Autre chose que le vin, pour une fois

De temps en temps je m’autorise des vacances hors du monde du vin. Dans la vie, bien entendu, mais aussi sur ce blog, pourquoi pas? Le vin ne constitue qu’une partie de nos vies, et heureusement, même si le sujet nous passionne. Nous avons évidemment d’autres centres d’intérêt. Pour en rendre compte, il y a quelques années, j’y avais consacré un blog, içi. Son titre était « More than just wine ».

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de quelques lectures récentes qui n’ont, sauf exception, aucun rapport avec le vin, mais qui me semblent tous remarquables dans des registres très différents. Comme j’ai tendance à lire plusieurs livres en parallèle, en explorant un, puis en reprenant un autre là ou je l’avais laissé, il n’y a aucun ordre chronologique dans cette liste que je vais commenter par la suite. La majorité de cette série est en français, mais il y a des périodes ou c’est l’anglais qui domine dans mes lectures.

D’abord les livres en français, dont deux sont des traductions de l’anglais.

Un soir avec Kennedy (articles et entretiens, de Romain Gary), Girl (roman/récit d’Edna O’Brien), Montaigne, La splendeur de la liberté (biographie, de Christophe Bardyn), et Robicheaux (roman, de James Lee Burke).

et en anglais : Gonzo Papers Volume 3 (essais et autres délires, de Hunter S. Thompson), et aussi deux livres de poésie : Selected Poems by Ted Hughes et Selected Poems by E.E. Cummings

Je pourrais rajouter quelques livres à destination plutôt professionnelle comme tout un paquet sur la bière, sujet que j’étudie en ce moment. Prenons tout cela en ordre inversé en laissant de côté la bière, sinon cela ne serait pas de « vraies » vacances, n’est-ce pas ?

Mes lectures récentes et actuelles en anglais

Selected poems by e.e.cummings. Les minuscules sont volontaires car Cummings, poète américain qui vécut entre 1894 et 1962, ne respectait en rien les conventions de ponctuation ou de typographie, ce qui font que certains de ses poèmes ressemblent à des oeuvres graphiques dans lesquels l’espace entre les lettres ou les mots peut avoir autant d’importance que le texte. En cela, j’y vois aussi une forte influence de la peinture asiatique, chinoise ou japonaise. Le son des mots est aussi très important, même s’il faut l’imaginer en lisant pour soi, et certains poèmes les plus « abstraits »  peuvent évoquer la musique dite concrète (ex : John Cage). Cummings a servi comme ambulancier pendant la première guerre mondiale et a écrit une critique puissante de cette catastrophe avant de publier, après son retour aux USA, sa première collection de poèmes. Comment puis-je vous donner un aperçu de sa poésie ? Mission impossible mais voici quatre lignes quand-même, dans un style plutôt classique pour lui, mais j’ai laissé les espaces et la ponctuation tels quels :

a wind has blown the rain away and blown

the sky away and all the leaves away,

and the trees stand.     I think i too have known

autumn too long

Selected poems by Ted Hughes. Poète anglais qui vécut de 1930 à 1998. Sa poésie est souvent très puissante, car elle peut transmettre une forte sensation terrienne, élémentaire, connecté à la nature et parfois aussi très sombre. Ses images ont une rare force pour moi et je lis Hughes par petites doses, mais c’est toujours un grand moment. Un exemple :

Gonzo Papers Volume 3 (essais et autres délires, de Hunter S. Thompson)

Il n’est pas facile de définir la personnalité et les rôles de Hunter Thompson, alias The Doctor (photo ci-dessus) dans les Etats-Unis d’Amérique et surtout pendant des années 1960 à 1990. Né en 1937, il est mort en 2005, ayant très largement abusé de toutes sortes de substances, certaines licites. Une journée avec le bon docteur pouvait se dérouler ainsi :

Autrement dit, le mot modération ne faisait pas partie de son vocabulaire. Hunter était le propagateur de ce qui fut appelé le journalisme Gonzo et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il ne retenait pas ses coups. J’ai découvert ses articles dans le magazine Rolling Stone à la fin des années 1960, avec sa couverture incroyablement perspicace et sauvage des prémices à la campagne présidentielle de 1968. Cette série d’articles, et bien d’autres, fut accompagné par les extraordinaires dessins de caricaturiste anglais Ralph Steadman, qui formait un parfait équivalent visuel à la plume acérée et parfois délirante de Thompson. Je pense que son écriture est presque impossible à traduire mais cela me fait parfois pleurer de drôlerie, même si le rire est toujours teinté d’un certain effroi. Voici un court extrait d’un article dans cette collection intitulé Washington Politics : « But none of them approached Nixon. He had a classic absolute lack of any integrity or honesty or decency. Nixon was a monument to everything rotten in the American dream – he was a monument to why it failed. »

Je me demande ce que Thompson aurait trouvé à dire de Trump s’il n’avait pas fondu ses plombs avant l’arrivée de ce crétin/fou sans scrupules, mais cela aurait été un feu d’artifice !

Maintenant mes lectures en français

Robicheaux, roman, de James Lee Burke (traduit de l’anglais)

James Lee Burke est un auteur américain, orginaire de Texas mais ayant passé une bonne partie de sa vie en Louisiane. Il vit maintenant dans le Montana. Une dizaine de ses livres ont été traduits en français, dont celui que je viens de lire et qui s’intitule Robicheaux, qui est le nom d’un personnage qui est au coeur d’un nombre important des ses livres. Bertrand Tavernier à très bien réussi à transposer un livre de cette série au cinéma. Il s’agit de Dans la Brume Electrique, et, dans ce film, le personnage de Robicheaux est parfaitement interpreté par Tommy Lee Jones. Si la plupart des livres de Burke sont à mettre dans la catégorie « roman policier », je trouve que, très souvent, si le fil conducteur de l’enquête fonctionne parfaitement, les livres sont autant une description parfois poétique de l’ambiance de la Lousiane et de sa culture mixte qui, selon Burke, est en train de disparaître. Ils sont aussi truffés de dénonciations des incapacité politiques de l’état fédérale, de la corruption locale, du « big business » et de ses méfaits, et du racisme. Il y règne à la fois un atmosphère de nostalgie d’où transpire la luxurance moite de la végétation comme habit de la décadence. J’adore ses livres et son style, autant que les sujets.

Montaigne, La splendeur de la liberté, une biographie de Christophe Bardyn

Montaigne me fascine depuis longtemps : sa finesse, sa culture, sa perspicacité, ses fulgurances, mais aussi ses ambiguités, apparentes ou réelles. Et le travail très important et largement documenté de Christophe Bardyn jette beaucoup de lumière sur tout cela, en fournissant des hypothèses très intéressantes et bien étayées sur pas mal de zones d’ombres. Le livre est important dans tous les sens du terme : près de 500 pages sans les notes et références. Je lis lentement, donc j’ai mis deux ou trois mois à le finir, par petits bouts. Mais cela en valait largement la peine et mon admiration pour ce petit grand bonhomme en sort augmentée. Montaigne a traversé, sans perdre la tête (dans les deux sens de l’expression), une période bien plus dure que la nôtre, notamment à cause des guerres de religion, incessantes, mais aussi des épisodes de la peste. Tout au long de cette période, il a maintenu son projet des Essais, somme assez unique et très originale qu’il a constamment révisée. Et, comme Montesquieu, autre Gascon, il vivait de ses vignes (enfin une connexion avec le thème de notre blog !).

Girl, d’Edna O’Brien (traduit de l’anglais)

Un roman sous forme de récit qui, si cela reste une fiction, son contenu est malheureusement tellement vraisemblable, partant de faits réels, que cela m’a donne des frissons d’horreur devant l’abjection de certains comportements d’êtres dits « humains ». Le point de départ est le rapt de nombreuses jeunes filles nigériennes par des islamistes du groupe Boko Haram en 2014. L’auteur raconte à la première personne l’expérience d’une de ces filles qui réussit plus tard à s’évader et à se reconstruire après les horreurs vécues. J’avoue qu’il ne s’agit pas d’une lecture « facile », mais, comme dit J.M. Coetzee dans un commentaire qui paraît sur la dernière de couverture du livre, « Girl est un livre courageux sur une âme courageuse ». Un sacré exemple de résilience, concept cher à Boris Cyrulnik. Edna O’Brien est irlandaise est un très grand auteur qui continue à produire des livres forts après ses 90 ans.

Un soir avec Kennedy, de Romain Gary

Romain Gary, photo agence Istra

Je n’ai pas encore lu un roman de Romain Gary (alias Emile Ajar) qui a eu deux fois le prix Goncourt en jouant des ses deux noms de plume. Son vrai nom était Roman Kacew et sa vie (1914 – 1980) me semble déjà totalement romanesque. Maintenant que j’ai pris connaissance avec son esprit et son écriture, grâce à cette collection de récits, d’article et d’essais, j’ai très envie de commencer !  Le titre est un peu trompeur car, si effectivement le premier récit y correspond, les sujets traités dans la grande majorité du livre sont très variés et n’ont rien à voir avec le Président Kennedy. Cela me fait penser à ce paradoxe : comment se fait-il que les américains assassinent les bons présidents et laissent les plus nuls en vie ? Dans un sujet intitulé « Le Judaïsme n’est pas une question de sang » et qui prends la forme d’un entretien entre un journaliste et Gary, j’ai trouvé plein de perspicacités, entre autre celle-ci : « A partir d’un certain moment, l’idéalisme devient du cabotinage subjectif et une mise en valeur de son propre personnage » . Je ne sais pas si Monsieur Mélenchon, par exemple, est un lecteur de Romain Gary.  Et, dans un autre article intitulé « La Paz, l’homme qui mangeait le paysage« , ceci : « Il n’y a qu’une seule façon de s’y prendre avec disons Tahiti, ou Hong Kong, ou le Taj Mahal, ou Paris au printemps : c’est de les manger…….Lorsqu’un spectacle de toute beauté s’offre à votre regard, il vous suffit de vous installer devant et, toute en le contemplant, de déguster un plat que vous aimez, un mets exquis, une des ses friandises dont vous raffolez » Je trouve cela aussi sage qu’intéressant et cela s’appelle, je crois, la synésthésie.

Je vous souhaite la meilleure semaine possible. Nous avons plus de temps pour la lecture en ce moment, alors profitons-en pleinement !

David Cobbold

2 réflexions sur “Autre chose que le vin, pour une fois

  1. Il y a un an j’ai lu Tin Roof Blow Down par James Lee Burke. Encore un policier avec Robicheaux. Je l’ai lu en anglais mais si ça existe en français, je le recommande. Cette fois l’action se déroule dans la ville de la Nouvelle Orleans immédiatement après le hurricane Katarina. Excellent mystère mais j’ai aussi appris pas mal sur l’orage et les conditions accablantes qui existaient après.

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  2. David Cobbold

    Merci Carol pour votre témoignange. Les titres des versions françaises sont presque toujours très différents des originaux. Tin Roof Blow Down a été traduit en français sous le titre La Nuit la Plus Longue, publié chez Rivages.

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