L’étiquette d’une bouteille nous en dit, des choses! (2/3)

Voici la suite de mon article de la semaine dernière au sujet des étiquettes de vin. Et il y aura un troisième article la semaine prochaine qui traitera plus spécialement des contre-étiquettes.

Sur le plan des mentions obligatoires, et je l’avais suggéré dans un des premiers images de mon article de la semaine dernière, les exigences ne diffèrent pas d’une manière fondamentale entre les pays du « nouveau monde » et ceux de l’Union européenne, car bien des choses sont maintenant lissées sur le plan des règlementations  du commerce mondial, étant donné qu’au moins 50% du vin produit dans le monde change de pays pour être vendu (en tout cas avant l’épisode de la peste en cours). Les deux étiquettes ci-dessous l’illustrent bien, l’une des Etats-Unis, l’autre de la France.

On voit bien que la grille de base des mentions est commune entre ces deux étiquettes : le volume en liquide, le pourcentage en alcool, la marque du producteur (ou metteur en bouteille), le pays d’origine et, le cas échéant, la région de production, appellation et/ou cépage. Certaines mentions proposées sur ces deux étiquettes sont facultatives mais destinés à orienter le consommateur par une indication stylistique sur le vin: « barrel fermented » pour le Californien ou « élevé en fûts de chêne » pour le Français, sans que ces mentions soient soumises à un contrôle autre que la supposée honnêteté du producteur. La mention du vignoble sur le Californien est aussi de cet ordre.

Une autre mention facultative, mais très utilisée, qui ne bénéficie d’aucune forme de contrôle à ma connaissance sauf en Afrique du Sud et pour certains vins de la Barossa en Australie, est la mention « vieilles vignes » ou « old vines ». Elle est très fréquemment utilisée et pour des vins vendus généralement plus chers qui leur équivalents qui ne portent pas ces deux mots magiques. Une forme de gérontocratie dans le vin peut-être?

Les Sud-Africains ont été plus rigoureux dans ce cas et n’autorisent cette mention que si les vignes en question ont plus de 35 ans. Dans la Barossa Valley, en Australie Mériodionale, toujours libre de phylloxera et dotée d’une forte proportion de très vieilles vignes, on va encore plus loin en stipulant une série de mentions spécifiques comme suit : « old vine » = 35 ans ou plus ; « survivor vine » = 70 ans ou plus ; centenarian vine = 100 ou plus ; et « ancestor vine » = 125 ans ou plus. Accompagnant les deux dernières catégories il y a une liste de parcelles certifiées, dont 10 pour la catégorie « ancestor ». Personne n’a fait mieux que cela à ma connaissance !

J’entends encore parfois en France des vieilles idées reçues qui sont débitées dans le genre, « Les Américains (ou les Australiens…) ne connaissent que le cépage et étiquettent tous leurs vins somme cela car ils n’ont pas de terroir ». Cela relève autant de l’ignorance que de la bêtise et heureusement, les voyages et les importations aident à réparer cela. Regardez bien l’étiquette du vin ci-dessus. Certes, il ne s’agit pas d’un produit entrée de gamme, mais Montebello est un vignoble unique appartenant à la société Ridge, situé dans les montagnes de Santa Cruz, au sud de San Francisco. La seule grande différence avec un vin français comparable (comme un cru classé d’une des appellations du Médoc) est que les proportions de cépages  dans l’assemblage figurent avec précision en bas de l’étiquette faciale. Sinon, c’est le lieu et le producteur qui sont mis en avant, comme en Europe. Mais donner plus d’information au consommateur est une chose très positive selon moi et je ne comprends pas pourquoi tant d’appellations rechignent devant la mention du cépage (ou des cépages) sur leurs étiquettes.

Une toute autre approche que l’origine précise d’un vin est d’utiliser le clin d’œil ou l’humour, parfois en référence à une histoire réelle à propos du vin en question. C’est le cas su vin ci-dessus mais je vous ennuierai pas avec l’histoire en question. En tout cas cette étiquette fait partie de toute un courant pour des noms de vins plutôt entrée de gamme qu’on a appelé  « critter labelling » (critter est un mot argotique américain pour un animal, une créature). Fat Bastard est une marque du producteur français Gabriel Meffre et qui vend, à travers sa gamme, environ 4 millions de bouteilles par an.

Voici un autre exemple célèbre de la catégorie, conçu par l’excellent producteur Fairview en Afrique du Sud. Le fait que cette étiquette n’ait pas plu à certains responsables d’Inter Rhône prouve seulement que ces gens manquaient d’humour. Il se trouve que j’ai visité ce domaine et il y avait des chèvres partout devant le chai !

Puisque nous somme dans le registre qui  juxtapose l’anecdote et l’ironie, regardez bien cette étiquette :

Que voyez-vous ? Une bizarrerie ? Une sorte de contradiction visuelle ? Un mélange des genres ? Oui, il y a tout cela et derrière une histoire drôle et à peine crédible. Le Cigare Volant, dont l’ultime millésime fut 2017 car son créateur Randall Grahm a décidé de cesser sa production, est un assemblage de grenache, syrah et mourvèdre. Ce vin était un des pionniers du mouvement californien appelé « Rhône Rangers » qui  vinifiaient des variétés rhodaniennes pour se différencier du syndrome alors très dominant du « cabernet/chardonnay ». En faisant des recherches pour son projet dans les archives de Châteauneuf-du-Pape, Grahm est tombé sur un décret municipal datant de 1954 qui interdisait le survol de la commune par des objets volants non-identifiés, soucoupes volantes ou cigares volants ! L’histoire ne dit pas combien de flacons du vin local avaient été consommés par le conseil municipal avant de pondre un tel décret. Ce vin est devenu célèbre aux USA mais il fallait une personnalité forte et un bon communicant pour raconter cela.

Les étiquettes peuvent bien sur être plus basiques et quand-même donner une idée quant au type de vin dans la bouteille :

J’ai pris cette photo dans un salon à Ljubljana, en Slovénie. Il s’agit clairement d’un mousseux destiné à un public plutôt jeune et donc me semble être une réussite dans son genre. Si cette étiquette n’est pas la plus raffinée du genre, l’ensemble étiquette et emballage ci dessous est bien plus élégant.

En revanche, outre le fait qu’il s’agit d’un produit contenant du gaz (visible par le bouchage) ce packaging très chic ne nous donne aucune idée quant au contenu, qui vient de Suède et qui est fait à partir de sève de bouleau ! Les producteurs appellent cela un vin, ce qui est techniquement erroné, mais je l’ai gouté une fois et c’est assez bon. En tout cas le packaging est une réussite même s’il ne nous met pas sur le chemin du produit.

Mais, dans un sens, nul besoin de faire dans le beau pour bien vendre son vin, à condition d’avoir déjà une certaine renommée et d’employer un style reconnaissable qui ne change pas trop dans le temps. Je ne compte plus les étiquettes moches et vieillottes qui pullulent en Bourgogne par exemple, mais cela ne semble pas trop freiner les ventes.

On peut aussi, et j’ai déjà donné d’autres exemples, faire dans le mauvais goût pour attirer l’attention…..

La différence entre les deux étiquettes qui précèdent et celle-ci, faisant partie de l’énorme collection dessinée par Manfred Krankl pour ses excellents et chers vins Sine Qua Non, déjà évoqués dans mon article précédent, est criante. Regardez un peu le détail dans la texture du fond et le dessin du corbeau de ce numéro 3 dans la série « The Raven », sans parler des textes et de la typographie ! Puis, dans le deuxième image, la déclinaison entre trois versions successives de ce vin.

Je sais bien que la beauté est dans l’œil de celui qui regarde, mais j’aimerais bien qu’il y ait un peu plus de créativité dans les étiquettes de vins en France. Cela arrive, doucement, et en grande partie via le courant des vins dits « nature », même si la plupart repose sur de l’humour potache et sont souvent aussi d’un goût douteux, sans parler d’une réalisation graphique pas toujours au top. Je n’ai pas très envie de boire des vins intitulés, par exemple, « Vin de Merde » ou bien « Gros Lolos » (exemples réels). Mais ce coup de pied dans la fourmilière des étiquettes constitue peut-être un des principaux avantages de ce type de vin !

A la semaine prochaine pour investiguer le champs des contre-étiquettes.

David Cobbold

7 réflexions sur “L’étiquette d’une bouteille nous en dit, des choses! (2/3)

  1. Bonjour David,
    Très intéressant ces réflexions sur les étiquettes, pour ma part, je trouve que les étiquettes françaises manquent d’informations.
    En ce qui concerne la mention « Vieilles vignes », dans sa nouvelle classification, la DOQ Priorat a décidé de réserver le terme «Velles Vinyes» (vieilles vignes) aux ceps plantés avant 1945 (donc de plus de 75 ans, aujourd’hui). Dans ce cas, ça veut dire quelque chose!
    Amitiés,
    MLB

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  2. Ah, les étiquettes prétendument informatives… Juste quelques pistes de réflexion:

    -La réglementation en France oblige à n’indiquer les degrés qu’en demi-degrés (13°, 13,5°), alors qu’ailleurs, on peut indiquer les degrés exacts (13,3°, 12,7°). Difficile de comprendre en quoi c’est mieux pour le consommateur.
    -Le réglementation française sur l’emploi des cépages connaît quelques bizarreries: ainsi à Die, elle permet d’employer le mot Clairette pour un vin à majorité de Muscat (et non de Clairette).
    Elle établit aussi une drôle de distinction entre Picpoul (à Pinet) et Piquepoul (ailleurs). Le consommateur est-il censé saisir la nuance?
    -Aucun accord n’a été trouvé, à ma connaissance, sur l’emploi du mot Château hors d’Europe, ce qui fait qu’il recouvre des choses très différentes: en Europe, il doit s’agir de la production d’un domaine identifié; hors d’Europe, il peut s’agir d’un simple nom de marque, s’appliquant à un vin assemblant des raisins de plusieurs domaines.
    Quoi qu’il en soit, même en Europe, la notion me semble plutôt vague: on trouve en Bourgogne , par exemple, des châteaux qui exploitent plusieurs parcelles bien distinctes dans différentes appellations, et qui ont quand même le droit de garder le nom château sur leurs étiquettes.
    Toujours en France, le mot château est réservé aux AOP (on se demande bien pourquoi, car si le vin provient bien d’un domaine bien identifié, le fait qu’on y produise de l’IGP ou de l’AOP ne change rien).
    Il me semble aussi me rappeler qu’en Espagne, il n’est pas possible d’utiliser le même nom de domaine dans deux appellations différentes.

    Alors en définitive, l’étiquette n’est pas aussi informative qu’on veut bien le faire croire.

    Dernier exemple: en Belgique, pour les vins importés et embouteillés dans le pays, il n’est pas obligatoire de mentionner la raison sociale du producteur, ni même de l’embouteilleur, un simple code suffit – code dont le consommateur n’a pas la clef.

    Il y a bien sûr bien d’autres incongruités, n’hésitez pas à nous les faire connaître.

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  3. nadine Franjus

    Merci, c’est très intéressant. Pour les vins de France les allusions à l’origine sont interdites. Par exemple si le domaine est à Ferrals-les-Corbières, il ne peut pas mettre son adresse sur la mention obligatoire de la mise en bouteille. Il devrait ne mettre que le code postal ou seulement Ferrals. La mode des nouveaux producteurs de Vin de France se revendiquant Nature et plus respectueux du terroir, ne peuvent donc pas le citer. Par contre, l’imagination ne manque pas pour l’évoquer dans le nom du vin. Vu sur une table un C de Corbières en Vin de France.

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  4. Michel Smith

    Si je lis bien, rapporté à ma modeste personne, en Australie je serais un « survivant »… alors qu’en Catalogne je ne serais qu’un « vieux » ! Pourtant, en référence à mes propres vignes (1950), je reste « jeune », pour le moment en tout cas.
    Pour revenir à la mention des cépages sur l’étiquette, en dehors des ex « vins de pays », style IGP Oc ou Côtes Catalanes, où cette possibilité est largement utilisée, force est de constater que les appellations dîtes contrôlées s’y mettent de plus en plus depuis une bonne dizaine d’année à l’instar de Bordeaux (Merlot, Sauvignon), Bourgogne (Pinot noir, Chardonnay), Côtes du Rhône (Syrah, Viognier), par exemple, sans oublier l’Alsace qui est pionnière en la matière.
    J’attends la troisième partie avec impatience !

    Michel

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    1. Il y a eu un revirement de l’INAO à propos des cépages.
      Naguère, on voulait croire que l’origine était plus importante que tout; sauf que dans bien des pays d’exportation, les vins sont classés par cépages, le Sancerre se retrouvant à côté du Marlborough, le Riesling d’Alsace à côté de celui du Rheingau. Parce que c’est un repère facile. Alors, sous la pression des commerciaux, nos instances ont mis de l’eau dans leur vin, ou plutôt, du cépage dans les étiquettes.
      Sauf que la situation est devenu assez confuse.
      Ainsi, en passant d’IGP en AOP, Sauvignon de Saint Bris a dû changer de nom pour Saint Bris tout court. Mais Picpoul-de-Pinet, passé de simple mention en AOP Languedoc à une AOP à part entière, a pu garder son nom, cépage inclus. On joue un peu sur les mots.
      Ainsi, de même, Muscadet, qui n’est rien d’autre que le nom courant du Melon (auquel on a retiré « de Bourgogne »), garde bien entendu son nom sans que ça gêne personne, on fait juste semblant qu’il ne désigne pas vraiment le cépage. Et d’ailleurs, c’est pratique pour ceux qui voudraient pouvoir ajouter du colombard dans les cuves.
      « One wheel on the track and one wheel in the ditch », comme chantait Neil Young. Un oeil sur les traditions (parfois très récentes) que les AOP sont censées protéger, et un oeil sur le terroir-caisse.

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  5. agnesgo

    Les étiquettes US sont nettement plus attractives ! J’adore l’étiquette du Meursault, très représentatif du style « moche et vieillot » ! Très bon choix 😃! Je trouve qu’il y a quand même eu un sacré coup de jeune ces 10 dernières années sur le design des étiquettes, même en faisant abstraction des vins nature, qui rivalisent d’audace, d’inventivité et helas parfois de goût douteux.

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  6. David Cobbold

    Pour Michel, d’un « survivor » à un autre, mais pour tes vignes non, au australie, en tout cas a Barossa, comme en Afrique su Sud d’ailleurs, elles seraient classées « old vines ». Evites donc de les transporter à Priorat.

    Par rapport à l’Alsace, la présence quasi-systématique du cépage sur les étiquettes est clairement le résultat de l’influence allemande et les longues périodes d’occupation, car c’est aussi la norme outre-rhin.

    Merci Hervé d’avoir pointé ces incohérences et il y a en surement d’autres. Il semble y avoir en France (et parfois ailleurs) une règle non-écrite qui dirait ceci : « si les choses sont déjà compliquées, tâchons de les rendre totalement incompréhensibles ».

    Agnes, oui, il est vrai qu’il y a eu une nette amélioration depuis quelques années dans le graphisme et la créativité des étiquettes en France. Mais l’Italie ou l’Espagne, sans parler des pays du Nouveau Monde, sont souvent en avance sur ce plan.

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