Un Pinot Noir d’Outre-Rhin, le Baron von Maydell Baden 2018

Face à l’Alsace, le Pays de Bade, ce Midi de l’Allemagne, est réputé pour son climat chaud et sec (on y trouve quantité de figuiers). C’est d’ailleurs la seule région classée en zone B par l’Union européenne (au même titre que l’Alsace ou le Jura), tous les autres vignobles allemands étant classés en zone A (la plus froide).

Les coteaux au sol volcanique d’Oberrotweill, dans le Kaiserstuhl

On y produit donc des vins plus riches en alcool et à l’acidité plus faible que la  plupart des autres vins allemands (surtout si on les compare à ceux de Moselle, par exemple). Autre particularité: les cépages rouges représentent 60% de l’encépagement régional.
Il s’agit de la troisième région viticole du pays, avec 16.000 ha, et une des plus étendues, puisque presque 400km séparent ses deux extrémités, à savoir le lac de Constance (au Sud-Est) et Wertheim, au Nord, dans la zone de la Tauber. Même si, c’est vrai, ces deux zones sont séparées du corps central du vignoble. Celui-ci court le long du Rhin, en parallèle au vignoble alsacien, mais en remontant nettement plus haut, jusqu’à Laudenbach, au Nord de Mannheim. Conséquence de cette relative dispersion, le Pays de Bade ne compte pas moins de 9 sous-zones, ou Bereiche (à titre de comparaison, la Moselle en compte 6 et le Palatinat (au vignoble pourtant légèrement plus vaste), seulement deux).

Le vignoble badois et ses 9 Bereiche (en rouge)


C’est une région très pittoresque, et très diversifiée, les vignobles s’adossant aux premiers contreforts de la Forêt Noire ou de l’Odenwald, quand ils ne bordent pas les rives du lac de Constance, jalonnés de villages typiques et de cités chargées d’histoire comme Heidelberg, Baden-Baden (une des  première grandes ville d’eau au monde) ou Fribourg. Longtemps indépendant, le Pays de Bade (Grand-Duché souverain de 1806 à 1871) fait aujourd’hui partie du Land de Baden-Württemberg, mais garde pas mal de particularismes, notamment au plan des vins (Baden est une région viticole à part entière, séparée de celle du Württemberg) et de la gastronomie, un côté méridional. L’esprit « Genuss », notamment (profiter de la vie). Une autre facette de l’Allemagne, à quelques encablures de l’Alsace et du Nord de la Suisse, et qui vaut le détour, au moins pour ceux qui n’ont pas les oeillères nationales, et pour autant que le Coronavirus nous permette un jour de voyager à nouveau… Et non, je ne suis pas payé par l’office du tourisme badois…

La région bénéficie d’un très bon ensoleillement pour l’Allemagne

Le pays du Pinot

Le Pinot Noir, alias Spätburgunder est le premier cépage en importance dans cette région, avec 33% des surfaces plantées,  largement devant le Müller-Thurgau (15%° et le Pinot Gris (14%). Il y est présent depuis des siècles; ce sont les moines cisterciens venus de Bourgogne qui l’auraient implanté au Prieuré de Breisach dès le Moyen-Age. Il y réussit très bien, notamment grâce à de belles arrières saisons qui lui permettent d’atteindre une bonne maturité. 


C’est le cas de celui-ci, qui nous offre des notes de fruits gorgés de soleil (griotte, framboise, groseille verte). En bouche, ce vin a l’acidité joyeuse comme d’autres ont le vin gai. Il présente un très léger frisant qui en renforce le côté friand. Ses tannins juteux, ses épices et son velouté complètent un tableau très souriant; le degré sur l’étiquette (14°) surprend, car il n’y a aucune impression de chaleur dans ce vin, mais plutôt une fraîcheur fruitée paraît. Et son prix attractif (7,75 euros, en Belgique), ne gâte rien. La bouteille est bouchée d’une capsule à vis (aux armories de Monsieur le Baron, s’il vous plaît).

Bimmerle/Baron von Maydell


En un peu plus de 30 ans, patiemment, Siegbert Bimmerle a fait du petit domaine familial de 6 hectares un ensemble imposant de quelques 135 hectares de vignes qui rayonne sur près de 90 km de l’Ortenau, au Nord, jusqu’en Brisgau, au Sud.
La cave se trouve à Renchen, commune viticole à mi-distance entre Strasbourg et les sommets de la Forêt Noire. La marque Baron von Maydell fait référence à une très ancienne famille d’origine estonienne établie en Allemagne après la seconde guerre mondiale. 

Her Lalau

4 réflexions sur “Un Pinot Noir d’Outre-Rhin, le Baron von Maydell Baden 2018

  1. Bonjour Hervé. Bonne année 2021! Effectivement le bassin rhénan a vu prospérer la vigne au sud du Saint Empire romain germanique. La proportion de vins rouges y a toujours été importante. Du côté alsacien, les changements de nationalité successifs, dont le dernier en date alors que les colonies françaises déversaient leurs vins rouges dans la métropole, ont contribué à une image septentrionale de la rive gauche du Rhin. Alors qu’elle est précoce et protégée par ses versants orientés vers l’Est et le Sud-est, la plupart des nationaux imaginent qu’en Alsace les conditions agronomiques ne sont pas réalisées pour mûrir des raisins à vins rouges… Sur la rive droite du Rhin, merlot, cabernet etc… prospèrent au rythme des évolutions climatiques. Sur la rive gauche, plus chaude et ensoleillée qu’en Bourgogne, moins humide qu’en Bordelais, les figuiers et amandiers avoisinent nos vignes qui ne demande qu’à mûrir des tanins, couleurs, qui vont du blanc au rouge en passant par les oranges, œil de perdrix, … L’Europe des terroirs reste à construire.

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  2. georgestruc

    Billet plein d’intérêt. Merci Hervé. Le première photo me choque : ces talus et grandes terrasses sont totalement artificiels et résultent d’une utilisation de moyens mécaniques lourds…Dommage pour le respect des terroirs et surtout les paysages.

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  3. David Cobbold

    Première remarque : quelle bonne surprise de découvrir un bon pinot noir à moins de 10 euros. C’est donc possible ! Vous avez de la chance en Belgique à cet égard.
    Deuxième remarque : je le trouve très beau ce paysage reformaté comme une sculpture abstraite. Tous les paysages viticoles sont issus de modifications du relief et/ou de la composition des sols avec les moyens qui étaient à la disposition des hommes à chaque époque. Les terrasses du Douro avec des retenus en pierres sèches constituent une exemple évident que même Georges Truc ne vouerait pas aux gémonies je pense (j’espère !). Je pourrais aussi citer les côteaux en Bourgogne ou les terrasses en Côte Rôtie pour lesquels les vignerons, moines ou paysans, ont remonté de la terres d’en bas pendant des siècles. Aucun « terroir  » n’est un sanctuaire immuable, et tout se transforme.

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