Retour à Cahors (5/5): Combel La Serre

Notre série sur Cahors s’achève avec ce dernier compte-rendu de visite. Et puis, je voulais aussi essayer de tirer une sorte de conclusion à nos deux journées passées dans ce vignoble qui bouge si bien.

Ce dernier domaine, sans être le seul dans ce cas, coche pour moi toutes les cases de ce qui est intéressant à Cahors en ce moment. Il s’agit de Combel La Serre.

Crédit photo : Antonin Bonnet (je la trouve très réussie, cette photo de Julien et Sophie Ilbert et leurs enfants)

Combel La Serre (famille Ilbert)

Situé à Saint-Vincent Rive d’Olt, à 17 kilomètres à l’ouest de la ville de Cahors et sur le plateau de Cournou, à environ 300 mètres d’altitude, ce domaine de 26 hectares est l’affaire de Julien Ilbert et son épouse Sophie qui ont pris la relève du père de Julien, Jean-Pierre. Si le malbec domine très logiquement les plantations, Julien, comme bon nombre de ses collègues de la nouvelle génération, ne s’interdit pas quelques écarts et expériences, notamment du côté des blancs, et nous avons dégusté un très beau vermentino, qui doit être à peu près la seule version de ce cépage italien dans la région.

J’avais rencontré les vins de Combel la Serre pour la première fois dans une restaurant du sud-ouest, l’Horloge à Auvillar, puis lors d’une édition du salon Vinexpo quand celui-ci se tenant encore à Bordeaux et Julien Ilbert partageait un stand avec Philippe Fezas du Domaine Chiroulet dans le Gers (voir l’article récent de Marie-Louise Banyols pour un compte-rendu complet des vins de ce dernier domaine).

Dire que j’avais aimé les vins de Combel La Serre est peu dire : je suis même allé voir Julien sur place peu de temps après et en acheter (oui, il y a bien des journalistes du vin qui achètent leurs flacons : il ne faut pas croire tout ce qu’on entend parfois !)

L’histoire viticole du domaine ressemble à celle de nombreuses autres familles paysannes du Sud-Ouest comme d’ailleurs: agriculture mixte pendant longtemps et raisins portés à la cave coopérative jusqu’en 1998. C’est à cette date que le père de Julien décide de quitter la cave et de vinifier ses propres vins. Cinq ans plus tard son fils le rejoint sur le domaine, puis le convertit à l’agriculture biologique en 2013. C’est Sophie qui nous a gentiment reçu, Florent Leclercq et moi, Marie-Louise étant reparti par la route pour Perpignan. Julien est arrivé en fin de dégustation.

Comme vous le constaterez, les étiquettes (que j’aime beaucoup) ont un style bien à elles. Je crois qu’il sont l’oeuvre de Vincent Pousson. Et tout cas ils sont à la fois créatives et cohérentes car on passe d’un vin à l’autre dans la gamme sans se perdre en confusion, ni négliger une identité de famille. C’est une chose qui n’est pas aisé à faire dans une gamme, avec une identité pour chaque vin mais un air de famille pour l’ensemble. Je pense à de nombreux contre-exemples mais je constate qu’à Cahors, le graphisme élégant et parfois créatif a plusieurs adeptes (Troteligotte, Mas des Perié et Combel la Serre, par exemple). Une fois de plus on constate, aussi, que la gamme des vins des jeunes producteurs à Cahors ne cesse de s’étendre. Est-ce une bonne chose ? Je ne le pense pas personnellement, mais allons voir (boire ?)…

Notre dégustation à Combel La Serre

De la Terre à la Lune 2100 (cépage vermentino), IGP Pays du Lot

Comme souvent ici, le nom de la cuvée intrigue. C’est déjà un voyage ! J’avais vu ces vignes quand elles venaient d’être plantées, il y a peut-être 5 ou 6 ans, mais je ne m’en souviens pas exactement. En tout cas le vin est délicieux, aussi frais  que charmeur, parfumé en finesse et d’une bonne longueur. (Prix 15 euros).

L’épatant Antidote à la Chaleur du Causse 2019 (rosé), IGP du Lot

Assez vif et précis en saveurs, mais un vin qui m’a semblé plus simple dans son expression qu’un millésime plus ancien que j’avais acheté. Cela reste un bon vin rosé, heureusement avec de la couleur, à la différence de tous ces faux blancs. (Prix 9,50)

La vigne devant chez Cambo 2019, Cahors

Cuvée parcellaire je crois (c’est à la mode !). Vin assez austère et un peu trop sec en finale à mon goût (10,50 euros)

Le Pur Fruit du Causse 2018, Cahors

Fruité et à la sensation qui évoque la calcaire, c’est à dire à la texture un peu crayeuse en bouche. L’équilibre est bon pour un vin qui commence juteux mais qui finit un peu sec. (9 euros)

Cuvée Château Combe La Serre 2017 Cahors

Une des choses que j’aime chez ce producteur est qu’il ne se prend pas au sérieux, tout en travaillant sérieusement. Il n’y a aucun château à l’horizon ici !  Le nez est réduit au départ, puis on découvre un très beau fruité et une matière aussi délicate que délicieuse, soutenu par des tannins fins et s’achevant tout en longueur. Un très bon vin qui est d’un excellent rapport qualité/prix (13 euros).

Au Cerisier 2018, Cahors

Elevé pendant 18 mois dans des cuves en béton, ce vin est très gourmand avec une texture assez charnue. Les saveurs me font penser à de la cerise très mûr car le vin semble juteux avec des tannins soyeux qui intègrent parfaitement la matière fruitée. Excellent et bien nommé. (17,60 euros)

Le Lac-aux-Cochons 2016, Cahors

Elevage en cuve béton et en fûts de 500 litres pendant 18 mois, puis pendant 6 mois de plus en bouteille avant la mise en marché. Ce vin est plus construit par ses tannins, mais il a aussi beaucoup de chaire et apparaît riche, plein de saveurs et aussi intense que long. On touche au grand vin en devenir et on aimerait bien les connaître ces cochons-là. (30 euros)

Le Lac-aux-Cochons 2018, Cahors

Une délice que j’ai préféré même au 2016 pour sa superbe combinaison entre caractère juteux et structure tannique.

Conclusion sur les vins de Combel La Serre

Parlant des vins rouges, il me semble clair qu’un élevage assez long est plutôt bénéfique à ces vins du Causse, car ils me semblent parfois un peu trop austères et fermés dans leur jeunesse. Mais globalement, ce sont des vins de haut niveau, partant du plaisant au grand vin, et toujours avec un caractère affirmé.

Conclusion générale sur les vins de Cahors après nos visites de 6 domaines en trois jours

Cahors est une appellation qui bouge, et je l’ai constaté à chaque visite que j’y ai fait ces dix dernières années. Si je ne suis toujours pas convaincu par l’intérêt de multiplier les cuvées parcellaires (oui, je le sais, c’est à la mode avec ces histoires de sols machin-truc dont tout le monde, sauf les vignerons, se fout), les producteurs essaient en permanence des choses, aussi bien à la vigne qu’au chai. Les techniques de culture sont de plus en plus respectueuses (beaucoup de bios parmi les vins dégustés) et les modes d’élevage bien plus variés et raffinés que par le passé.

Les producteurs ont réussi notamment à dompter et à affiner les tannins autrefois durs et redoutable du malbec pour élaborer, comme nous l’avons vu chez plusieurs producteurs, des vins dont la finesse s’approche même de celle des bons vins de la Bourgogne, mais sans perdre le caractère bien trempé du malbec sur ces terrains parfois arides.

Allez à Cahors et dégustez, vous allez voir !

David Cobbold

 

 

 

 

3 réflexions sur “Retour à Cahors (5/5): Combel La Serre

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