin, entre un style classique et une vision plus actuelle de l’appellation. Il a du volume et de la complexité. Bon rapport qualité/prix aussi.

Château de Gaudou, Réserve Caillau 2016 (25 euros)

Non seulement le plus cher, mais aussi le meilleur vin de cette dégustation, ce qui ne vas pas toujours de soi ! Avec un bel équilibre, il est aussi suave et long, tout en gardant le dynamisme apporté par son acidité et cet équilibre. (je l’ai noté spontanément à 16,5/20 pour ce que cela vaut).

Château du Cèdre

Notre deuxième visite était au Château de Cèdre, de la famille Verhaeghe, où nous étions reçu par Pascal Verhaeghe (à gauche et derrière Jean-Marc sur cette photo, avec ses deux fils à côté). On peut dire de lui que, non content de produire régulièrement parmi les meilleurs Cahors, qu’il a aussi aidé de nombreux jeunes vignerons de l’appellation à améliorer leurs vins. Il s’agit donc d’un homme clé de la renaissance de cette appellation de Cahors, et qui reste toujours aussi gentil et modeste malgré la réussite des ses vins. Le Cèdre a été pionnier en plusieurs domaines, entre autres en étant le premier domaine à planter (ou replanter ?) du blanc, en 1988. Le domaine comporte 27 hectares aujourd’hui et il y a aussi une activité d’achat de raisins depuis 1995 pour la gamme intitulé Heritage.

notre dégustation

Cèdre Héritage blanc 2018, IGP Côtes du Lot (8 euros)

Un assemblage sauvignon blanc et sémillon avec 2 à 3% de muscadelle. Ce vin est fermenté et élevé sans rajout de sulfite, à part un peu (2 gr) à la mise. C’est un bien joli vin, rond et un peu gras au début, puis finissant sur une finale bien net et parfaitement sèche. Excellent aussi pour ce prix.

Le 2019 du même vin, échantillon pris de la cuve, est tout aussi prometteur, voir encore plus par sa richesse aromatique, sa texture grasse et un côté salin.

Château du Cèdre blanc 2018, IGP Côtes du Lot (30 euros)

Il s’agit d’un 100% viognier, cépage à la mode, certes, mais dont je ne suis pas souvent fanatique. Ce vin est fermenté et élevé (sur lies) dans des fûts de 500 litres, avec 10% de bois neuf. C’est un viognier fin et qui évité soigneusement la lourdeur qui guette trop souvent la variété. Joli vin, rond et plaisant, mais qui ne vaut pas ce prix selon moi.

Cèdre Héritage 2018, AOP Cahors (7,75 euros)

Provenant pour 2 tiers du plateau et le reste de la vallée, c’est leur entrée de gamme, et bravo pour une telle qualité à ce niveau de prix ! Du caractère, mais avec assez de souplesse et du bon fruit pour attirer un public assez large. Bonne longueur aussi pour la catégorie.

Juvenile’s 2019, AOP Cahors (moins de 10 euros)

Très réussi dans son style de vin de fruit, franc, gourmand et plein de caractère.

Château du Cèdre 2016 (16 euros)

Fermenté en foudres et en barriques (dont 20% neuves), avec un élevage long de 2 ans, ce vin est aussi long, complexe et très beau. On peut choisir une version avec ou sans sulfites (voir vin suivant). On est déjà dans l’excellence du Cahors et pour un prix raisonnable.

Château du Cèdre, Extra Libre 2018 (15 euros)

J’avais des doutes sur le nez au début, mais ce vin révèle un fruité splendide en bouche, souple et coulant, vraiment délicieux.

Le Cèdre 2015 (34 euros)

Ce vin, qui a passé 25 mois dans des foudres, a un nez splendide, aussi intense que complexe. En bouche il poursuit sa démonstration avec de tout : largueur, longueur, vibration du fruit avec des tanins fondus. Assez, c’est un grand vin et qui vaut son prix !

Le Cèdre Extra Libre 2016 (prix inconnu mais similaire au précédent je pense)

Il a passé 18 mois dans des foudres d’un vin. Encore une fois le nez m’a semblé un peu curieux, mais j’étais totalement convaincu une fois le vin en bouche, avec une texture fine et une matière très succulente. Il semble évoluer assez vite à l’air, mais dans le bon sens.

GC 2016 (75 euros)

Issu d’une vinification intégrale qui utilise 40% de rafle. Il a beaucoup de matière intense, et sa richesse suave ne dépend pas uniquement des saveurs fruités. Un peu cher peut-être car on a autant de plaisir avec Le Cèdre je pense. Peut-être verra-t-on le différence se creuser avec le temps ?

En conclusion pour le Château du Cèdre : une gamme totalement recommandable. On voit bien que Le Cèdre n’a pas volé sa réputation et ce domaine est pour moi (et bien d’autres) une valeur sure de cette appellation qui a aussi servi de locomotive et d’exemple à plein d’autres.  

Remarques générales

Sans reprendre tous mes commentaires sur certains vins de Château Gaudou, je pense que ce phénomène de micro-cuvées parcellaires est typique d’une mode et d’une forme de recherche axée sur cette notion de « terroir ». Cependant je crois qu’il faut aussi se demander si le consommateur ne sera pas totalement perdu devant une telle multiplication de cuvées et de noms, avec des vins qui ne sont pas si radicalement différents les uns des autres après tout.

Nous avons aussi visité un troisième domaine ce jour qui produit d’excellents vins. Il s’agit de Combel la Serre, et je commenterai ses vins la semaine prochaine, car cet article est déjà assez long je trouve. En tout cas, Cahors a de sacrées ressources et continue à chercher à aller de l’avant, quitte a prendre quelques chemins de traverse.

David Cobbold

4 réflexions sur “Retour à Cahors (3/5)

  1. Quand un bon vigneron fait du sans soufre ajouté, le vin peut être délicieux et bien structuré. Pascal a pris précaution et temps pour y arriver, sachant bien que la précipitation est mauvaise conseillère.
    Marco

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  2. David Cobbold

    C’est exact Marco. J’ai dégusté aussi des exemples chez Denois à Limoux récemment. Il faut rajouter dans les ingrédients essentiels une hygiène impeccable, aussi bien à la vigne qu’au chai.

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    1. Tout à fait d’accord pour l’hygiène, c’est essentiel. Je me rappelle dans un salon SS (sans soufre) d’un vin blanc qui après 5 min virait au brunâtre, je pose la question au vigneron qui me répond « qui t’es toi », je lui dis et sa réponse: « journaliste! casse-toi, tu comprends rien ». Je n’ai pas dû tout comprendre certes, surtout pourquoi ses pieds étaient aussi sales dans ses sandales. Mais depuis, j’ai rencontré nombre de vignerons qui travaillaient sans soufre ajouté et où tout était nickel.
      Marco

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  3. Ping : J’aime la Diversité des styles de nos vins (1. les blancs)! – Les 5 du Vin

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