Deux livres ne font pas le printemps…

Notre ami suisse Pierre Thomas (thomasvino.ch) nous envoie ses dernière notes de lecture.

Non, deux livres ne font pas le printemps. Pas encore, en tout cas : au moment où je terminais le premier,«Les Arbres de Patmos», tombaient sur l’écran de mon ordinateur les tristes images d’un torrent de pluie, emportant (presque) tout sur son passage, au Domaine de l’Apocalypse, à Patmos.

La veille, le fondateur du domaine et de la Semaine suisse du goût, qu’il dirige depuis vingt ans, l’ex-politicien Josef Zisyadis envoyait un message réjouissant de sa passation de pouvoir à un jeune couple, Erini Daouka et Federico Garzielli. Le lendemain, ils se mettaient à la tâche… dans la gadoue et la désolation, taillant d’urgence les ceps d’assyrtiko — le grand cépage blanc de Santorin — et de mavrothiriko — raisin rouge — pour sauver ce qui peut l’être, au fond d’une cuvette, à quelques encâblures de la mer. Hier, sur Facebook, on retrouvait des sourires sous un ciel d’azur…

Les Arbres de Patmos

Né à Cannes, d’abord technicien forestier, puis ingénieur agronome et œnologue (diplômé de Changins), Dorian Amar, qui marche sur ses 40 ans, a déjà écrit plusieurs livres. Dans son dernier opus, il raconte son aventure sur l’île grecque où, dit-on, Jean le Théologien écrivit l’Apocalypse. Un des plus visités parmi les monastères de la Méditerranée couronne une des collines de la petite île, accessible uniquement en ferry depuis Le Pirée. Une île où le tourisme et ses illusions de facilité, ont conduit les habitants à abandonner les terrasses viticoles dans les années 1960.


Sur 2 hectares le projet suisse a relancé la viticulture, il y a dix ans. Mais pas seulement: Dorian Amar et sa petite équipe de Patoinos ont planté 240 oliviers, 40 figuiers et un potager en permaculture, sans oublier une colonie d’abeilles. Le vin, lui, est né en 2016 et a, d’emblée, connu un succès de curiosité. Et puisqu’on parle des Helvètes, notons que bon nombre des moulins à vent de Patmos ont été restaurés par un banquier genevois…
Dans un autre livre, «Biodynamie, tradition et savoir-faire» (Oenoplurimedia), Dorian Amar confiait «qu’il fallait s’attendre à quelque chose qui ne ressemblerait pas à tout ce que (le fondateur) avait jusqu’à présent dégusté». Et ne pas comparer cet assyrtiko à ceux de Santorin. Le microclimat de Patmos, pour ne pas dire le terroir «ressuscité», n’a pas grand’chose à voir avec l’île volcanique. Surtout, l’éradication, au fil des siècles, des principaux arbres, ne sert pas ce microcosme qu’est l’île. Au point que Dorian Amar a bouclé sa boucle professionnelle, remettant les arbres au cœur de tout projet «d’une agriculture à la fois saine et prospère».

On espère que le coup de tabac de ce début février ne réduira pas à zéro cette ambition… Et on rappelle que les lecteurs du site Vitisphère ont élu comme personnalités de l’année 2020 Benoît et Delphine Vinet, références de l’agroforesterie sur le domaine Emile Grelier, à Lapouyade, en Gironde (18 ha de vignes certifiées bio). Désormais, l’arbre ne cache ni la forêt, ni la vigne !

Et l’œnologue franco-suisse (par son vécu) s’en ira ces prochains mois découvrir encore une autre dimension de la vigne et du vin dans un petit domaine de Kakhétie (Géorgie).

Dorian Amar, «Les Arbres de Patmos», essai, Edition Samsa (www.samsa.be), 80 pages, 16 euros. Et http://www.patoinos.ch

Les Fruits de l’Exil

Sortir de sa zone de confort, caresser, en globe-trotter du vin et en sprinter de l’écriture, l’ambition de devenir marathonien du roman, le Franco-Québécois Jacques Orhon a tenté le pari. Certes, il a écrit de nombreux guides, tant qu’il ne les cite pas dans son premier roman, pourtant chez le même éditeur, Les Editions de l’Homme.


Il publie «Les fruits de l’exil». Le récit démarre très fort: le photographe Stéphane Almeida parviendra-t-il à découvrir ce qu’on lui cache, qui est son père? Autour de lui, les figures clés de sa famille (sa mère et un beau-grand-père), s’effacent l’une après l’autre… Sa vie de photographe à Bordeaux, donc presque naturellement au service des «vins et vignobles» (tiens, le titre d’une revue québécoise où Jacques Orhon signait reportages et chroniques), le mène un peu partout dans le monde. En Sicile, où une rencontre fait avancer le récit comme seule une série TV peut réellement agir ; à Madère, avec des détours en Suisse, quoique le voyage prévu en Valais fût renvoyé pour mettre le cap vers le dénouement (heureux), du côté des «vins de glace» des environs des chutes du Niagara…
Au passage, on croise plusieurs fois ce mystérieux Franco-Canadien qui n’est autre que l’auteur lui-même (comme Woody Allen, égaré dans ses propres toiles). On déguste avec application, faisant mentir ce maître du récit de voyage qu’est le Suisse Nicolas Bouvier: «Avez-vous déjà bu une bonne bouteille avec un connaisseur en vin? C’est un supplice». Le sommelier-romancier-vulgarisateur s’évertue à démontrer exactement le contraire, non sans quelques jeux de mots (parfois un peu faciles…).

Présenté comme une «autofiction», où il est difficile de démêler le vrai de l’imaginé, le roman, dense et à rebondissements (sur 350 pages), avec un doigt de famille (compliquée…), de sexe (triste…), d’amour (toujours…) se termine sur le retour à Montréal «pour admirer les aurores boréales» (Robert Charlebois). Ça, c’est du vécu : Jacques Orhon n’hésite jamais à gratter la guitare en égrenant quelques ritournelles de son cru ou du répertoire de la chanson française… et québécoise, comme s’en souviennent les jurés du Concours mondial de Bruxelles.

Jacques Orhon, «Les fruits de l’exil», Les Editions de l’Homme, distribué en Europe francophone par http://www.interforum.fr ou .be et http://www.interforumsuisse.ch (disponible dès mars).

Pierre Thomas

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