Hommage à Frédéric Mabileau au travers de ses vins

 

Frédéric Mabileau, vigneron à Saint-Nicolas-de-Bourgueil en Val de Loire, s’est tué le 31 août dernier, dans un accident d’ULM à Saumur. Ce fut un choc pour moi, comme pour tous ceux qui l’on connu.

J’avais fait sa connaissance pour la première fois en 1984 quand, comme Directeur Commercial des Caves de la Madeleine à Paris, j’avais encadré son premier stage dans le monde du vin, avant qu’il ne commence à voyager, puis à travailler au domaine familial. J’ai le souvenir d’un garçon charmant, discret et travailleur.

Bien plus tard, j’ai refait connaissance avec lui lors de divers séjours à Bourgueil, qui ont inclus des visites à sa cave. J’étais toujours impressionné par la qualité de ses vins, aussi élevée que constante, comme par la gentillesse de l’accueil que lui et son épouse Nathalie accordaient aux visiteurs.

L’autre jour, lors d’un passage chez Les Goûteurs de Vin, à Valence d’Agen (le bon caviste le plus proche de ma maison du Sud-Ouest) et dont la gamme ne cesse de s’enrichir pour le bonheur de ses clients, Fabien Frejebise, le propriétaire, me présentait ses nouvelles références. Et parmi elles, il y avait une bonne partie de la gamme de Frédéric Mabileau. J’ai acheté une bouteille de ces 5 cuvées avec l’idée de lui rendre une sorte d’hommage via une dégustation.

Ces vins furent dégustés à découvert et avec deux collègues, Sébastien Durand-Viel et Florent Leclercq. Nous étions unanimes dans nos appréciations, mais je n’ai pas voulu apposer des notations sur vingt pour cette circonstance.

La gamme dégustée, avec ses étiquettes élégantes, dépouillées et qui signent une vraie identité, dehors comme dedans.

Commençons par son blanc, que j’avais déjà trouvé remarquable lors d’une de mes visites chez Frédéric. Au passage, on peut apprécier le jeu de mots dans le nom de cette cuvée qui, pour moi, signe la finesse du personnage (ou est-ce Nathalie qui en a eu l’idée?)

Chenin du Puy 2016, Saumur Blanc (prix 21 euros)

Le nez suggère une bonne dose de vivacité mais n’est pas très facile à décrire : entre pomme un peu blette, légumes et épices douces. Il y a autant de complexité aux saveurs en bouche qui sont portées sur un bon socle d’acidité qui laisse se développer une cascade de saveurs et textures sans imposer sa virulence naturelle. Je sens moins de chaleur que dans les anjou blancs dégustés récemment et qui titraient tous autour de 14%. En effet, ce Saumur est maintenu à 13% et cela lui va bien. Il s’agit du seul vin de la gamme qui n’est pas bio, mais il n’en souffre nullement de cela sur le plan gustatif !

Cabernet Sauvignon 2017, Anjou Rouge (prix 12 euros)

Issu de sols de graviers, ce vin a un nez aussi pointu que précis, qui évoque des baies sauvages mais sans la trace de poivron qui guette trop souvent les cabernets de la région, et à fortiori les sauvignons. Il a la fraîcheur habituelle de ce cépage, mais aussi une tendre précision dans les saveurs qui indique une bonne maîtrise dans l’extraction et une qualité du fruit au préalable. De la finesse dans l’austérité en quelque sorte.

Les Rouillères 2018, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (prix 14,50 euros)

Il exprime toute la fragrance du cabernet franc dans un climat frais avec une dominante de fruits rouges mais, une fois de plus, sans aucune verdeur. Sa jolie texture assez soyeuse laisse s’épanouir les saveurs gourmandes et fruitées dans une esprit franc (sans jeu de mots), vif et précis. Très bonne longueur pour la catégorie.

Les Coutures 2016, Saint- Nicolas-de-Bourgueil (prix 19 euros)

Le nez a de la profondeur en plus de ses arômes primaires de fruits rouges et noirs avec une petite orientation vers le tertiaire et le sous-bois. Des notes discrètes de fumée et de réglisse suggèrent un travail soigné de vinification et élevage sous bois. Effectivement, en vérifiant cela le lendemain de ma dégustation, sur le site du domaine (si seulement tous pouvaient être aussi clairs!), ce vin a été fermenté en cuve bois puis a subi le malolactique en demi-muids avant un élevage de 18 mois, également en demi-muids. Cela donne un caractère très ouvert en bouche pour un corps de moyenne intensité qui est impulsé par de la fraîcheur bien intégrée.  Il s’étire toute en finesse vers une finale qui revient sur les arômes du fruit. Aussi fin que beau !

Eclipse no:12, 2015, Saint-Nicolas-de-Bourgueil (prix 28 euros)

Issu d’une vinification dite « intégrale », qui implique la fermentation en barriques avec peaux et jus, celle-ci serait donc déjà la 12ème version de cette cuvée qui  ne se fait pas chaque année et qui implique un travail très conséquent et, forcément, des quantités limitées.

Le nez est aussi riche que complexe, grâce à la parfaite intégration du bois avec une fruité ample, puis les arômes évoluent doucement vers le sous-bois tertiaire. L’intensité de ses saveurs fruitées est portée par l’énergie d’une acidité qui intègre un ensemble très harmonieux, long et relativement charnu pour une vin de cette région. Encore une belle réussite.

Ai-je jamais dégusté un mauvais vin de Frédéric Mabileau ? Tout est bon et les prix de ces vins sont justes et amplement justifiés. Il nous manque et mes pensées vont à sa famille et à ses amis.

David Cobbold

 

2 réflexions sur “Hommage à Frédéric Mabileau au travers de ses vins

  1. Ping : Stéphanie Caslot: such fond memories – Les 5 du Vin

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