Le Chardonnay, c’est (aussi) jurassien !

Qui dit Chardonnay pense d’abord à la Bourgogne. Oui, mais quelle Bourgogne? Le Duché, ou la Comté? Car du temps de la Grande Bourgogne, le vignoble jurassien était bel et bien bourguignon, et il en garde des traces, notamment le Chardonnay, cultivé ici depuis des temps immémoriaux.

Sans doute pour tromper son monde, à moins que ce ne soit pour affirmer ses spécificités, il a pris parfois des noms locaux, comme Melon de Poligny ou Melon d’Arbois. Il est vrai que le Melon de Bourgogne est un des frères du Chardonnay, de même que le Tressalier. En 1850, l’illustre Victor Rendu, dans son Ampélographie française, ne fait pas le rapport, et ne parle pas de Chardonnay, mais de Melon de Poligny, qu’il présente comme d’un des plus fins cépages du Jura.

A noter que certains vignerons jurassiens détiennent une variété particulière de Chardonnay: le Melon à queue rouge, particulièrement aromatique, mais aux baies plutôt petites et au rendement assez faible. D’aucuns le mentionnent parfois spécifiquement sur l’étiquette.

Aujourd’hui encore, le Chardonnay, sous toutes ses formes, tient une place prépondérante dans le vignoble jurassien : il y représente environ la moitié des surfaces, soit plus du double de celle du Savagnin. Si ce dernier est le plus souvent vinifié en mode oxydatif, c’est plutôt l’inverse pour le Chardonnay. A son sujet, les vignerons parlent d’ailleurs de «Blanc Floral», pour le distinguer du «Blanc Tradition», souvent à base de Savagnin.

Ouiller ou pas?

Ouiller, c’est compléter le niveau d’un fût avec un peu du même vin pour compenser l’évaporation et à l’absorption par le bois. Ce qui a pour effet d’éviter une grande partie de l’oxydation au contact de l’air. Toutes régions confondues, la plupart des vins sont ouillés, mais il existe des exceptions notables comme certains sherries, madères, rancios ou vini santi – et pour ce qui est du Jura, le fameux vin Jaune où le développement d’un voile de levures ralentit l’oxydation sans tout à fait l’arrêter – on parle alors de vins oxydatifs (ne pas confondre avec oxydés).

En ce qui concerne les Chardonnay du Jura, les vins ouillés sont la règle, mais on trouve aussi des vins non-ouillés, qui, aromatiquement, se situent généralement dans le sillage des Jaunes, avec des notes de noix et curry.

Notre sélection

A notre demande, le Comité interprofessionnel des vins du Jura a mis à notre disposition une douzaine d’échantillons de vins de Chardonnay (millésimes 2016 à 2019, en majorité ouillés). Une très belle expérience, partagée avec mes complices Daniel Marcil et Marc Vanhellemont : c’est bien simple, nous avons quasiment tout sélectionné (12 vins sur 15). Et encore les 3 autres n’ont-ils pas démérité, c’est juste qu’ils ne nous semblaient pas dépasser le stade d’un honnête caractère variétal.

Baud Père & Fils Cuvée Flor Côtes-du-Jura Chardonnay 2019 

On commence en fanfare et en gourmandise avec de la pomme bien mûre, du miel et du tilleul au nez ; la bouche est ample, grasse, onctueuse. Une touche d’agrumes, des épices et une pointe de gaz réveillent la finale. Très belle mise en train (c’était le premier vin de la dégustation, et le seul 2019).

Domaine Baud Génération 9 Cuvée Les Prémices Côtes du Jura 2017

Poire, fleurs blanches et massepain au nez, miel et poivre en bouche, sel en finale, ce vin conjugue l’onctuosité et la fraîcheur.

Le domaine Baud est une très ancienne maison établie au Vernois, entre Lons et Poligny. La 9ème génération, Clémentine et Bastien, exploitent 22 hectares en Côtes du Jura, mais aussi dans les AOC Château Chalon et L’Etoile.

Château de Belleroche Arbois Chardonnay 2018 Cédric Georgeon

Nez expressif de poire et de coing, auxquels se conjuguent quelques fruits secs ; en bouche, la texture est fine mais pas fuyante. Retour du fruit très pur en finale. Quelle élégance !

Ce jeune domaine de 2 hectares a été fondé en 2014 par Cédric Georgeon à Molanboz, à partir de vignes situées sur les communes d’Arbois, de Buvigny et Passenans. Le Savagnin y représente la moitié de l’encépagement, mais comme on le voir, Cédric ne délaisse pas ses Chardonnays.

Domaine Jean-Luc Mouillard Cuvée Bas de la Chaux Côtes-du-Jura 2018

Nez très ouvert de camomille et de pomme verte, bouche enlevée, dynamique, avec quelques jolies notes de café, finale saline, notre plaisir est complet. 12 euros environ.

Jean-Luc a fondé le Domaine Mouillard en 1991, au sortir de son diplôme viti-oeno, la fibre viticole lui ayant été transmise par ses parents coopérateurs. Il exploite 11 hectares sur trois appellations : L’Etoile, Château Châlon et Côtes du Jura, sa cave étant située à Mantry. La cuvée Bas de la Chaux passe 12 mois en fût.

Rijkaert Arbois «En Paradis» Vieilles Vignes 2018

On démarre fort par un nez expressif d’agrumes et de coing ; la bouche n’est pas en reste, bien tendue, mêlant la bergamote, la gentiane, et la poire ; du juteux et du croquant, on passe sans transition à l’épicé (poivre gris), pour finir sur une belle touche de sel et d’iode. C’est où la mer? En Paradis ! Pour l’atteindre, essayez donc un des accords préconisés sur le site du domaine: un saumon tandoori à la façon de Nouméa…

En 2013, Florent Rouve a pris la succession de Jean Rijckaert, un Belge passionné de vin, fondateur de ce domaine singulier qui a un pied en Mâconnais et un autre dans le Jura. Il exploite 6 hectares en AOC Arbois et Côtes-du-Jura. Prix indicatif: 19 euros.

https://rijckaert.fr/fr/

Domaine Pignier Cuvée A la Percenette Côtes-du-Jura Chardonnay Melon à Queue Rouge 2018

Un vin au premier nez assez marqué par le bois (whiskylactone), mais ce n’est probablement qu’une phase, d’ailleurs, après l’aération on passe sur des notes très pures de fleurs blanches, de coing, de miel et de poire tapée. La bouche est puissante, grasse et généreuse, mais aussi épicée, et la finale iodée.

Ce domaine familial de Montaigu (15 hectares) a été certifié en biodynamie en 2003. La Percenette est un lieu-dit de la reculée du Val de Vallière, aux sols de marnes et de schistes. Le vin s’affine 12 mois en fûts, avec bâtonnages réguliers. Prix indicatif: environ 23 euros.

Domaine de Montbourgeau Cuvée La Chaux L’Etoile Chardonnay 2018

«Suivre l’Etoile, telle est ma quête…», comme chantait le Grand Jacques. Cette Etoile ci est faite de roche très pure, à l’évidence. D’emblée, elle nous offre un nez de pierre à fusil, ou de « pierre chaude après la pluie », comme précise l’ami Daniel Marcil. Ce qui plaît aussi, c’est son côté tannique (oui, certains blancs le sont) doublé d’une texture cristaline. On note un très léger début d’évolution, et des notes de santal qui évoquent son passage en fût mais qui ne font qu’ajouter à son charme troublant. Peut-on dire d’un vin qu’il est franc mais complexe ? Si oui, en voici un bel exemple.

Cette cuvée est un des premiers vins que Nicole Deriaux et son fils, héritiers de la famille Gros, ont élaborés en version ouillée (non oxydative, donc). Et c’est un coup de maître. A noter que le Chardonnay représente quelques 70% de l’encépagement de ce domaine de 9 hectares à L’Etoile. Les sols de calcaire à fossiles sont caillouteux. Prix indicatif : 14 euros

Montbourgeau L’Etoile 2017

Le nez très fin présente d’emblée des nuance lapidaires, pour ne pas dire minérales. La bouche racér, dynamique, nous propose des  fruits secs (noisettes, arachides) et des épices (poivre et fenugrec) ? Finale tendue, saline.

Deuxième vin présenté, deuxième sélectionné.

Domaine de Montbourgeau

André Bonnot Cuvée Nuance Côtes-du-Jura 2017

D’entrée, un cocktail subtil de poire, de citron et de pêche nous titillent le nez ; puis arrivent de délicates touches de noisette, de beurre et une bonne pincée de poivre et un soupçon de clou de girofle. Beaucoup de délicatesse. Excellent rapport qualité-prix (8,5 euros).

 Fondée en 1936, la Maison Bonnot est un négociant-éleveur de Saint-Lothain,

https://www.vinsbonnotjura.fr

Daniel Dugois Chardonnay Brise bras 2017

Un vin plus facile à boire qu’à commenter, tant il suscite l’enthousiasme et une foison de descripteurs, de la part de nos dégustrateurs : « Salin », «Puissant » « Soyeux » « Très droit », « Un plaisir tactile » sont le mots qui sont  revenus le plus souvent. J’ajouterai, pour faire bonne mesure, qu’il combine à la fois la fraîcheur de la menthe, la rondeur du whiskylactone et la belle amertume du zeste de citron. Un grand vin.

Le Domaine Dugois, aux Arsures, réussit aussi bien ses blancs que ses rouges, et sa réputation dépasse de loin ses 10 hectares. Brise Bras est un lieu-dit qui doit sans doute son nom aux nombreux cailloux que renferment les sols à matrice calcaire.

http://www.vins-danieldugois.com/

Durand Perron Chardonnay Vieilles Vignes Côtes-du-Jura 2016

Beaucoup de délicatesse dans ce vin aux engageantes notes de mirabelle ; la bouche nous offre du poivre et des amandes amères. Encore sémillant pour un 2016. Belle découverte. Excellent rapport qualité-prix (environ 9 euros)

Si sa cave est située à Voiteur, le domaine Durand-Perron produit aussi bien du Château-Châlon que des Côtes-du-Jura. Marius Perron en a été le fondateur, Jacques Durand, son genre, déjà viticulteur en Minervois, le continuateur.

https://durandperron.pagesperso-orange.fr

Eric & Bérangère Thill Cuvée Sur Montboucon « Bis! » Côtes-du-Jura 2016 

De la poire, de la pomme et de l’ananas, beaucoup d’épices, aussi, au nez comme en bouche ; celle-ci présente pas mal d’acidité, mais aussi du gras et une certaine rondeur. Avec petite touche de céleri en finale. Certains de nos dégustateurs ont parlé d’évolution, d’autres de complexité. Vin sans soufre ajouté. Elevage sous bois avec fin de FA et malo en fût, 12 mois ouillé, 18mois sous voile, puis 6 mois ouillé avant mise. Prix indicatif : environ 30 euros.

D’origine alsacienne, Eric Thill s’est installé à Trénal, dans le Sud Revermont, en 2009. Avec son épouse Bérangère, venue elle du Berry, ils exploitent quelques 5 hectares de vigne en bio, dont 3 de Chardonnay, sur la commune de Gévingey. Montboucon est une bulle assez singulière, un îlot d’argiles à chaille planté de vignes de 50 ans, exposées au Sud.

Domaine Eric & Bérangère Thill

Hervé Lalau

 

 

Une réflexion sur “Le Chardonnay, c’est (aussi) jurassien !

  1. Ping : Mon année 2020 – Les 5 du Vin

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.