Terrasses du Larzac : une dégustation pour voir (2/2)

Cet article constitue la suite de celui du 10 août (lundi dernier). Pour la partie introduction, je vous renvoie à l’article en question. Je vais poursuivre aujourd’hui avec mes commentaires sur l’autre moitié des 24 échantillons de l’appellation Terrasses du Larzac que nous avons dégustés à l’aveugle le 1er août.

Sur l’ensemble des 24 vins, nous étions d’accord, avec mon collègue Florent Leclercq et après avoir re-dégusté certaines bouteilles, sur une sélection d’une dizaine de vins que nous avons estimés très recommendables. Je rappelle que la sélection qui a déterminé les 24 vins reçus était le fait des vignerons de l’appellation. Des vedettes de l’appellation comme Mas Julien ou Cal del Moura ne faisaient pas partie des vins reçus : j’imagine dans le but d’encourager l’ensemble des producteurs. Voyons cela dans le détail avant d’essayer d’en tirer quelques conclusions. Pour satisfaire nos lecteurs exigeants, cette fois-ci je vais tenter d’inclure quelques informations techniques sur chaque vin, et pas uniquement de décrire mes impressions de dégustation.

Mas des Chimères, Caminarèm 2018 (15 euros)

La fiche produit que j’ai reçu concernait une autre cuvée de ce domaine certifié bio et qui est situé près du lac de Salagou, mais leur site (bien fait) nous informe que cette cuvée contient des proportions égales des cinq cépages admis dans cette appellation : cinsault, carignan, mourvèdre, grenache et syrah. Vinification sans sulfites et avec des levures présentes sur place. Terrain basaltique (pour les géologues). Le nez respire les baies de mûre et de cassis dans un registre aussi expressif que sauvage. En bouche le vin est chaleureux, très fruité et aux tannins raisonnables et bien intégrés. C’est un très bon vin au caractère sudiste et qui vaut largement son prix. (15,5/20)

Mas Combarèla, Ode aux Ignorants 2017 (22 euros)

Curieux nom pour une cuvée, mais pourquoi pas ? Le vignoble se situe vers la partie la plus haute de l’appellation, à 350 mètres d’altitude. La fiche indique des sols à dominante calcaire. Syrah, grenache et carignan composent ce vin qui a suivi un élevage aussi complexe que long (24 mois) : 50% en oeuf béton, 25% en demi-muids de plusieurs vins et 25% en fûts neufs ou d’un vin. Si le boisé marque un peu le nez, c’est tout en finesse et cela confère un aspect suave aux arômes avec des touches d’épices douces qui accompagnent le fruit. La très belle matière en bouche, intense et riche de saveurs, est aussi bien équilibrée par des tannins relativement puissants. Une belle impression d’intensité se dégage de cet excellent vin, clairement fait pour la garde. (16/20). Pas bio

Mas des Arômes, Le Dernier Charbonner 2017 (prix inconnu)

Ce vin, issu de syrah, grenache, mourvèdre et carignan est clairement à mettre dans la section « léger et fruité » pour l’appellation. Si on voulait une illustration du fait que le (ou les) cépages, pas plus que la nature du sol (calcaire dans ce cas) ne nous aident pas toujours à comprendre le style d’un vin, il suffirait de comparer ce vin avec la cuvée du Mas Combarèla sur cette page ! Un nez de violette annonce un vin qui commence avec vivacité et un style un peu « jus de fruits », puis des tannins assèchants arrivent. Simple et décevant (12,5/20). C’est bio.

Domaine de Joncas, Canta 2018 (prix inconnu)

Grenache, syrah, carignan et mourvèdre pour ce vin dont les vignes se trouvent sur la commune de Montpeyroux, et sur des sols de grès et de calcaire. Il a un nez de fruits noirs tendance bonbon et une jolie matière aussi fruitée que souple. C’est bien fait dans un style simple et direct. (14/20). C’est bio.

Mas de la Serane, Antonin et Louis 2017 (23 euros)

Moitié syrah et l’autre moitiés composé de carignan, de mourvèdre et de 10% d’un cépage bien plus rare en France, le morastel, qui n’est autre que le graciano, bien connu en Rioja. J’ignorais qu’il faisait partie des cépages de cette appellation française, mais tant mieux pour la diversité. Le nez est complexe et suave avec ses notes de vanille et d’épices qui planent sur un fond bien fruité. L’élevage a été bien dosé et ce vin fait preuve de finesse dans un style élancé. (15,5/20). Bio

Mas de l’Erme, l’Evidence 2017 (15 euros)

Grenache pour 50%, puis carignan et syrah pour le reste. J’ai trouvé le nez difficile à décrire. Doit-on dire complexe dans ce cas? C’est un peu comme botter en touche. En bouche, un très joli fruité est en évidence au départ, ce qui lui donne pas mal de peps, puis arrivent des tannins qui assèchent. Pas mauvais mais manque d’équilibre et d’harmonie. (14/20). Bio

Causse d’Arboras, l’Extrême 2017 (17 euros)

Appartenant à la Maison Jeanjean, ce domaine est situé en altitude (320 mètres) sur un terrain calcaire. Dominé par la syrah (70%), l’assemblage est complété par le grenache et le mourvèdre. La fermentation se passe en cuves béton, comme l’élevage pour 2/3 du vin, avec 1/3 en demi-muids. Un très beau nez, bien extpressif avec des notes de fruits noirs bien mûres, d’aromates et d’olives noirs. En bouche il a un caractère juteux très séduisant, de la rondeur et de la complexité avec des tannins parfaitement intégrés dans l’ensemble. Un très bon vin d’un rapport qualité/prix plus que correct. (16,5/20). Bio.

Domaine Romain Portier, La Petite Parcelle 2018 (20 euros)

Une majorité de grenache et le solde entre syrah ou mourvèdre plus 5% de cinsault. Sol calcaire et un élevage de 16 mois entre cuves béton et demi-muids. Des notes de réglisse et d’épices dominent le nez, tandis que la bouche fait preuve d’un très bon équilibre entre sa matuère fruitée et sa structure tannique. Ce vin a beaucoup de finesse et un fort potentiel de garde aussi. (16/20). Bio (NB : l’étiquette de la photo n’est pas celle du vin dégusté qui est bien issu de l’AOP Terrasses du Larzac).

Domaine d’Archimbaud, l’Enfant Terrible 2018 (16 euros)

Chose inhabituelle pour l’appellation, c’est le mourvèdre qui domine dans l’assemblage (60%), avec grenache et carignan en soutien. Elevage de 18 mois en barriques de 225 litres. Je n’ai pas beaucoup apprécié ce vin, trouvant sa texture un peu rustique et la finale dissociée avec des tannins assèchants. (12/20). Bio.

Château de Jonquières, La Baronnie 2017 (18 euros)

Syrah, mourvèdre, grenache et carignan. Le nez a des notes légèrement fumées, sans être très expressif. Bon équilibre en bouche mais l’ensemble  manque de complexité et de profondeur. (13,5/20). Bio

CastelBarry, Le Salut de la Terre 2018 (prix inconnu)

La fiche envoyée concernait une autre cuvée de ce même producteur, donc je ne peux rien dire sur la composition de ce vin, ni de son élaboration. Le nez est simple, assez fruité et à tendance bonbon. En bouche, il semble relativement vif et acidulé. Correct mais simple. (13/20)

Domaine de Ferrussac, Nègre Boeuf 2018 (prix inconnu)

Un petit domaine viticole de 5 hectares qui fait partie d’un plus grand, dont l’activité dominante est l’élevage de vaches, d’où le nom de ce vin. Issu de trois parcelles situées à plus de 300 mètres d’altitude, chacune planté avec un cépage différente (syrah, grenache, cinsault). Les vins sont vinifiés séparément, puis élevé en fûts de 300 litres pendant 12 mois. La robe est intense et le nez semble également dense, de fruits noirs, encore un peu fermé. En bouche, on découvre un caractère plein et juteux, avec une belle qualité de fruit. Des tannins fins s’y trouvent très bien intégrés (16/20). En conversion bio.

Les meilleurs des 24 vins présentés dans les 2 articles.

Domaine Mon Rêve 2017 (14 euros : 17/20)

Causse d’Arboras, l’Extrême 2017 (17 euros : 16,5/20)

Domaine de Ferrussac, Nègre Boeuf 2018 (prix inconnu : 16/20)

Domaine Romain Portier, La Petite Parcelle 2018 (20 euros : 16/20)

Mas Combarèla, Ode aux Ignorants 2017 (22 euros : 16/20)

Mas des Brousses 2017 (22 euros : 16/20)

Tour des Baulx, Grande Réserve 2017 (18 euros : 16/20)

Mas des Chimères, Caminarèm 2018 (15 euros : 15,5/20)

Mas de la Serane, Antonin et Louis 2017 (23 euros : 15,5/20)

La Peïra 2017 (64 euros : 15,5/20)

photo : Georges Souche

Quelques remarques en conclusion

Ma première remarque concerne les prix qui font le grand écart entre 12 et 64 euros parmi les meilleurs vins (voir la liste ci-dessus). Et celui qui a la meilleure note de tous est aussi le moins cher ! Autrement dit, au risque d’enfoncer une porte ouverte, le prix d’un vin n’est absolumment pas une indication fiable quant à sa qualité. Le prix peut refléter, en partie ou en totalité, le coût de production d’un vin mais il est aussi le résultat de l’équilibre variable entre l’offre et la demande, dans lequel intervient également la renommée du producteur, la mode et les marchés, comme les prétentions du producteur en question.

Ceux qui ont également lu le premier de cette série de deux articles constateront que j’ai abandonné ma tentative de segmenter les vins selon leurs styles. En effet, j’ai trouvé que cela était un peu « capillo-tracté », tant les lignes de démarcation sont discutables. Mais il est indiscutable que les styles ne sont pas homogènes, et c’est tant mieux : il faut des vins pour différents goûts et pour des occasions ou accords divers. Dans l’ensemble, j’ai préféré les vins qui m’ont semblé les plus complets et complexes, avec un bon équilibre entre matière fruitée et structure. Les styles des vins est forcéments sudiste, avec de la chaleur et un fruité assez intense pour les meilleurs, mais je n’ai pas trouvé des vins déséquilibrés par l’alcool. Il s’agit de vins de caractère mais qui ne vous écrasent pas sous leurs semelles de plomb.

Comme il est dit dans le dossier de presse, la grande majorité des domaines de cette appellation Terrasses du Larzac sont certifiés bio, sous une forme ou une autre, et/ou HVE3. Ce n’est donc pas surprenant de trouver beaucoup de vins biologiques parmi les meilleurs. Mais une lecture attentive de mes commentaires démontrera aussi que beaucoup de vins que je n’ai pas apprécié sont aussi des biologiques. Il n’y a donc aucune connection directe entre « bio » et « bon ».

Une belle appellation en somme, avec des vins ayant en génral des fortes personnalités, mais, comme toujours, il faut bien choisir pour avoir les bons !

David Cobbold

4 réflexions sur “Terrasses du Larzac : une dégustation pour voir (2/2)

  1. Veronique Cogoluegnes

    Bonjour,
    Pour le domaine de Mas Combarela le nom de la cuvée Ode aux Ignorants fait référence à la BD Les Ignorants d’Etienne Davodeau.

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  2. XAVIER D.

    Bonjour et merci David pour ce beau comparatif.
    Avez-vous eu l’occasion de déguster précédemment les Vignes Oubliées en appellation Terrasses du Larzac voire aussi en appellation Languedoc? Et si oui, où les situeriez-vous parmi les 24 dégustés ci-dessus?
    A titre perso, j’en ai beaucoup entendu parler et en ai acheté quelques bouteilles de 2017 sur les 2 appellations et ils m’ont beaucoup déçu, notamment la cuvée Terrasses du Larzac.
    Merci par avance,
    XD

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  3. David Cobbold

    Merci Xavier pour vos remarques. Malheureusement je n’ai pas le souvenir d’avoir dégusté le vin que vous mentionnez.

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