Visite en Languedoc : l’exemplarité de la famille Fabre

Au début de la semaine dernière, avant le reconfinement, j’ai pu passer un peu de temps dans les Corbières autour du Château de Luc, qui est un des 5 domaines languedociens dans le giron de la famille Fabre. Plus discrets que certains noms connus de la région, cette famille, sous la houlette de Louis Fabre, récemment rejoint par ses deux filles et une nièce, a également beaucoup fait pour les vins de leur région et j’ai voulu voir cela de plus près.

La roche trouée,, sur un piton au milieu de la zone de Corbières-Boutenac (oui, je sais, il faut maintenant éliminer le mot Corbières mais je trouve cela stupide car qui sait ou se trouve Boutenac ?). Ce jour là montrait de belles éclaircies mais le vent du nord, appelé cers, je crois, soufflait bien fort, ce qui rajoutait une bonne dose d’âpreté à ce paysage déjà spectaculaire.

L’église de Gasparets, entourée de vignes et bien restaurée. Dans la cimetière attenante reposent un certain nombre de Fabre.

Les domaines des Fabre sont les suivants : Grande Courtade, situé dans le secteur de Béziers et produisant essentiellement des vins de Pays d’Oc ; Tour de Rieux, dans le Minervois ; puis trois domaines en Corbières qui sont le Château de Luc (à Luc-sur-Orbieu), le Château Coulon, le plus ancien domaine de la famille, et le Château Fabre-Gasparets, ce dernier situé dans l’aire de Corbières-Boutenac. A côté des vins d’AOP, des IGP ou autres sont produits à partir des raisins de tous ces domaines car les Fabre ne manquent pas de créativité. La production de certains vins en jarres ou en dolia, la plantation de tempranillo et d’albariño, et l’élaboration de vin de liqueur en sont des exemples parmi d’autres, dont certaines constituent aussi des retours vers un passé parfois oublié, autre versant de la créativité. Les origines de cette famille dans le vin et dans la région datent du début du 17ème siècle, mais, bien qu’ancrés dans cette histoire, ils sont tout sauf passéistes dans leur approche du vin.

Louis Fabre devant le Château de Luc, lieu de production d’une partie de ses vins mais aussi sa résidence et celle de son épouse.

Louis Fabre est agronome de formation et a beaucoup oeuvré pour sa région au sein de diverses organismes. C’est aussi un homme passionnant à écouter sur l’histoire de sa région, comme sur plein d’autres sujets pas nécessairement liés au vin : un sage, en quelque sorte. Aujourd’hui il laisse progressivement les rênes du quotidien à ses enfants, mais son expérience et son savoir-faire sont toujours à l’oeuvre.

Louis Fabre et sa fille Clémence soignent un pied centenaire de grenache à Gasparets

Ma sélection des meilleurs vins d’une longue dégustation (avec leurs prix publics TTC)

Vins blancs

Grande Courtade Sauvignon 2019, IGP Pays d’Oc

Pas mal de personnailité et un profil mi-ferme, solidement charpenté qui n’est pas classique pour la région (7,50 euros)

Grande Courtade Chardonnay 2019, IGP Pays d’Oc

Bon fruit avec une touche herbacé et une vivacité qui le raprrocherait d’un style plus nordiste (8,20 euros)

Domaine de Luc, Viognier 2019, IGP Pays d’Oc

De la fraîcheur et une retenue équilibrée assez rare pour un vin de ce cépage dans la région. Il garde, en finale, de beaux amers qui caractérisent souvent ce cépage  (8,20 euros)

Château de Luc, cuvée des Jumelles 2019, AOP Corbières blanc

On parle peur des Corbières blancs qui représente peu de volume dans l’appellation. Celui-ci est un excellent exemple, fait de roussanne, grenache et marsanne. Sa texture est ferme et il ne manque ni de caractère, ni de longueur. Du coup j’ai acheté quelques flacons car son style me plait (9,50 euros)

Chimère, Viognier 2014, IGP Pays d’Oc 

Une raraté : d’ailleurs je crois qu’i n’y en a plus à vendre jusqu’à l’arrivée du prochain millésime. Ce vin est élaboré dans un grand dolium en terre cuite au Château de Luc. Il est très complexe avec une bouche aussi intense que chaleureuse, de la fraîcheur quand-même et une excellente longueur. Sa puissance inhérente fait que nous l’avons dégusté après les rouges, et c’était bien ainsi. Plus qu’une curiosité, ce vin est une vraie découverte et offre, je pense, un champ d’accords très intéressant, notamment avec des fromages. (21,20 euros)

Des jarres, un dolium, des barriques, des demi-muids et des foudres : les outils d’élevage sont bien diversifiés.

Vin Rosé

(Pas parce qu’il en faut un, mais celui-ci je le trouve réellement intéressant : d’ailleurs j’en ai acheté !)

Château Fabre-Gasparets, Les Amouries 2019, IGP Pays d’Oc

On est très loin du rosé de base avec ce vin. La part importante de mourvèdre dans son assemblage explique probablement son caractère affirmé et sa longueur, puis une fermentation malolactique en barrique lui a donné volume et complexité. Enfin un vrai vin rosé !  (15,90 euros)

Louis Fabre fait de l’escalade pour nous chercher un peu de vin dans le chai d’élevage sous le château. Les élevages sont aussi soignés que diversifiés par la taille et la matière des contenants.

Vins rouges

Grande Courtade, l’Instant 2019, IGP Pays d’Oc (malbec, alicante bouschet, syrah)

C’est un bon rouge de base (ce n’est pas péjoratif pour moi) avec du fruit et de la structure, aussi frais que bien équilibré. (7,50 euros)

Domaine de Luc, Syrah-Viognier 2019, IGP Pays d’Oc

Son très joli nez, légèrement poivré, est bien parfumé. Un toucher tendre en bouche apporte une sensation d’un assemblage rouge plus un peu de blanc qui est parfaitement intégré. Vin de style. (8,20 euros)

Orangerie de Luc 2019, AOP Languedoc

Un joli vin facile, souple, au fruité pimpant et d’une longueur très décente. (9 euros)

Grande Courtade, Cabernet Sauvignon Equilibre 2019, IGP Pays d’Oc (sans sulfites ajoutés)

Là encore la qualité du fruit s’exprime avec éclat et gourmandise autour des aromes de référence de ce cépage, comme le cassis. C’est assez instense sans verser dans le style « fruit bomb ». Aucun trace de déviation malgré l’absence de sulfites rajoutées : signe d’une belle maitrise tachnique. (9,50 euros)

Château de Luc, Les Jumelles 2018, AOP Corbières

Corbières exemplaire ! Combinaison intéressante entre fruité et caractère de type garrique, ce qui lui donne du peps et de la longueur mais sans aucune agressivité. Les 50% de carignan lui confère certainement leur part de fraîcheur. (9,50 euros)

Tour de Rieux, La Bergerie 2018, AOP Minervois

Intialement assez réduit mais le fruité très cassis ressort ensuite, donnant un caractère très juteux en bouche. Bon vin expressif et facile à aimer (10 euros)

Château Coulon, Veredus 2018, AOP Corbières

Intense déjà au nez, ce vin l’est un peu plus en bouche. Caractère juteux, frais et bien équilibré. Une bonne affaire aussi. (12,90 euros)

Château Fabre-Gasparets, La Serre 2017, AOP Corbières-Boutenac

C’était mon vin rouge préféré de la série, même s’il est aussi le plus cher. Des arômes intenses de mûres et de cassis ouvrent la bal, puis cela suit parfaitement en bouche, avec de l’intensité mais aussi une impression harmonieuse. Complexe et long, c’est un très bon vin et j’en ai acheté pour ma cave dont j’espère garder quelques flacons plusieurs années. Nous avons dégusté, plus tard le soir, un 2006 qui tenait très bien la route. (26 euros)

David Cobbold

 

 

 

 

 

6 réflexions sur “Visite en Languedoc : l’exemplarité de la famille Fabre

  1. Nadine Franjus

    La famille Fabre est bien connue dans les Corbières pour son engagement dans les causes collectives. Père puis fille ont assuré quelques mandats à la commission Communication en Corbières et en Corbières-Boutenac. Mais surtout, c’est leur choix d’une agriculture biologique sur une grande surface qui est le plus remarquable et le plus ancien en Corbières. Il y a quelques parcelles qui ont servi d’expérimentation pour l’INRA ou la Chambre d’agriculture. Encore aujourd’hui, le domaine crée des associations avec d’autres production comme la brasserie L’Alaryk. Il y a une grande ouverture d’esprit dans cette famille. Le père s’enrichit de ses connaissances historiques et locales, les filles sont tournées vers l’avenir et les autres continents. Quand on a la chance de les rencontrer, on a envie de rester pour partager un peu de leur savoir. Certains vins leur ressemblent. J’en nommerais deux : Les Jumelles et le Boutenac. Pour leur conversation.

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  2. David Cobbold

    Bien d’accord Nadine et j’ai acheté chez eux des bières Alaryk, qui sont très bonnes, en plus de leurs vins. C’était ma deuxième rencontre avec Louis Fabre et cela, plus l’ouverture d’esprit de ses filles, m’a poussé à aller les voir de nouveau et d’y passer un peu de temps. C’était aussi agréable qu’enrichissant.

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  3. David Cobbold

    Et désolé pour le Stade Toulousain ! 48-14, cela faisait longtemps je pense, même avec une équipe « remaniée ».

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